«BlacKkKlansman», l’histoire vraie de Ron Stallworth

je détestais les nègres, les youpins, les latinos, les jaunes et les ritals.

«Je suis tombé sur une annonce du Ku Klux Klan, qui incluait une adresse postale. J’ai écrit une petite lettre en me faisant passer pour un raciste blanc: j’expliquais que je détestais les nègres, les youpins, les latinos, les jaunes et les ritals.
J’ai utilisé tous les termes racistes qui me venaient à l’esprit.
Et j’ai écrit que je voulais faire quelque chose afin de préserver la «suprématie blanche». Mais j’ai fait une grosse erreur: j’ai signé la lettre avec mon vrai nom!», ainsi racontait Ron Stallworth, en 2014, à un site U.S., sa plongée en apnée, dans les eaux les plus dangereuses du continent nord-américain.
Comme épousant l’air du temps, les studios de la côte Ouest, s’emparèrent aussitôt des Mémoires de Ron Stallworth, parues en 2016, pour en faire l’adaptation, pour la réalisation; c’est tout naturellement que le nom de Jordan Peele, humoriste qui s’était fait connaître par des séries, avant de sauter le pas, en réalisant, son premier film «Get Out» apparaisse. C’est le jackpot! Mais en dépit de cela, Peele songea aussitôt à son aîné Spike Lee, pour le réaliser, préférant sur ce coup, mettre sa casquette de producteur…
Et c’est John David Washington qui a eu la lourde tâche d’incarner ce personnage de Stallworth. Denzel Washington, son père avait incarné Malcom X, toujours sous la direction de Spike Lee.
Vingt-sept ans après la présentation de «Jungle Fever» sur la Croisette, Spike Lee faisait ainsi son come-back sur la Croisette.
Jane Fonda avait fait le déplacement pour la circonstance.
Lee, un des derniers trublions du petit groupe des cinéastes afro-américains qui avaient consacré l’essentiel de leur filmographie à la condition noire dans cette Amérique qui tua Martin Luther King et fit élire Barack Obama, signa ainsi, «BlacKkKlansman», l’histoire vraie de Ron Stallworth. Dans la vraie vie, ce détective rattaché au commissariat d’un bled paumé, Colorado Springs, était tombé sur une petite annonce, parue dans une feuille de choux locale, invitant ceux que ça pouvait intéresser de contacter la section locale du KKK. Ni une ni deux, le policier noir téléphona, en donnant son vrai nom et en imitant la voix d’un Blanc…
Et la supercherie fonctionna complètement, au point de rendre sa rencontre inévitable, avec les chefs du coin…
Pour ce faire, c’est sa «doublure» blanche, qui se coltina ces rencontres éprouvantes, mais incontournables, jusqu’à gagner leur confiance…
À défaut de l’avoir initiée, Spike Lee s’empara, à bras-le-corps, de cette incroyable histoire au point, pour l’adapter à son style particulier, où la narration des évènements les plus graves se fait toujours comme un plat exotique «salé-sucré», avec de temps à autre un peu d’épice… Toujours bon pédagogue comme à son habitude, l’auteur de «Do the right thing», n’omettra pas de mettre le doigt sur les origines de ce mal endémique qu’est le racisme, en dénonçant son effet le plus pervers, sa mithridatisation… D’où cet effet d’accoutumance à ce poison distillé par doses homéopathiques.
Il décortiquera, dans une scène aussi comique qu’affligeante, «Naissance d’une Nation» qu’on célèbre depuis, en tant que premier film de l’histoire du cinéma, passant sur le racisme primaire de son auteur D.W. Griffith… Des images qui font froid dans le dos, tant leur actualité est on ne peut plus probante, de nos jours. Surtout depuis que Donald Trump (le Dr Folamour de la politique) a pris les rênes du pouvoir et qu’il ne cesse de marteler «Make America, great again», en écho indirect à celui prôné par le groupuscule cagoulé, KKK, depuis des décennies. L’aspect documentaire dans le film de Lee, est intelligemment instillé, en restant dans la fiction pour introduire des personnages qui ont marqué cette époque comme le sinistre David Duke, ancien fondateur d’un néo-Ku Klux Klan et qui est devenu depuis une figure de l’extrême-droite américaine.
De même que les sept mois que Ron Stallworth (entre 1978 et 1979) a passé à infiltrer le KKK, lui, au téléphone et son double blanc, sur le terrain, ont été scénarisés, de fort belle manière.
Et le public éberlué ne s’empêchera de sourire, et même de rire quand le cinéaste emmène tout son beau monde vers la comédie, le temps de souffler un peu, avant de revenir à ces instants lourds de sens qui sont évoqués de manière magistrale, mais sans colère, par un vieux sage, devant un public d’étudiants noirs au bord de l’explosion de colère…
Harry Belafonte, l’ami fidèle de Spike Lee, s’en sort admirablement dans ce registre. «Je sais que cette histoire fascine les gens; la façon dont un Noir a dupé le Grand Wizard du KKK. Mais de là à ce qu’on parle de cette histoire partout dans le monde…», Ron Stallworth, ne sait sans doute pas, du moins pour le moment que, les milliers de personnes qui ont découvert le film à Cannes, sont restés sans voix eux aussi.
L’émotion dans la grande salle de l’auditorium Lumière, atteindra son paroxysme lorsque dans les toutes dernières minutes, le film bascule des années soixante-dix à ce samedi 12 août 2017, lorsque des groupes suprémacistes et nazis ont organisé une manifestation de soutien à Trump d’une rare violence, comme le montrent les images montées par Spike Lee dans son film. David Duke, le vrai cette fois, surgira dans une harangue à une foule acquise pour remercier Donald Trump d’avoir déclaré, pour tout commentaire, qu’il y avait des «gens bien» des deux côtés… Quelques minutes plus tôt en queue de manif, un bolide fonça sur les manifestants antiracistes
On y voit un bolide foncer sur la foule. Résultat: une vingtaine de blessés et un mort, Heather Heyer; elle avait 32 ans. Sur sa page facebook, elle avait affiché cette citation: «Si vous n’êtes pas indigné, c’est que vous ne faites pas attention.» Le film lui est dédié. Un tonnerre d’applaudissements salua le générique de fin, pendant presque 10 minutes.



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