Atlal, des rêves de dessous les ruines




Le jeune cinéaste Djamel Kerkar, 30 ans, a immortalisé, dans des plans francs, frais et sensibles, cette rage de vivre, les traces d’un drame et les respirations et aspirations de la population meurtrie dans sa chair.
Il en a fait un film documentaire, Atlal (Ruines), projeté dans la soirée de dimanche dernier dans le cadre des Rencontres cinématographiques de Béjaïa. La caméra de Djamel Kerkar s’est posée au milieu de gens simples qui racontent leur passé et leur présent et tentent de donner des contours à leur futur incertain.

Un agriculteur, qui s’acharne à redonner vie à ses pommiers, et un maçon, à élever doucement et patiemment sa nouvelle construction sous le regard innocent de sa petite fille, sont des personnages qui résument la revanche que prend Ouled Allal sur ses sanguinaires.

Le documentaire de 111 minutes a quelque peu débuté sur des hésitations muettes et des images hachurées et tremblantes d’un amateur, dont on a pu faire l’économie, du moins dans leur longueur. Djamel Kerkar s’est vite rattrapé par des plans et des témoignages qui nous plongent dans le vif du sujet, en mêlant plusieurs générations. Un vieil homme ne réussit pas à retenir ses larmes en racontant ses souvenirs de la Guerre de Libération. Mais les séquelles des années 1990 sont les plus marquantes pour cet homme sorti du gouffre terroriste avec un handicap physique.

Atlal est ponctué de ses répliques frappantes, qui sont autant de symboles de la résistance des enfants de Ouled Allal. «Je ne céderai rien de la terre de mon pays, même si vous me voyez pauvre», dit le vieil homme, qui a pris les armes contre l’hydre terroriste et qui est revenu dans son village en 2002 avec le même acharnement de vie. Le village a vécu l’enfer. La dernière barbarie l’a ébranlé en 1996, lorsqu’une fillette a été égorgée. «Depuis, on est tous partis», raconte un homme, qui s’en va faire l’appel à la prière dans une mosquée en construction au milieu d’un village qui peine à se remettre debout. «On a fui vers un autre endroit qui était infesté finalement de terroristes, on est partis encore, mais c’était pareil», raconte Abdou, un jeune, la vingtaine, qui n’a pas la chance de connaître son père, dont on ne sait pas ce qu’il est devenu. «Zaâma ce système n’est pas terroriste ?», se demande-t-il.

Le réalisateur a fait le choix judicieux de s’attarder avec les jeunes du village pour faire tourner son film vers l’après-ruines. Abdou, Lakhdar, Mohamed, Rouaf, Mounir… une jeunesse désabusée qui rêve autour d’un feu de nuit, des cigarettes grillées, des notes de musique et des paroles des chansons de Hasni. Ils racontent leurs amours, leur frustration et leurs souvenirs. Abdou, à trois ans, n’entendait «que les bombes et les AK-47». Lakhdar, jeune père de famille, à ses premiers mois du service national, a ramassé un bébé de 7 mois en lambeaux à Berrouaghia. Tous attendent toujours leur «part dans ce pays», bien que l’on pense que leur avenir se fait sous d’autres cieux.

«La misère de là-bas est mieux que celle d’ici», dit Abdou, blagueur malgré tout, autour d’un feu qui brûle comme  son envie de partir. Atlal est un film dont le peu d’humour qui le traverse ne l’empêche pas d’être dramatique, bien que son réalisateur estime qu’il est «à mi-chemin entre le burlesque et le dramatique». «Je préfère donner à sentir des choses au lieu de donner des informations», dit Djamel Kerkar dans les débats de l’après-projection. En effet, dans Atlal, on sent la déception d’une barbarie restée impunie.
 



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