Les enquêteurs tentaient hier de déterminer les circonstances de l’attentat jihadiste perpétré la veille dans le sud-ouest de la France par un assaillant qui a été abattu après des attaques ayant fait quatre morts, dont un gendarme célébré en héros pour avoir pris la place d’otages.

Le décès des suites de ses blessures du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, 45 ans, marié, sans enfant, a été annoncé tôt hier. «Il est tombé en héros», a salué le président Emmanuel Macron dans un communiqué, soulignant qu’il a fait «preuve d’un courage et d’une abnégation exceptionnels». «Mort pour la patrie. Jamais la France n’oubliera son héroïsme, sa bravoure, son sacrifice», avait tweeté peu avant le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. Selon son frère, Cédric Beltrame, «il a donné sa vie pour quelqu’un d’autre. Il savait certainement qu’il n’avait pratiquement aucune chance», a-t-il témoigné sur RTL.
Les enquêteurs tentent désormais de comprendre les raisons du passage à l’acte de l’assaillant, Radouane Lakdim, 25 ans, alors qu’il ne semblait plus être une menace aux yeux des autorités. Avant d’être abattu par les forces de l’ordre, il s’était présenté comme «un soldat» du groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui a peu après revendiqué les attaques. La dernière attaque en France, ciblée depuis 2015 à de nombreuses reprises, avait eu lieu il y a plus de cinq mois et fait deux morts, le 1er octobre 2017, à la gare Saint-Charles de Marseille (Sud-Est). «Nous avions suivi» Radouane Lakdim «et nous pensions qu’il n’y avait pas de radicalisation», mais «il est passé à l’acte brusquement», a concédé M. Collomb. Né au Maroc le 11 avril 1992, cet homme vivait à Carcassonne. A partir de 2014, il a été suivi par les services de renseignements et fiché «S» (pour sûreté de l’Etat) «en raison de ses liens avec la mouvance salafiste», selon le procureur de Paris, François Molins. Mais il a ensuite semblé changer de registre. En août 2016, il a fait un mois de prison après des condamnations pour «port d’arme prohibé», «usage de stupéfiants» et «refus d’obtempérer». En 2016 et 2017 il a de nouveau été suivi par les services de renseignement, qui n’ont décelé aucun «signe précurseur pouvant laissent présager un passage à l’acte terroriste», selon M. Molins. Sa surveillance est alors arrêtée. Les investigations se poursuivent pour établir la provenance de l’arme qu’il a utilisée et déterminer s’il a pu bénéficier de complicités. Une «proche qui partageait sa vie» a été placée en garde à vue vendredi soir, après une perquisition dans son quartier de Carcassonne, selon M. Molins. Lors de ses attaques, il a demandé «la libération de frères» dont, selon une source proche du dossier, celui de Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des attentats jihadistes du 13 novembre 2015 (130 morts), emprisonné à Paris. Radouane Lakdim a entamé son équipée meurtrière peu après 10h00 (09h00 GMT) vendredi en volant à Carcassonne une voiture dont il tue le passager et blesse grièvement le conducteur. Il se dirige ensuite vers une caserne de parachutistes où il patiente «quelques minutes vraisemblablement afin d’attendre des militaires», puis fait demi-tour et se dirige vers une caserne de policiers où il tire sur quatre d’entre eux rentrant d’un footing, blessant l’un, avant de prendre la fuite. Vers 10h15 GMT, il entre dans un supermarché Super U de la localité voisine de Trèbes, «en criant Allah Akbar» et «en se présentant comme un soldat de l’EI» prêt à «mourir pour la Syrie», selon M. Molins. Il y tue deux autres personnes, un employé et un client. «J’ai vu un individu très excité qui avait une arme de poing, un couteau et qui criait Allah Akbar», a raconté à l’AFP Christian Guibbert, ex-policier, qui faisait ses courses et qui a mis plusieurs clients à l’abri «dans un frigo de boucher». «On a fait sortir des collègues et des clients par la porte de secours à l’arrière», a confirmé Jacky, collègue de travail d’une des victimes à la boucherie du supermarché. «Il a été tué d’une balle dans la tête à bout portant», a-t-il ajouté. Dépêché sur les lieux, le lieutenant-colonel Beltrame, se propose en échange de la libération des clients ou employés du magasin qui n’avaient pas réussi à s’enfuir. Vers 13h20 GMT, le jihadiste ouvre le feu sur le gendarme, déclenchant l’assaut des policiers, selon M. Molins. La France vit sous la menace terroriste depuis la vague d’attentats jihadistes sans précédent qui avant ces attaques ont fait 241 morts depuis 2015. Malgré ses déroutes militaires en Irak et en Syrie, l’EI reste une menace par ses attaques à distance ou menées en son nom par des individus plus ou moins isolés.

Bouteflika exprime sa solidarité à Macron
«Le fléau du terrorisme exige une réponse mondiale»
Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a adressé un message de condoléances à son homologue français, Emmanuel Macron, suite à la prise d’otages survenue vendredi en France, dans lequel il a exprimé la condamnation vigoureuse par l’Algérie de cet attentat et «sa solidarité et sa coopération actives face aux menaces et crimes terroristes». «C’est avec une profonde indignation que j’ai appris la prise d’otages terroriste qui a frappé la localité de Trèbes, faisant des victimes parmi la population et les forces de sécurité dont un officier de la gendarmerie qui s’est distingué par son héroïsme et son sacrifice avec lesquels il a sauvé la vie d’un otage», a écrit le président Bouteflika dans son message. «L’Algérie condamne vigoureusement ce crime lâche qui vient malheureusement rappeler à toute la communauté internationale que le fléau du terrorisme exige une réponse mondiale et solidaire sous l’égide des Nations unies», a souligné le chef de l’Etat, ajoutant que «l’Algérie assure la France amie de sa solidarité et de sa coopération actives face aux menaces et crimes terroristes». «En cette pénible circonstance, je voudrais vous exprimer au nom du peuple et du gouvernement algériens, et en mon nom personnel, nos plus sincères condoléances à vous-même, aux familles des victimes et à tout le peuple français», a indiqué le président Bouteflika.



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