Le trafic mondial de passagers évolue à pas de géant. Les prévisions sur les 20 prochaines années donnent le tournis.
Les constructeurs s’y préparent. Les compagnies aériennes aussi. Au Maghreb, Airbus prévoit une croissance annuelle de 5,1% du trafic passagers. L’Algérie va-t-elle en tirer profit ? Le patron d’Airbus pour l’Afrique et le Moyen-Orient, Mikail Houari, nous livre dans cette interview tous les pronostics de son groupe, ainsi que ses atouts pour gagner la bataille du ciel. En tout cas, le carnet de commandes de ce géant de la construction aéronautique ne désemplit pas. Il n’a jamais été aussi bien garni !

La direction du géant mondial de la construction aéronautique Airbus traverse depuis peu une zone de turbulences qui s’est déjà soldée par le départ de son n°2, Fabrice Brégier. Ce départ serait-il synonyme d’une sérieuse crise que couve Airbus ?

C’est un changement naturel et anticipé de génération. Il y a dix ans, nous avions la direction la plus jeune du secteur et nous nommons aujourd’hui nos dirigeants pour les dix prochaines années. Notre entreprise regorge de talents, nous avons d’ores et déjà trouvé d’excellents successeurs, dont notamment Guillaume Faury, qui est une personne d’expérience dotée d’une vraie compréhension du secteur.
 

Dans le domaine de la construction aéronautique, la concurrence devient de plus en plus farouche : d’un côté, la concurrence américaine ne faiblit pas et, de l’autre, Aircraft Corporation of China (Comac), qui a lancé récemment son premier moyen-courrier C919, entend bien bousculer le duopole Airbus-Boeing. Comment appréhendez-vous cette concurrence ?

Toute concurrence est saine, car elle nous pousse à innover et à nous surpasser. Le secteur aéronautique est très complexe et il faut des décennies pour construire le type d’expertise dont dispose Airbus. Les nouveaux entrants devront démontrer leurs performances, leur fiabilité, leur compétitivité, leur capacité à innover et à monter en cadence.

La région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient) devient l’un des marchés les plus importants du constructeur Airbus. Pouvez-vous nous en parler ?

Airbus a vendu son premier avion dans la région Moyen-Orient en 1970, et pas moins de 1360 commandes ont été signées depuis, couvrant la totalité des produits Airbus. Les compagnies aériennes du Moyen-Orient sont parmi les plus grandes et prospères au monde.

Le taux de croissance de l’aviation au Moyen-Orient a été tellement impressionnant que peu de régions dans le monde peuvent l’égaler. Au cours de la dernière décennie, le nombre de vols au départ, à destination ou au sein même du Moyen-Orient a été multiplié par quatre, ce qui a valu à la région le titre de nouvelle plaque tournante de l’aviation.

Grâce à des appareils tels que l’A380, l’A350 XWB, l’A330 et l’A330neo, plus de 90% de la population mondiale peut aujourd’hui se connecter via le Moyen-Orient. Au cours des 20 prochaines années (2017-2036), le trafic aérien au Moyen-Orient connaîtra une croissance de 5,9% par an, croissance bien supérieure à la moyenne mondiale estimée à 4,4% (Airbus Global Market Forecast).

Quant au Maghreb, le trafic aérien a doublé au cours des 10 dernières années ; Airbus prévoit une croissance annuelle de 5,1% du trafic passagers vers, depuis et au sein du Maghreb au cours des 20 prochaines années.

Qu’en est-il du marché africain où vous êtes déjà positionnés dans quatre ou cinq pays ?

Au milieu des années 1970, l’Afrique était notre tout premier marché pour le premier avion de ligne commercial d’Airbus, l’A300. Depuis, Airbus est devenu synonyme de voyages aériens à destination et en provenance d’Afrique, avec plus de 225 avions Airbus exploités actuellement par plus de 32 opérateurs africains à travers le continent.

Nous avons récemment livré son premier Airbus A350 à Air Mauritius, après ceux livrés à Ethiopian Airlines et deux A330 à Rwandair en 2017. Quant à la nouvelle compagnie Air Sénégal, elle vient de passer une commande de deux Airbus A330neo.

Il semblerait qu’Airbus envisage d’accélérer davantage dans le marché africain, étant donné que les prévisions d’évolution du marché du transport aérien sont pour le moins encourageantes. Serait-ce le cas ?

En Afrique, le potentiel de croissance et d’expansion du transport aérien est immense. Au cours des 20 prochaines années, le trafic de passagers en provenance et à destination de l’Afrique augmentera de 5,6% par an (Airbus Global Market Forecast). Pour répondre à cette demande, les compagnies aériennes africaines auront donc besoin de 1130 nouveaux avions commerciaux et cargo. Cela s’accompagnera d’une demande accrue pour les pilotes, les ingénieurs, les techniciens et d’autres profils hautement qualifiés. Ce qui représente aussi une formidable opportunité pour la jeunesse africaine.

Les gouvernements du continent reconnaissent de plus en plus le rôle vital de la connectivité aérienne dans l’ouverture des marchés, la stimulation commerciale et la création d’emplois. Tout cela contribue à la croissance économique et la prospérité des pays.

Une prise de conscience qui est soutenue par l’initiative de l’Union africaine, dont la démarche vise à créer un marché unifié du transport aérien en Afrique, à libéraliser l’aviation civile sur ce continent et à y impulser l’intégration économique.

Nos produits et services sont parfaitement adaptés pour le marché africain et chez Airbus, nous nous engageons à soutenir le développement d’une industrie aéronautique africaine durable.

L’Algérie a levé récemment le monopole sur le marché du fret aérien. Des investisseurs ont d’ores et déjà émis le vœu d’investir dans ce secteur. Airbus serait-il prêt à équiper des flottes qui seraient déjà en lice ?

Cela encouragera la concurrence et contribuera plus largement au développement du secteur. Airbus offre des cargos hautement performants pour répondre à une gamme complète d’exigences de fret.



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