Des Syriens, qui ont fui la guerre dans leur pays, une guerre interminable, travaillent dans un chantier à Beyrouth, au Liban. Ils construisent un gratte-ciel, mais n’ont pas le temps ni l’autorisation légale de sortir de leur lieu de travail pour visiter la ville, pour humer l’air frais.
C’est l’idée développée par le jeune cinéaste syrien, Ziad Kalthoum, dans Taste of cement (Le goût du ciment), documentaire, en compétition au 3e Festival de Annaba du film méditerranéen. A Beyrouth, le couvre-feu est imposé aux réfugiés et travailleurs syriens après 19h pour on en sait quelle raison.

Sortir après cette heure équivaut à une reconduction aux frontières ou à des sanctions. Lorsqu’ils terminent le travail, les constructeurs, qui ont quitté des maisons effondrées en Syrie, partent se reposer au sous-sol en passant par un trou, ils n’ont presque aucune idée sur la ville, ses ruelles, ses marchés, ses cafés, ses restaurants, ses lieux de loisirs, ses boutiques et ses habitants. Ils ne la regardent que d’en haut. Ils ont la sensation d’avoir Beyrouth sous les pieds, mais se rendent compte vite que la ville, où ils sont venus se réfugier, est loin d’eux.

Elle les écrase de tout son poids et de tout son orgueil. En plus de l’isolement, les travailleurs-réfugiés, jeunes pour la plupart, vivent dans la monotonie des jours qui passent. Ils se rendent compte qu’ils sont venus reconstruire une ville détruite, partiellement, par la guerre, après avoir fui un pays en phase avancée de destruction et d’effacement.

Construction/destruction/reconstruction, trois pistes sur lesquelles s’est engagé le cinéaste syrien pour raconter, en fait, avec un bruitage angoissant, un double drame : l’enfermement dans un endroit ouvert des travailleurs et la destruction qu’apporte la guerre. Plusieurs villes syriennes ont été complètement rasées par les multiples bombardements depuis 2011. Le Liban, qui a connu la guerre, tente de se reconstruire au milieu de menaces extérieures, alors que la Syrie ne peut plus arrêter le processus de destruction.

Un char sous les eaux

Ziad Kalthoum, qui est réfugié en Allemagne, oppose deux plans pour mieux exprimer son souci : un char blindé tire sur des quartiers déjà détruits en Syrie, et une grue qui bouge dans un sens circulaire pour faciliter l’action des bâtisseurs au Liban.

La caméra plonge parfois sous l’eau pour montrer l’épave d’un char. Le cinéaste rêve peut-être qu’un jour la guerre s’arrêtera et que le matériel de guerre, et donc de destruction, soit «avalé» par les eaux salées de la mer pour disparaître à tout jamais. Le ciel et la terre paraissent comme une métaphore dans un film où la plongée -contre-plongée- dévoile la détresse d’hommes presque perdus.

Les images précises de Talal Khoury, qui s’attardent sur les visages tristes des ouvriers et leurs regards perdus, montrent toute la détresse des hommes forcés à quitter leur pays, parfois leur foyer, pour aller vivre ailleurs en cherchant un peu de quiétude et juste un peu de dignité. Ils sont aujourd’hui des millions de réfugiés syriens à vivre au Liban, en Jordanie, en Turquie, en Irak, en Grèce, en Egypte et ailleurs dans le monde.

C’est le mouvement de réfugiés le plus important au monde après la Seconde Guerre mondiale. Le goût du ciment a l’avantage d’être un documentaire cru qui explore la profondeur d’une blessure en peu de mots, mais avec des images fortes, une musique absente et un silence troublant. 



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