Deux des principaux signataires de l’accord de Carthage, socle politico-économique du gouvernement d’union nationale de Youssef Chahed, veulent un remaniement ministériel élargi, dans l’immédiat, avant même les élections municipales de mai prochain.
Ladite requête de la puissante centrale syndicale (UGTT) et Nidaa Tounes peut coûter sa place à Chahed. Les négociations en cours pour la révision de l’accord de Carthage entre les partis au pouvoir en Tunisie montre bel et bien que la crise de la 2e République s’éternise. Les partenaires politiques et sociaux sont en train d’établir, encore une fois, les priorités pour faire face à la crise socioéconomique aiguë que traverse le pays.

Huit gouvernements en sept ans, et la situation ne semble point en voie de stabilisation. L’environnement de gouvernance est toujours très contesté, en raison des pressions des politiques, d’un côté, et les exigences des populations insatisfaites, de l’autre.

Le prochain locataire de la Kasbah ne risque pas d’être en meilleure posture que ses prédécesseurs. Le pays vit déjà dans l’effervescence électorale avec des municipales dans moins d’un mois et des élections générales en 2019. Depuis les élections législatives du 26 octobre 2014, les gouvernements successifs n’ont jamais bénéficié de ceinture politique efficace de la part de la majorité qui les a mis en place.

Le chef de gouvernement Habib Essid, intronisé en février 2015, a fini par être désavoué, en juillet 2016, par le même Parlement qui lui avait accordé sa confiance à une majorité écrasante, 18 mois plus tôt. Il n’a recueilli que 3 voix en sa faveur, dans un vote de confiance auquel il a été soumis. Du jamais-vu à travers le monde, surtout que le chef de gouvernement sortant n’avait pas commis d’écarts pouvant être à l’origine d’une telle sanction. Il n’était pas suffisamment maniable aux yeux des gouvernants.

Instabilité

L’actuel homme fort de la Kasbah, Youssef Chahed, connaîtrait le même sort, si l’on analyse attentivement les propos des politiques et des leaders de la centrale syndicale. Le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, et sa clique ne veulent plus de Youssef Chahed, parce que ce dernier veut se séparer du fardeau des entreprises publiques déficitaires, alors que les syndicats y puisent leur raison d’être. Le taux de syndicalisation est inférieur à 5% dans le secteur privé, alors qu’il avoisine les 80% dans le secteur public.

«La privatisation des entreprises publiques constitue une ligne rouge», n’a cessé de répéter Taboubi, alors que le gouvernement aurait préparé, sans l’aval de l’UGTT, la privatisation de quelques entreprises, comme la Régie nationale des tabacs et des allumettes (RNTA). C’était la goutte qui a fait déborder le vase entre les deux parties. L’UGTT est un élément très important pour la stabilité de l’accord de Carthage.

Les partis politiques de la coalition au pouvoir (Nidaa Tounes, Ennahdha et Afek Tounes) ont, régulièrement, commencé les critiques du gouvernement, avant même que les ministres ne prennent leur portefeuille. Il y a toujours eu les éternelles histoires d’insatisfaction de certains de leurs leaders, avides d’avoir plus de postes. Par ailleurs, à peine le vote de confiance réalisé, plus personne ne soutient ouvertement le gouvernement, sans oublier le fait que l’équipe au pouvoir est issue d’une majorité bâtarde, qui ne dispose pas d’un programme commun.

Absence de soutien

Les gouvernements de Habib Essid et Youssef Chahed n’ont jamais bénéficié de soutien auprès des citoyens et des populations marginalisées, cibles de l’action gouvernementale. Les prochaines équipes seraient dans la même posture, car les partis politiques pensent plutôt à leur avenir électoral, surtout que les leaders politiques savent pertinemment que le prochain gouvernement, quel qu’il soit, n’a pas les moyens de réaliser de bons résultats.

C’est d’ailleurs la principale raison pour laquelle les partis ne défendent pas les actions gouvernementales. En prototype de la nouvelle génération de leaders, l’actuel chef du gouvernement, Youssef Chahed, prône la politique de la «gestion par objectifs», tout comme son prédécesseur Habib Essid, par ailleurs.

Toutefois, une telle approche ne plaît pas à l’UGTT, malgré le fait qu’elle l’avait adoptée lorsqu’il s’agissait de son patrimoine. En effet, l’UGTT s’est dissociée de la gestion de l’hôtel Amilcar et de l’Assurance El Ittihad et l’a cédée au secteur privé, pour éviter les pertes sèches subies par ces deux entreprises.

Mais, la centrale syndicale s’oppose aujourd’hui fortement à la privatisation de la gestion des entreprises publiques lourdement déficitaires, comme la Régie nationale des tabacs et allumettes. Les signataires de l’accord de Carthage pourraient bien s’entendre prochainement sur le remplacement de Youssef Chahed et son équipe pour faire de nouvelles promesses à leurs électeurs. Ce serait donc un épisode de plus dans cette spirale entamée en 2014.



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