Une exposition organisée par l’Institut Cervantès, en collaboration avec le ministère de la Culture.
Cette exposition itinérante, qui séjourne à Oran jusqu’au mois de mai avant son départ vers la France, a d’abord été présentée à Valence (Espagne).

Né en 1903 à Paris, d’un père allemand et d’une mère française, il a donc d’abord fréquenté le milieu parisien avant que sa famille ne s’installe en Espagne, plus exactement à Valence, alors qu’il n’avait que 11 ans, car l’atmosphère de la Première Guerre mondiale était difficilement supportable pour le couple, d’autant plus que celui-ci était mixte. Ironie de l’histoire, un autre conflit allait le rattraper dès les années 1930, avec la guerre civile espagnole.

Socialiste, antifasciste, il a été contraint à l’exil à Paris où il a occupé un poste à l’ambassade et c’est lui qui allait coordonner l’installation du pavillon Espagne à l’Exposition universelle de 1937, dont notamment la commande du tableau «Guernica» du célèbre Picasso.

Sa vie, loin d’être un long fleuve tranquille, allait être à nouveau bousculée avec l’avènement de la Deuxième Guerre mondiale.

Accusé d’être communiste sous l’occupation nazie, il a été interpellé et détenu une première fois en 1940 à Roland Garros et transféré dans un camp de concentration en Ariège (France), puis une seconde fois en 1941, à Nice, d’où il allait être transféré à Djelfa, en Algérie, qui était à l’époque une colonie française. Il a passé deux années en détention avant d’être libéré pour embarquer vers le Mexique grâce à l’intervention du consul Gilberto Bosques. Il s’y est établi définitivement jusqu’à sa mort en 1972, en ayant acquis la nationalité dès 1956 en cela malgré ses nombreux voyages, dont un retour en Espagne en 1968.

C’est donc en Amérique latine qu’il allait enfin trouver la sérénité pour développer son œuvre multiforme entamée dans une Europe tumultueuse et dans une moindre mesure en Afrique (Djelfa), car durant sa détention dans le camp d’internement, il avait trouvé le temps d’écrire de la poésie, mais surtout de maintenir la rédaction d’un journal intime.

Seulement un tiers des livres publiés par Max Aub ont été ramenés à Oran pour les besoins de cette exposition, qui propose également une multitude de documents personnels originaux retraçant le parcours de l’homme de lettres telles les correspondances entretenues avec les grands écrivains espagnols, mais aussi des manuscrits annotés, ainsi que certains de ses travaux artistiques.

Hormis les jeux typographiques imitant des unes de journaux (El Correo de Euclides, courrier d’Euclides, une référence à la rue où il habite à Mexico), Max Aub a en effet inventé de toutes pièces l’identité d’un peintre présenté à son époque comme ayant été sous l’ombre de Picasso et donc oublié. La notoriété de l’écrivain a rendu crédible l’existence de cet artiste dénommé Jusep Torres Campalans.

C’est l’incursion d’un personnage de fiction dans le monde réel, un épisode déroutant mais aussi captivant, que certaines œuvres du célèbre écrivain latino-américain, l’Argentin Jorge Luis Borges. Pour appuyer cet attrait aux Beaux-Arts, les organisateurs de l’expo ont adjoint une série de six tableaux abstraits peints par Vicente Rojo et contenant chacun une lettre du nom et prénom de l’homme de lettres.

Max Aub a également été un des assistants dans la réalisation du film l’Espoir (Sierra de Teruel) portant la guerre civile espagnole et qui a été commandé et réalisé par l’écrivain français André Malraux en 1939. Le titre du film renvoie au célèbre roman éponyme du même auteur français paru en 1937.

Des extraits de ce film sont projetés sur place. «Avec son contenu didactique mêlant trajectoire personnelle et démarche intellectuelle, cette exposition a pour but d’expliquer pourquoi cet auteur est important et comment il a marqué de son empreinte la vie intellectuelle de la première moitié du 20e siècle, une des façons de le remettre en valeur après une période d’oubli», explique Inmaculada Jimenez Caballero, directrice de l’antenne oranaise de l’Institut Cervantès.

Max Aud n’a connu l’Espagne qu’à partir de l’âge de 11 ans et c’est à Valence qu’il s’est d’abord initié au catalan avant de découvrir le reste de la langue et de la culture ibérique pour en devenir ensuite l’un des porte-voix.

Commissaire de l’exposition, lui-même décrit comme un «grand poète», titre qu’il renie par modestie, Juan Marquès estime que «Max Aub a beaucoup étudié les avant-gardistes européens, mais il a une grande connaissance des auteurs classiques espagnols et c’est cette ouverture d’esprit, conjuguée à sa maîtrise de plusieurs langues qui donne à son œuvre une richesse et un cachet particuliers».



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