Les diagnostics sur l’économie nationale dans différents secteurs se suivent et se ressemblent. Idem pour les propositions de solutions et d’issues de crise qui émanent de part et d’autre, que ce soit du côté des experts, des universitaires, des opérateurs économiques, des décideurs ou des think tank.
Ces solutions sont même prônées dans les discours politiques et les promesses électorales. Mais aussi devant les partenaires étrangers lors des forums d’affaires qui se tiennent à longueur d’année ici en Algérie ou ailleurs. Cependant, les actions efficaces se font toujours attendre, prolongeant ainsi le retard de développement, et maintenant le statu quo.

Ce ne sont pourtant pas les rencontres thématiques, les conférences-débats, les forums, les séminaires et les symposiums qui manquent dans l’objectif de cerner les priorités, de rechercher les lacunes et de dresser un plan d’action. Agriculture, commerce, industrie, tourisme, pêche, finances et énergies renouvelables sont autant de secteurs concernés par ces rencontres à l’issue desquelles des recommandations sont soumises.

Cela pour dire que les priorités à prendre en charge sont connues de tous, ayant été largement exposées et débattues à maintes reprises dans l’objectif de réaliser le développement tant recherché. Un développement censé être basé, selon les spécialistes, sur une intégration effective de l’économie.

Et ce, d’autant que les défis à relever sont des plus importants. Entre la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique, la diversification de l’industrie économique et des exportations, la régulation du commerce extérieur, la lutte contre l’informel et bien d’autres dossiers, les questions en attente de prise en charge sont nombreuses.

Ce sont justement autant de questions qui font objet régulièrement de débats, à l’initiative du gouvernement dans certains cas, du patronat essentiellement, le Forum des chefs d’entreprise (FCE) dans d’autres cas, tout en associant les professionnels des secteurs concernés. Le tout organisé par des entreprises de communication ou événementielles, qui arrivent à tirer profit de ces rencontres annoncées en grande pompe. Mais une fois le rideau baissé, on oublie tout et on recommence sans prendre en considération les propositions des uns et des autres.

Absence de valorisation

Exemples : depuis la promulgation du programme présidentiel des énergies renouvelables (ENR) en 2011, il y a eu d’innombrables rendez-vous à ce sujet entre Salons et conférences, la dernière en date s’est tenue début avril au Centre international des conférences (CIC) à travers le Congrès international sur les ENR, la sécurité énergétique et la sécurité alimentaire.

Trois questions cruciales pour l’avenir du pays, sur lesquelles les débats ont été axés autour de la nécessité d’élaborer des stratégies à long terme. Une réflexion déjà lancée sans pour autant être prise en charge. Certes, il y a le plan dédié aux ENR, mais les moyens de mise en application n’arrivent toujours pas à trouver un consensus.

«Qu’a-t-on a fait alors des propositions émises jusque-là ?» s’interroge un expert rencontré lors de ce congrès, pour qui l’heure devrait plutôt être au bilan de ce qui a été fait, notamment en ce qui concerne la première centrale hybride solaire-gaz en Algérie, qui a été inaugurée le 14 juillet 2011 à Hassi R’mel.

Et ce, avant de passer à autre chose. «On continue à discuter sur ces sujets, alors que l’évolution continue à l’échelle mondiale. On ne doit pas limiter cette question aux discussions et aux débats lors de ces rencontres. Il faudrait être clair et efficace», estime notre expert.

Un autre enseignant universitaire, également présent lors de ce congrès, relève pour sa part l’utilité de telles manifestations, ne serait-ce que pour découvrir les travaux et les études effectuées dans différents secteurs, comme c’est le cas pour les ENR. «Les recherches qui se font sont extrêmement importantes et peuvent servir de base pour la prise de décision. Les conférences sont justement une occasion pour créer cette passerelle entre décideurs et experts», dira notre enseignant, relevant la pertinence des questions abordées. Mais, faudrait-il justement valoriser tous ces travaux en passant à l’action. Ce que notera l’économiste Mohamed Badis.

Un stock de connaissances inexploité

«Il y a des actes de gestion et non pas des actions économiques proprement dites. Il faut savoir transformer l’acte économique en acte de gestion», préconisera-t-il. Pour ce, «on a un stock de connaissances extrêmement important. Il y a lieu juste de le reprendre et de l’adapter au contexte actuel pour en tirer profit tout en corrigeant éventuellement ce qu’il y a lieu de revoir». Ce stock est disponible via toutes les recherches et les études présentées ou non, mais aussi via les recommandations des différentes rencontres qui se tiennent régulièrement.

Il y a eu les assises sur le commerce en juin 2011 qui s’étaient terminées par une série de mesures à mettre en œuvre, notamment pour la lutte contre l’informel, la régulation du commerce et l’organisation du secteur. Mais combien sont-elles les mesures à être mises en application. Il y a eu également la même année, précisément en décembre 2011, les assises nationales sur le développement local chapeautées par le Conseil national économique et social (CNES) et dont les propositions devaient contribuer à répondre aux attentes des citoyens et à assurer un certain équilibre régional en matière de développement économique et social. Ces assises ont été suivies par d’autres rencontres entre walis et gouvernement. Cependant, pas de changement notable dans ce domaine. Les distorsions régionales sont toujours là et les collectivités sont loin de passer à la gestion participative comme préconisé.

Définir les priorités

Aujourd’hui se tiendront les assises nationales de l’agriculture, qui réuniront les différents intervenants, agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, transformateurs, exportateurs, chercheurs, institutions financières, experts, représentants de l’encadrement central et local, des Chambres d’agriculteurs et des associations professionnelles pour une réflexion autour du secteur, ses réalités et ses perspectives, notamment l’évaluation des capacités du secteur pour aller vers l’industrie agroalimentaire et l’exportation. Du déjà-vu. On en parle depuis des années.

Des décisions relatives à d’autres secteurs ont subi le même sort : une application ajournée. L’impact se fait également attendre des différents forums d’affaires qui se tiennent périodiquement. A ce sujet, l’économiste Kamel Kheffache, qui intervenait récemment sur Maghreb Emergent dira : «Participer à un forum nécessite une préparation.

Tout d’abord, il faut identifier les secteurs prioritaires. Il faudra aussi réaliser un ‘‘benchmarking’’, puis ensuite concevoir une stratégie et établir un agenda avec des priorités en matière de partenariat économique. Il faut comparer notre pays aux pays voisins et autres pays et étudier les pays les plus indiqués en matière d’investissements.» Pour ce dernier, ce sont les résultats de l’étude en question qui détermineront la stratégie à adopter, le planning à mettre en place, ainsi que les priorités en matière de partenariat économique.

Donc, ce n’est pas le fait d’organiser ces rencontres (forums et conférences) qui pose problème, mais l’absence de suivi des mesures en découlant. «Organiser des symposiums et des conférences est une bonne chose en soi , puisque cela permet des échanges sur des thématiques précises, mais l’efficacité, comme dans toute chose, dépend de la manière, du timing, de la qualité des intervenants et de la pertinence du rapport qui sanctionne ces travaux, mais aussi de la diffusion de ce rapport auprès du grand public (démocratie participative) et surtout en direction des instances qui sont censées lui donner une suite concrète», résumera Mohand Touazi, membre du Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (CARE). En d’autres termes, la balle passe au camp des pouvoirs publics pour bien cibler le tir ou le rectifier.

Capitaliser l’expérience

«Tout cela est une question de culture, de capitalisation d’expériences dont nous manquons terriblement, mais peut-être aussi que les organisateurs, sachant que ceux auxquels ces rapports sont adressés n’en font pas grand cas, font moins d’efforts dans l’élaboration de leur dossier final.

Résultat d’un déficit en savoir-faire à acquérir auprès de ceux qui l’ont», dira-t-il, donnant l’exemple du programme de réformes économiques pour l’entreprise (PREE) élaboré par CARE pendant 18 mois avec le soutien technique de CIPE (organisation non gouvernementale américaine). Et ce, à travers des tables rondes régionales, regroupant des chefs d’entreprise pour recueillir leur façon d’appréhender l’entreprise.

Ce qui a abouti à un rapport final diffusé le 12 juillet 2017 et remis au gouvernement. Qu’est-il advenu de ce rapport détaillé ? La question reste posée. Elle concerne aussi d’autres documents. Car, faut-il le noter, à l’issue de chaque rencontre, des comptes rendus sont rédigés et remis aux participants, parmi lesquels les représentants des pouvoirs publics, comme nous l’expliquera une spécialiste en organisation d’événements économiques et commerciaux.

Des événements qui nécessitent la mobilisation d’importantes ressources financières, collectées souvent via les sponsors, difficiles à convaincre dans de nombreux cas. «Pour attirer un sponsor, il faut le convaincre, et pour le convaincre, il faut que le projet soit porteur et que le contenu soit riche», expliquera encore notre source.

Faudrait-il en somme convaincre sur toute la ligne et surtout en tirer profit, que ce soit du côté des organisateurs ou de celui des commanditaires.



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