La presse occidentale et les ONG de défense des droits de l’homme associent le nom de cette ancienne espionne à l’usage de la torture et à «l’enlèvement» de suspects de terrorisme. En 2002, rappelle-t-on, elle a notamment dirigé l’une des premières prisons clandestines — ou «black site» — en Thaïlande.
Le président américain, Donald Trump, a nommé, mardi, Gina Haspel à la tête de la CIA, qui devient de ce fait la première femme à diriger la principale agence américaine de renseignement. Elle remplace Mike Pompeo qui hérite du poste de secrétaire d’Etat après le limogeage de Rex Tillerson.

Qui est la nouvelle patronne de la CIA ? «A 61 ans, Gina Haspel, jusqu’alors n°2 de l’agence de renseignement, est aussi respectée au sein de la CIA qu’elle est décriée par l’opposition démocrate et les organisations de défense de droits de l’homme», soutient le New York Times.

Pourquoi un tel jugement ? La raison tient au fait que la presse occidentale et les ONG de défense des droits de l’homme associent le nom de cette ancienne espionne à l’usage de la torture et à «l’enlèvement» de suspects de terrorisme. Autrement dit, Gina Haspel est une spécialiste des interrogatoires musclés. En 2002, rappelle-t-on, elle a notamment dirigé l’une des premières prisons clandestines — ou «black site» — en Thaïlande.

Et c’est là-bas qu’auraient été interrogés, sous sa direction et dans des conditions très critiquées, Abd Al Rahim Al Nashiri et Abou Zoubaydah. Ce dernier a, dit-on, été soumis au supplice du waterboarding — simulacre de noyade — 83 fois en un mois, a subi des humiliations sexuelles répétées et a été privé de sommeil sur de longues périodes. Il a même perdu un œil à la suite de ces traitements. Son «interrogatoire» a, par la suite, été cité en exemple dans divers rapports parlementaires, documentant l’utilisation de la torture par les agents de la CIA.

Interrogatoires musclés

Pour les médias américains, cet épisode a contribué à freiner l’ascension de Gina Haspel au sein de la CIA. La situation ira de mal en pis pour elle, puisqu’elle sera soupçonnée aussi, par la suite, d’avoir détruit des photos et documents illustrant les techniques d’interrogatoires utilisées dans la prison clandestine thaïlandaise.

«En 2013, la sénatrice démocrate de Californie, Dianne Feinstein, a mis tout son poids politique dans la balance pour empêcher la nomination de Gina Haspel à la tête des opérations clandestines de la CIA. Elle a même appelé le président de l’époque, Barack Obama, en personne, pour le presser de ne pas promouvoir cette personnalité controversée du monde du renseignement», rapportent des titres de la presse occidentale.

Mais Donald Trump n’a pas fait cas de tout cela. Il a toujours considéré que Gina Haspel avait sa place au niveau de la plus haute hiérarchie de l’agence de renseignement. Et il a maintenu cette position quitte à se mettre à dos les ONG de défense des droits de l’homme. Ces dernières s’étaient d’ailleurs insurgées lorsqu’il l’avait promue au poste de n°2 de la CIA, en février 2017.

«Cela revenait à donner plus de responsabilités au sein de l’une des agences les plus importantes de l’Etat à quelqu’un qui a dirigé une opération totalement illégale (les «black sites» ont été fermés et l’utilisation de la torture a été interdite en 2009, ndlr)», a affirmé au New York Times John Sifton, porte-parole de Human Rights Watch.

Avec la nomination de Gina Haspel à la tête de la CIA, il est vrai que Donald Trump donne carrément un blanc-seing au côté le plus dur et le plus obscur de la CIA. Il lui reste cependant encore à convaincre le Sénat de la justesse de ses choix. Or de ce côté-là, rien n’est encore gagné. On indique à ce propos que les démocrates au Sénat, épaulés par des républicains de haut rang, se préparent déjà à engager une bataille pour rejeter la nomination du nouveau secrétaire d’Etat américain et la directrice de la CIA.

Ils s’attellent actuellement d’ailleurs à mettre en place une démarche leur permettant de rejeter les nominations lors des auditions prévues à cet effet. Donald Trump appréhende tellement le rejet du Sénat que dans un tweet posté hier il a dénoncé le blocage des nominations «de centaines de bonne personnes, y compris des ambassadeurs et des juges très importants».

 



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