En attendant les hirondelles, des drames qui s’imbriquent




Un long métrage qui «bluffe» son monde. Trois récits qui s’imbriquent pour un tout d’épreuves.
Tous mettent en scène des couples tourmentés. L’homme du premier récit, Mourad (Mohamed Djouhri), un riche promoteur immobilier, est écartelé entre deux femmes, son ex-épouse (Sonia Mekkiou), qui s’inquiète de l’avenir de son enfant, et sa femme, une Française (Aure Atika), qui s’ennuie dans sa solitude. Ce n’est pas une histoire d’un amour dit, mais celle de tiraillements quotidiens. Et ce n’est pas tant avec ce semblant d’étau qui enserre l’homme que l’on tente de poivrer ce récit, mais avec l’accident grave de l’enfant de cet homme et une scène violente de règlement de comptes, dont celui-ci est témoin.

Des scènes de violence banalisées sur l’espace algérien. Une histoire quelconque. Passons. Il y a mieux dans le deuxième récit. La jonction entre les deux tient à un fil, ou plutôt à un personnage, Djalil (Mehdi Ramdani), le chauffeur de Mourad. Lorsque celui-ci vient demander l’autorisation à son patron de s’absenter pour un long déplacement, Djalil engage tout son monde dans le deuxième récit du film. Tant mieux, parce qu’il monte en émotion. Changement de personnages, de décors, d’histoire. De tout. D’un coup, Mourad et ses inquiétudes sont oubliés, le temps de retrouver le personnage furtivement dans le dernier récit. La rupture est telle que le récit est détachable, comme un court métrage autonome qui ne laisserait aucune trace si l’on venait à l’y extraire, tout comme les deux autres d’ailleurs. Djalil est en route vers Biskra pour déposer son voisin et ses deux filles. L’une d’elles, Aïcha (Hania Amar), va y officialiser son mariage. Le trajet est long, la séquence aussi. Mais l’esthétique du film puise goulûment dans les décors du seuil du Sahara mais aussi de la technique des plans pris par une caméra en hauteur.

Le rural succède à l’urbain et le chaoui s’invite au côté du couple arabe-français pour donner au film une pluralité linguistique qui n’est pas de trop, comme paraissent l’être certaines digressions. Que la caméra s’attarde sur Aïcha, qui profite d’un embouteillage pour sortir de la voiture, marche un bon bout de chemin et trouve un coin pour se soulager, cela n’ajoute rien à l’intrigue. Une parenthèse similaire s’ouvre vers la fin du film aussi, où le personnage (Dahmane) sort de l’ambiance musicale de son mariage, va au petit coin pour se soulager, se lave et s’essuie les mains et retourne danser.

La caméra emmène avec elle, dans toutes ces étapes et au rythme des gestes lents du personnage, le téléspectateur auquel échappe l’utilité de la scène. L’intrigue est ailleurs, là où on l’attend d’ailleurs le moins. Parce que, dans ce film, le réalisateur sait prendre à contre-pied le public. Il le fait en révélant que la fille du voisin, Aïcha, est l’ex-copine de Djalil. Le film est intelligent dans son évolution et certains de ses engrenages font introduire une scène de musique et de chorégraphie dans un décor quasi désertique.

En plus d’habiller les lieux d’un habit d’espoir, la scène suggère une perspective de bonheur pour le couple qui tente de se reformer. Mais y a-t-il une nouvelle vie pour Aïcha et Djalil ? Le film se refuse à le dire clairement, au téléspectateur de sortir de son aise et d’interpréter. Cette fin est en tout cas vaporeuse, tout comme celle qui signera l’épilogue du film. Pour passer au troisième récit, le procédé est presque le même. Un croisement de voitures a suffi pour assurer la transition. Lâchant Aïcha, qui rentre chez elle à bord d’un taxi, la caméra se braque sur une autre voiture qui démarre dans l’autre sens.

A son volant, Dahmane, un neurologue, dont l’histoire chancelle dangereusement entre le miel de l’amour et le fiel du ressac d’un épisode de son passé. Le film revisite intelligemment, mais douloureusement, l’une des plaies inguérissables de l’histoire dramatique algérienne : les femmes violées dans les maquis terroristes et les enfants qui y sont nés. La soirée d’hier aussi a été un rappel nécessaire de la décennie noire et de ses ruines, avec Atlal de Djamel Kerkar.
 



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