Dans le cadre de la tenue de la 13e édition du Festival international du film oriental de Genève, du 21 au 29 avril 2018, un focus sur le cinéma iranien était à l’honneur dans les salles de cinéma du Grütli.
De notre envoyée spéciale
(Genève, Suisse)

Tout au long du festival, une pléiade de documentaires, de courts et de longs métrages ont été projetés au public  genevois. Les cinéphiles ont pu découvrir la riche cinématographique persane, qui, malgré  un puissant système de censure, est reconnue à l’international. Parmi la sélection, deux films ont été présentés en compétition, Hair et N°17 Soheila, signés par le réalisateur iranien Mahmoud Ghaffari. Ces deux imposantes fictions, à la narration bien ficelée, mettent en avant-plan le combat de la femme au quotidien.

D’une durée de 1h18, le premier film, Hair, zoome sur l’histoire de trois femmes sourdes-muettes, lesquelles ont été sélectionnées pour le Championnat du monde de karaté en Allemagne. Les instances iraniennes valident leur départ, mais à la seule condition qu’elles portent des cagoules, couvrant leur cou et leurs cheveux.

La Fédération internationale de karaté ne l’entend pas de cette oreille. Elle juge cette décision non conforme aux règlements intérieurs. Les athlètes sont tellement désespérées qu’elles se voient contraintes d’abandonner la compétition. Inspiré de faits réels, ce  film — réalisé en 2016 — est porté par  trois brillantes  femmes,  Shabanma Akhlaghi, Zahra Bakhtiari et  Shirin Akhlaghi. Il est à noter au passage que ces filles ne sont pas actrices par vocation.

Le réalisateur, Mahmoud Ghaffari, a décidé de faire son long métrage avec de véritables sourdes-muettes, issues d’une école spécialisée. Elles se sont adaptées très facilement au jeu de scène. Le spectateur se laisse emporter par l’intrigue et est invité à comprendre les échanges en langage des signes, puisque le film n’est pas sous-titré. A travers un œil vif et alerte, le réalisateur s’attarde sur le parcours de ces athlètes combattantes à Téhéran. Elles essayent d’acquérir un mode de vie identique à celui des jeunes filles de leur âge.

Elles vont chez une coiffeuse-esthéticienne, écoutent de la musique, les derniers tubes, prennent des cours d’anglais… et se préparent avec acharnement aux Jeux internationaux. Seulement, elles comprennent très vite que  le problème  ne vient pas de leur handicap de la parole, mais de la surdité de la Fédération sportive de leur pays. Cette dernière campe sur sa décision qui demeure irrévocable.

Le deuxième long métrage, du réalisateur Mahmoud, N° 17 Soheila, réalisé en 2017, montre également le combat des femmes en Iran pour leurs droits. Le personnage principal de Soheila est une femme universitaire célibataire de 40 ans. Avançant dans l’âge, elle veut à tout prix trouver un mari et avoir une vie de famille rangée, à l’image des autres femmes de son pays.

Elle décide de se chercher un époux par le biais d’une agence spécialisée dans les rencontres. Elle  est sûre de trouver l’homme de sa vie grâce à cette agence. Elle postule donc et se rend  très vite compte qu’elle n’est pas la seule à souffrir de ce problème.

En effet, ils sont nombreux — femmes et hommes — à avoir recours à ce genre de prestation. Lasse d’attendre, Souheila ne croit plus trouver le prince charmant dans cette agence. Elle claque la porte et  s’en va.

En sortant, elle ne retrouve plus sa voiture. Un trentenaire lui annonce que son véhicule a été emmené à la fourrière. Charmeur à l’extrême,  cet homme invite Souheila à prendre le métro pour regagner son lieu de destination.

Si au départ Souheila est méfiante, elle finit par céder à la demande de son nouvel ami. Durant tout le trajet, le couple s’échangera des propos hilarants, mais lourds de sens. Une demande en mariage sera même lancée, mais cette célibataire endurcie sait pertinemment qu’en Iran, la religion ne permet pas certains débordements.

En marge de ces deux projections, la distributrice iranienne des films N°17 Souheila, de Mahmoud Ghaffari, et Ferrari, d’Alireza Davoo Nejad, Elaheh Nobakht, a souligné que la situation du marché cinématographique en Iran dépend du genre de film à diffuser. «Pour les films commerciaux, révèle-t-elle, le marché du film à l’intérieur du pays se porte assez bien. Sauf que pour les films d’auteurs et autoproduits, la situation diffère et n’est pas totalement la même.

Le marché demeure très moyen et restreint, à l’image d’autres  dans le monde.» Elle ajoute, également, que les producteurs et professionnels de films sont tenus d’obéir et de respecter les lois et conditions en vigueur, imposées par les pouvoirs publics. «Il s’agit bien d’actions de censure qui concernent l’industrie du film dans le pays, ce qui est d’ailleurs le cas de mon film Ferrari, interdit de diffusion en Iran.

La censure toucherait surtout les films qui abordent les sujets sur la femme et la condition féminine. Ceci revient au fait que dans le pays, les femmes sont soumises et conditionnées, beaucoup plus que les hommes, par les lois religieuses. Des conditions et une situation qui ont été abordées par les deux films iraniens proposés par ma société de distribution», précise-t-elle.



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