Le nouveau film d’Ahmed  Rachedi, les Sept remparts de la citadelle, a été étrenné, hier matin, par une avant-premiere presse, à l’Opéra Boualem Bessaïeh, à Alger.
Ahmed  Rachedi, qui n’est plus à présenter l’Aube des damnés, l’Opium et le Bâton, Ali au pays des mirages, le Moulin de Monsieur Fabre, Mostefa Benboulaïd, ou encore Colonel Lotfi-, a prouvé, encore une fois, qu’il est un vieux briscard du cinéma algérien. Mais il est toujours vif, alerte, et surtout très vert.

Car il jure avec la gérontologie. Il vient de signer un autre film sur la Révolution algérienne de Novembre 1954 contre la présence coloniale française. Certains vont dire que c’est un «ixième» film sur la guerre d’Algérie. Mais la conception, la vision et l’approche d’Ahmed Rachedi se veulent, on l’aura compris, un travail  de mémoire.

Pour s’y coller, cette fois-ci, il a adapté  le roman éponyme historique de Mohamed Maârfia, les Sept remparts de la citadelle, paru en deux tomes en 2013. Ce nouveau film de guerre a été filmé à hauteur d’homme, se démarquant des figures historiques de la Révolution. Ces anonymes, ces civils, ces petites gens qui ont pris les armes conte l’occupant. L’indu-occupant, les colons et l’armée coloniale.

L’EFFET  «SAM PECKINPAH»

Car le film s’ouvre sur l’expropriation d’une terre. Celle de Thebti. Par Lucien. Aussi, Thebti, déraciné de son humus natal, prendra les armes, tout seul. Contre l’ordre français établi. Mais il ne pouvait guère s’insurger tout seul. Des compagnons d’armes, des frères d’armes viendront le raisonner. Pour une cause commune, juste et noble. Une guerre de libération. «Tu ne peux pas faire la guerre tout seul», lui fera-t-on observer. Car il ne s’agit pas de défendre, de se réapproprier une parcelle de terre, mais tout un territoire, un pays. Et c’est ce qui est méritoire dans l’œuvre initiale de Mohamed Maârfia et par conséquent, revisitée, bonifiée et stylisée.

Et ce, galvanisée par une brillance filmique d’Ahmed Rachedi. Une débauche de plans, 1000. Des effets spéciaux, des images de sa marque déposée, des vues aériennes et des captations panoramiques inédites issues de 14 wilayas du pays -exprimant la beauté diverse et multiple de l’Algérie-,  une direction d’acteurs déclinant une application, des échanges et autres dialogues éloquents, un travail laborieux…

Et puis, cette épure. Et ces clins d’œil, ces référents cinéphiles de Sam Peckinpah et ses ralentis comme dans le film de guerre Croix de fer (avec James Coburn et  Maximillina Schell) ou encore dans la Horde sauvage (avec William Holden et Ernest Borgnine). Un effet, une ponctuation marquant ou mettant l’emphase sur une dramaturgie, comme les scènes de combat, exactions et exécutions sommaires de la population civile…
 

UN PROJET DATANT DE 20 ANS

Comment a germé l’idée d’adapter l’ouvrage les Sept remparts de la citadelle de Mohamed Maârfia ? «Cela fait 20 ans que je projette de porter à l’écran ce bouquin. Je l’ai lu. Cela me sort un peu de ces personnages historiques. Là, vous avez une liberté totale. Ce sont des anonymes, des combattants de la Révolution de Novembre 1954.

J’ai montré dans la symbolique du film, à la fin, que ce sont souvent des personnages qui meurent. Cela veut dire qu’on n’a pas encore établi la liste de tous les martyrs…», présentera Ahmed Rachedi. Evitant de tomber dans le «manichéen», il précisera : «On ne peut pas faire dans le manichéen. Souvent, nous commettons une erreur grave. Celle de montrer que l’adversaire était facile à vaincre.

C’était la France. Ce n’était pas rien. Et nous avons tenu à le dire dans ce film. C’est un devoir que de rendre hommage à cette extraordinaire Révolution. C’est un peuple en armes qui a fait face à cette armée française coloniale pour abattre ces sept remparts de la citadelle. La citadelle, c’est le colonialisme…» Mention spéciale pour la justesse de jeu des acteurs Hassan Kachach (Thebti), Youcef Sehaïri, Mustapha Laâribi, Ahmed Rezak, et bien sûr, celui de Jean-Christophe Rauzy, très crédible en colon-loser.
 



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