Au secours Morphée ! L’appel de détresse d’un personnage lassé par la société dans laquelle il vit.
Votre nouveau roman commence où s’arrête le précédent, Vivement septembre. D’ailleurs on retrouve cette expression dès le premier chapitre.

On peut voir, d’une certaine manière, dans Au secours Morphée !, une suite de Vivement septembre, même ce n’en est pas une. Il faut dire qu’il n’y a pas tellement de similitudes entre le personnage de Ali, le héros d’Au secours Morphée !, et Wahid, celui de Vivement septembre. Wahid était un personnage taciturne, triste, névrosé, qui s’abîmait dans les bars et n’attendait rien de la vie, ou si peu.

Ali, lui, est quelque part un passionné. C’est un bon vivant. C’est un gars qui chérit la mer au-delà de tout, particulièrement le bruit des vagues et le piaillement des mouettes.

C’est un gars qui n’hésite pas à s’embarquer dans des aventures, même les plus improbables, s’il peut en tirer quelques miettes de plaisir. Lui, il n’aspirait qu’à satisfaire ses envies et assouvir ses passions, mais c’était le contexte dans lequel il évoluait qui l’en empêchait, alors que Wahid, il s’adonnait lui-même à l’auto-flagellation.

Le personnage Ali vit de débrouillardises, en travaillant dans une bouquinerie tout en vendant, sous le manteau, des DVD de films classiques, à des passionnés du 7e art. Il parvient ainsi à vivre au jour le jour, et à payer le loyer d’un petit studio dans le quartier très populaire et très animé de St-Eugène.

Mais voilà : un jour, le destin frappe à sa porte. Il rencontre Nadya, et tombe amoureux aussitôt. La suite est assez prévisible : ils se marient.

Le couple s’installe à Akid Lotfi, un quartier se voulant huppé de la zone Est, là où se concentre de plus en plus la petite bourgeoisie oranaise. Ali se voit alors obligé d’abandonner sa bouquinerie, pour être recruté, grâce aux relations de sa femme, comme administrateur dans une biscuiterie à Hassi Mefsoukh, un village à l’est d’Oran, pas loin d’Arzew. Un métier qui lui garantirait une rémunération plus conséquente.

Cela dit, tout n’est pas rose non plus : ce nouveau job l’ennuie à mourir, et il ne s’entend pas, le moins du monde, avec son patron, au point qu’une guerre froide s’est installée entre les deux hommes. Et pour ne rien arranger, ses problèmes de couple avec Nadya s’aggravent, au fil des jours. Nadya a un tempérament de bourgeois, et s’en revendique.

Cette femme de caractère, tout le temps sur le qui-vive, gère la communication dans une grande boîte d’événementiel. Petit à petit, elle s’est révélée être une femme emplie d’un certain conservatisme, ce qui contrastait avec l’hédonisme de Ali.

Du coup, ce dernier, fortement désillusionné, se met à éprouver de la nostalgie pour son ancienne vie, faite d’insouciance et de légèreté. Cela dit, si ce roman ne se résumait qu’à cela, ça ne m’aurait pas intéressé de l’écrire. Un événement majeur se produira au fil des chapitres, qui fera tout l’intérêt du roman et de son titre !

Le rêve dans le roman est un refuge loin des conventions sociales. Mais il est aussi un piège. Ali est un antihéros que l’obsession d’obtenir sa quête le mène à sa chute. Pourquoi ce choix ?

Une importante partie du roman se passe en effet dans les rêves de Ali, où il rencontre une femme rêvée, que j’ai un moment nommée «la fille de Morphée». Evidemment, on devine sans peine qu’une histoire va se créer entre Ali et cette énigmatique femme du pays des rêves, une nymphette aux yeux verts et au sourire hypnotisant.

A chaque fois qu’il s’endort, Ali se retrouve dans les bras de cette femme. Du coup, cela le pousse à s’endormir plus que de raison, à chaque fois qu’il en a l’occasion. Il fait du sommeil son obsession, sa priorité numéro un, au point qu’il n’a pas hésité à recourir aux psychotropes. Il finit par n’avoir cure de tout ce qui lui arrive dans la vie réelle, ce qui lui importe est justement la nuit, quand il se met au lit pour rejoindre les bras de Morphée.

Ou plutôt de la fille de Morphée. Cela dit, si Ali avait été célibataire, l’histoire n’aurait pas tardé à devenir ennuyeuse. Il est amoureux de la femme de son rêve, et alors ? Au bout de quelques pages, on s’en serait ennuyé. Mais le fait qu’il soit marié change la donne.

L’histoire devient d’un coup plus truculente : on devine le nombre de blagues et de situations cocasses qui se produiront entre le mari, la femme et la maîtresse… la maîtresse qui n’existe pas, sinon en rêve ! Mais c’est vrai que par la suite, la situation se gâtera pour le moins, et Ali tombera dans le piège qu’il s’est lui-même confectionné…   

Il y a des ressemblances dans vos deux derniers romans. On retrouve, entre autres, la figure de la femme comme élément d’influence sur l’évolution du personnage. Elle peut le ramener à la réalité comme elle peut le pousser à s’en éloigner.

Effectivement, si on part de ce contexte, il y a des ressemblances entre Au secours Morphée ! et Vivement septembre. Dans le précédent roman, il y avait le personnage de Wahid qui se faisait remonter les bretelles par Yasmina, qui le tannait à longueur de journée pour qu’il se mette à écrire, persuadée au fond d’elle que se cache dans ce névrosé un écrivain. Il y avait aussi le personnage de Hayet, dans le roman à l’intérieur du roman, qui tançait Ali Slimane pour qu’il se désembourbe du marasme sordide dans lequel il pataugeait.

Dans Au secours Morphée !, la donne est un petit peu différente. Nadya est un élément d’influence pour Ali dans la mesure où ce dernier, désireux de l’épouser, obtempérait au moindre de ses désirs. C’était elle qui tenait les rênes du couple et prenait toutes les décisions. Ali, lui, se contentait de laisser faire, et ne faisait que maugréer en sourdine quand Nadya décrétait des décisions avec lesquelles il n’était pas tellement d’accord.

Le personnage de la femme du rêve, elle, c’était carrément l’inverse : elle n’imposait rien à Ali et se montrait compréhensive pour tout. Elle ne l’obligeait à rien changer dans ses habitudes, et le prenait tel qu’il était.     

Le roman se termine mais le récit reste ouvert. Jusque-là Ali n’obtient pas sa quête. Envisagez-vous une suite ?

Un jour, je me suis dit : «Tiens, ça serait intéressant d’écrire un autre roman pour raconter la suite de celui-là.» Mais je ne pense pas que j’aurai la patience d’entreprendre un tel projet. Il faut vraiment que l’intrigue en vaille la peine. On verra. Ceci dit, j’aurais aimé aussi, ne serait-ce que par curiosité littéraire et voir ce que cela donne, inverser les rôles.

Faire en sorte que ce soit le personnage de Nadya qui rencontre, dans ses rêves, un homme rêvé, un fils de Morphée. Il y aurait eu certainement matière à créer des situations assez rigolotes et cocasses. Mais là non plus, je ne pense pas que j’aurais la patience d’écrire cela.

Le récit est à la fois absurde et surréaliste. A l’intérieur du roman, on trouve, notamment, des scènes qui relèvent du théâtre de l’absurde et d’autres de la nouvelle fantastique.  Ce glissement des genres, est-il volontaire ?

Il ne l’est pas, car l’idée de ce roman, et donc de l’intrigue qui y prévaut, m’est venue tout à fait par hasard, il y a de cela quelques années. Quand j’ai une idée pour un livre, elle vient généralement sans que je l’appelle, au hasard d’une lecture, ou d’une réflexion.

Aussi, il m’est impossible de décider à l’avance quel genre littéraire je vais adopter pour le prochain roman. J’ai emprunté un petit peu à la nouvelle fantastique, mais je me suis donné pour condition que cela reste quand même dans le domaine du plausible, du rationnel.

Il ne fallait pas que le roman vire carrément vers la science-fiction. Le roman se divise donc en deux parties : l’une tout à fait rationnelle, celle qui relate l’histoire de Nadya et de Ali et de leurs problèmes de couple, et l’autre complètement incongrue, où surgit la femme rêvée, mais néanmoins plausible vu que cela se passe justement dans le rêve. Si ce roman doit appartenir à un genre, je dirai que ce serait la comédie.

Tout simplement parce qu’il est truffé de codes qui prévalent dans cette catégorie littéraire. J’ai essayé d’écrire une histoire qui se lit plus ou moins comme quand on regarde une bonne vieille comédie à la télé, ou sur grand écran. Mais je ne sais pas trop si j’ai réussi, ou si j’ai été complètement à côté de la plaque.



Lire l’article depuis sa source: elwatan.com

Commentaires

commentaires