Mais cette 13e édition a-t-elle réellement touché les habitants de la capitale sénégalaise ?
Lors du week-end d’inauguration, le 3 mai, plus de 2000 personnes se pressaient dans le quartier du port au «Laboratoire Agit’Art», l’ancien antre du sculpteur, peintre, acteur et poète Joe Ouakam, figure de la scène artistique sénégalaise, décédé en avril 2017. Dans le dédale des petites pièces qu’il faut d’abord traverser, on commente les œuvres en allemand, en italien.

Une dame à l’accent parisien râle. Trop de monde. Les visiteurs débouchent alors sur une vaste cour au sol recouvert de sable, où trône un baobab. Après un numéro de danse, place à la musique électronique. Des élèves du Conservatoire de Paris se mêlent à leurs homologues sénégalais, avec qui ils viennent de passer deux semaines d’échanges «pas toujours faciles», confie une des étudiantes françaises.

Quelques jours plus tard, on retrouve le même public à la Villa Rouge, près de la Corniche de Dakar, où sont notamment exposées les photos de l’Ivoirien basé à Amsterdam, Alun Be. Ses images, belles et puissantes, mêlant tradition et technologie, mettent en scène de jeunes Africains portant un masque de réalité virtuelle lors de rites initiatiques.

Le truc de cet événement

Les organisateurs du In et du Off ont cherché à faire descendre l’art dans la rue. Sur le marché de Gueule Tapée, notamment, où des sculptures monumentales -dont deux fers à repasser mis côte à côte prennent l’allure d’un paquebot- côtoient les étals de vendeurs de fripes. Mais «il n’y a pas beaucoup de communication pour la population locale», regrette Mamadou Boye Diallo, «promoteur culturel» dans le quartier populaire de la Médina.

«Ce sont beaucoup plus les expatriés qui viennent faire le truc de la biennale. La population ne sait même pas ce que c’est», ajoute-t-il, en expliquant avoir ouvert au public ces dernières semaines des «maisons coloniales de 1935 de la Médina pour que la population locale puisse aussi avoir accès à des expos». L’artiste mural Mamadou Lamine juge pour sa part que la biennale, «ça a marché». «Il y a plein d’artistes qui sont venus nous donner un coup de main à travers le monde», se réjouit-il. Henri Zeller, un jeune Bruxellois vivant à Dakar depuis quelques mois, a fait venir le collectif de grapheurs, Farm Prod, dont les membres ont réalisé des fresques murales dans plusieurs quartiers. «Ce n’est pas la biennale des expats. Non, il y a beaucoup de Sénégalais de tous horizons, de Dakar, de Saint-Louis, de Casamance. Il y en a beaucoup qui ont participé à cette biennale», assure Henri Zeller. «La population était tout le temps présente. Le premier jour, il y avait 200 personnes qui regardaient la performance», ajoute-t-il.

Déambulations

Delphine Buysse, cheveux teints en bleu et beige également, a exposé ses créations mais aussi organisé des ateliers pour enfants. «Le but de l’art dans la rue, c’est vraiment d’interagir avec les gens», affirme-t-elle.

Niko de La Faye, un artiste-plasticien français, a dû attendre la toute fin de la biennale pour que son œuvre -un mobile représentant le cosmos monté sur un tricycle chinois, baptisée M2B- arrive de New York par container, avec près d’un mois de retard. Sous le regard intrigué d’une poignée d’enfants, qui abandonnent un moment leur match de basket, il effectue les derniers réglages de son étrange véhicule. Pour ce dernier week-end, il va «déambuler» dans les rues de Dakar, où il compte bien «s’adresser à tout le monde».

«Ce sera les enfants, les adolescents, les adultes, les vieux. On le proposera aux gens qui se trouveront à ce moment-là dans la rue pour le voir, pour éventuellement poser des questions», dit-il. Pour être sûr d’attirer les regards, il actionnera une cloche, à la manière d’un conducteur de tram ou d’un marchand de glaces.
 



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