Au bureau d’organisation du marché, la cheffe de bureau ne lâche pas le combiné du téléphone.
Elle donne des ins-tructions pour le renforcement des brigades à Ali Mendjeli et Hamma Bouziane, exige des mises à jour des informations sur le tissu commercial et s’enquiert de la disponibilité des produits,  notamment du lait en sachet.

Son responsable entre, ci-garette au bout des lèvres, et crie son angoisse face aux retards que se permet tel service pour envoyer les informations demandées. A la direction du commerce de Constantine, l’ambiance est fébrile à la veille de ce Ramadhan.

Les services auxquels revient la responsabilité de l’organisation et du contrôle du marché, et malgré l’expérience, s’échinent à donner du tonus à leurs moyens pour faire face à la situation exceptionnelle du Ramadhan et à la pression de la tu-telle. Il faut rester vigilant face aux risques de pénuries et à la délinquance commerciale.

La mobilisation est générale. Les congés sont ajournés et les permanences renforcées, nous dit-on. Hier, Azzouz Boumaida, chef de service de l’organisation du marché, a réuni ses agents pour établir un plan d’intervention au niveau du marché de gros des fruits et légumes du Polygone.

Instruction est donnée pour effectuer des interventions inopinées au milieu de la nuit. «L’échange commercial atteint son paroxysme vers 3h du matin, et c’est le moment aussi où interviennent les intermédiaires pour rafler l’offre et la revendre à des valeurs qui font augmenter les prix au détail», explique-t-il à El Watan. L’Etat ne décide pas des prix, mais il doit contrôler ceux des produits subventionnés, et réprimer aussi les pratiques commerciales malhonnêtes.

A-t-il les moyens de l’assurer ? Notre interlocuteur, rejoint par Abdeldjalil Guettiche, chef de service des pratiques commerciales, pense que oui, notamment depuis que le parc roulant est suffisant, explique ce dernier. Mais derrière la réponse officielle, les chiffres installent le doute : pour environ 20 000 commerces concernés par le Ramadhan (sur environ 65 000 dans la wilaya de Constantine), la direction dispose de 87 agents déployés sur le terrain.

On en déduit, par les chiffres toujours, qu’un agent a la responsabilité de contrôler environ 230 commerces, et assurer des tour-nées régulières, a fortiori pendant le Ramadhan ! Quelle administration peut réaliser des performances avec un rapport aussi déséquilibré ? Il est plus facile d’accepter l’argument des chaînons faibles ou manquants dans le circuit commercial, notamment l’inconséquence des organisations professionnelles, ou encore les excès de consommation.

Les marchés pris d’assaut

Les grandes surfaces de la nouvelle ville Ali Mendjeli sont prises d’assaut depuis une semaine. Une foule compacte se rue sur les étals du marché Ritaj, destination préférée de beaucoup de Constantinois, pour se ravitailler comme pour se préparer à un désastre.

Les accrochages sont légion. Un spectacle affligeant. Malgré la disponibilité et la diversité des produits, et malgré les efforts de sensibilisation et les appels à la modération, la population s’attache à un mode de consommation individualiste et «mimétiste», marqué par une boulimie quantitativement insatiable. A la veille du Ramadhan, tout s’achète. D

ans les files qui se forment devant les caisses, les moins tenaces abandonnent leurs caddys. Mais si dans les supérettes, les prix ne subissent pas des augmentations notables, dans les marchés de fruits et légumes, ils prennent l’ascenseur. Au marché des Frères Bettou, en plein centre-ville de Constantine, la tomate s’est affichée hier à 170 DA. Trois fois son prix d’il y a dix jours.

La laitue a été vendue à 160 DA et le poulet à 360 DA ! Certes, ce marché est considéré comme le plus cher à travers la ville, mais la logique est la même partout : tous les prix ont augmenté. «Cette ruée sur le marché pousse les commerçants à augmenter les prix, ils en profitent et c’est normal», explique M. Boumaida.

Le même responsable affirme, d’autre part, que la hausse de la demande est un phénomène récur-rent qui va se résorber au bout de la première semaine du mois de jeûne. Il faut croire que le consommateur n’est pas exempt de tout reproche. Son attitude est pour beaucoup dans la hausse scandaleuse des prix dont il est la première victime.   
 



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