– Selon vous, en quoi la finance islamique est différente du mode de financement conventionnel ?

Ce qu’il faut retenir c’est que dans la finance classique, le plus grand acteur ce sont les banques. Celles-ci font de l’intermédiation monétaire. Elles collectent de l’argent, elles le prêtent et prennent des marges. Chez les banques islamiques, le processus est le même, mais ces dernières se basent sur le principe de partenariat et le partage des pertes et des gains selon un taux convenu d’avance sous forme de contrats (moudaraba et moucharaka).

Dans la moudaraba il y a un détenteur du capital et une deuxième partie qui a le savoir-faire (la banque) en termes de placement et de financement. Le déposant lui confie son argent et ils partageront les gains et les pertes à la fin. La moucharaka, quant à elle, est une prise de participation directe où le déposant prend des parts dans une société X ou Y.

– Quel sont les avantages de ce système ?

Dans les régions où la population est majoritairement musulmane, l’usure est interdite même s’il existe parfois des polémiques concernant le taux d’intérêt prohibé. Il faut rappeler que cette pratique a été interdite d’abord par le christianisme et le judaïsme, car l’usure a souvent mené la société à la dérive et aggrave les inégalités sociales.

Donc la finance islamique a une dimension spirituelle et permet d’assurer l’équité sociale à travers le partage des gains et des pertes dans un esprit de solidarité. Chose qu’on ne trouve pas dans le système classique. Il y a un verset coranique qui dit que «Le bon Dieu a interdit l’usure et toléré le commerce». En partant de ce principe, c’est toute une industrie qui s’est mise en place.

– La finance islamique peine à se développer en Algérie. Pourquoi et quelles en sont les conséquences ?

L’une des premières tentatives, si ce n’est pas la toute première, de mettre en place une banque islamique a été réalisée à Alger en 1928 à l’initiative d’un érudit algérien qui s’appelait Hadj Brahim Abu El Yakdane. On était les pionniers en termes d’idées, mais il a fallu attendre jusqu’au début des années 1990, pour qu’une première banque islamique soit installée en Algérie, El Baraka Bank, suivie en 2008 par El Salam Bank. Nous avons été devancés de 20 ans par les pays du Golfe et de l’Asie du Sud-Est.

Cependant, en Algérie, la finance islamique représente à peine 5% du marché bancaire national. Les banques susmentionnées n’ont pas pu s’imposer et développer leurs activités à cause de l’absence de cadre juridique spécifique à ces institutions financières. Si on va au code du commerce, on ne trouvera pas de titres qui s’appellent Sukuk, par exemple.

A cette contrainte s’ajoute le problème de la double taxation des produits des banques islamiques, dont l’activité se base essentiellement sur la vente, l’achat et la location de biens. Tous les pays qui se sont développés dans ce domaine ont mis en place des lois spécifiques à ce type de financement, y compris le Royaume-Uni et la France.

– Pourquoi l’Algérie ne l’a pas encore fait, selon vous ?

L’Algérie ne l’a pas fait auparavant, puisque le pays n’était pas en crise. Aujourd’hui, la situation a changé. Le ministre des Finances a annoncé l’ouverture de fenêtres de la finance islamique par trois banques publiques avant fin 2017. Mais cela n’a pas été fait en raison, me semble-t-il, des retards mis pour élaborer les textes réglementaires. Le développement de la finance islamique est plus qu’une nécessité pour faire face à la crise.

Ce mode de financement permettrait de réduire le taux des épargnes qui circulent dans les circuits informels. Si les gens gardent leur argent à la maison, c’est que les prestations des banques ne répondent pas à leurs besoins et convictions religieuses. L’ouverture de banques islamiques a été suivie dans beaucoup de pays par des dépôts incroyables d’épargnes. Le système a tellement bien fonctionné, au point où certaines banques ont eu du mal à investir l’argent collecté.
 



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