Les autorités marocaines ont encore été prises la main dans le sac par la communauté internationale.
Un peu comme l’aurait été un voleur ou un menteur. Les Nations unies ont démenti, en effet lundi soir, les accusations formulées la veille par Rabat – selon lesquelles le Front Polisario avait déployé des troupes à El Guergarat –, affirmant que la Minusro n’a enregistré aucune violation de l’accord de cessez-le-feu dans cette zone.

«Nos collègues de la Minurso n’ont observé aucun mouvement d’éléments militaires dans le territoire nord-est. La Minurso continue de suivre la situation de près», a déclaré, Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU, lors de son point de presse quotidien. Stéphane Dujarric répondait justement à une question sur les accusations du Maroc relatives à de prétendues violations de l’accord de cessez-le-feu par le Front Polisario dans cette zone démilitarisée, sous surveillance des Nations unies. Il s’agit d’une suprême humiliation pour le Maroc. Il est rare que l’ONU désavoue de la sorte un pays.

C’est dans une lettre envoyée dimanche au président du Conseil de sécurité que le Maroc a évoqué «le maintien de la présence» d’éléments armés du Front Polisario à El Guergarat. A l’occasion, les autorités marocaines ont menacé de mener des mesures de représailles (militaires) à l’encontre des Sahraouis auxquels elles ont par ailleurs dénié le droit de s’installer sur les territoires sahraouis libérés. Le Maroc joindra-t-il le geste à la parole ? Comme souvent en pareil cas, il n’en fera rien.

A travers son escalade verbale qui intervient (comme toujours) à la veille des discussions prévues au Conseil de sécurité sur la prorogation du mandat de la Minurso, le makhzen vise en réalité des objectifs précis. Il cherche avant tout à mettre la pression sur l’émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, Horst Köhler, qui doit effectuer une visite à El Ayoune. Des spécialistes du dossier ont confié à la presse que «Rabat veut clairement l’amener à focaliser son attention sur les mouvements tactiques opérés par le Polisario, plutôt que sur les conditions de vie des Sahraouis et la violation systématique de leurs droits légitimes».

A travers ses gesticulations et ses accusations à l’encontre du Front Polisario, ajoute la même source, le Maroc veut peser sur la rédaction de la mouture finale du rapport du secrétaire général des Nations unies devant être soumise, au cours de ce mois d’avril, au Conseil de sécurité, faire oublier ses défaites diplomatiques et tenter d’obtenir l’annulation de la demande d’Antonio Guterres de dépêcher une mission à El Guergarat. Il faut savoir que Rabat s’oppose toujours à l’envoi d’une mission technique onusienne pour examiner la situation sur le terrain et envisager les moyens de résoudre la crise durablement.

Blocages volontaires

Le chef de l’ONU a encore récemment appelé le Maroc à «reconsidérer cette initiative afin que les deux parties au conflit puissent s’engager dans une discussion de bonne foi sur cette question». Rabat a répondu à la doléance d’Antonio Guterres par la négative, considérant même cette mission technique d’«inopportune» et d’«inappropriée». Il ne fallait probablement pas s’attendre à une attitude conciliante du Maroc, puisque c’est lui-même qui est à l’origine de la crise d’El Guergarat. Il se peut d’ailleurs que la manœuvre entre dans le cadre justement d’un plan consistant à renvoyer aux calendes grecques le règlement du conflit sahraoui.

Dans une note confidentielle transmise au Conseil de sécurité en août 2016, le secrétariat général de l’ONU de l’époque avait d’ailleurs reconnu la violation de l’accord militaire numéro un par le Maroc. Las de tous ces blocages, M. Guterres a fini cette semaine aussi par désigner le Maroc comme partie entravant le travail de l’ONU. Un suprême affront pour le Maroc qui a subi de nombreux revers diplomatiques ces derniers mois.

En tout cas, tous ces éléments tendent à prouver aujourd’hui que Mohammed VI ne veut pas de négociations directes avec le Polisario et encore moins d’un règlement du conflit sahraoui. Le statu quo l’arrange, dans la mesure où il lui permet de continuer à exploiter en toute impunité les ressources du Sahara occidental. C’est tout ce qui l’intéresse.
 



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