Dans son dernier essai, Guerres humanitaires ? Mensonges et intox, Rony Brauman, ancien président de l’organisation médicale Médecins Sans frontières (MSF) (section française) de 1982 à 1994, est revenu sur les nombreuses guerres menées au nom du sacro-saint principe de l’humanitaire.
Lors d’un débat organisé au siège de l’ONG à Paris la semaine dernière, l’auteur de Médias et humanitaires : étude de l’information ou charité spectacle (1995) et de nombreux autres livres liés à la problématique humanitaire, Rony Brauman s’est notamment intéressé à trois guerres qui, selon lui, ont été menées pour soi-disant protéger les populations civiles des exactions qui pouvaient être commises par les régimes en place ou pour éviter que des conflits ethniques n’éclatent entre les populations d’un même pays.

Il a cité la guerre civile en Somalie en 1991 et l’intervention, sans grands résultats, de l’armée américaine. La guerre menée par l’OTAN contre la Serbie en 1995, au cœur de l’Europe, et la guerre en Libye en 2011, menée par une coalition internationale, dont la France était la tête de pont. Et c’est la guerre en Libye, décidée par Nicolas Sarkozy, qui a marqué Rony Brauman. Il la compare d’ailleurs à la guerre menée par George Bush contre Saddam Hussein en 2003. «La guerre de Libye fut notre Irak à nous», a-t-il expliqué devant un parterre d’humanitaires et de journalistes.

Rony Brauman a pointé les mensonges et les contrevérités qui furent utilisés en vue de rallier la communauté internationale à cette entreprise meurtrière qui a fini par faire tomber le régime d’El Gueddafi. «Ce qui m’a frappé lors de cette guerre, c’est que non seulement le pouvoir français a menti, mais que les médias et les intellectuels, à quelques exceptions près bien entendu, ont été comme de caisses de résonance. Ils se sont montrés très enthousiastes et compréhensifs à l’égard de cette guerre, au point de la soutenir d’une manière inconditionnelle.»

Comme ce fut le cas lors de la guerre d’Irak, où des journalistes de la chaîne CNN ont été embarqués dans les blindés de l’armée américaine, Rony Brauman a aussi critiqué le manque de professionnalisme «de certains médias français». «Ces derniers décrivaient des colonnes de chars appartenant au régime d’alors faisant route vers Benghazi, mais aucun n’a pu fournir la moindre image ni la moindre preuve, ou pris par exemple la peine d’examiner la véracité de ce qui se disait pour justifier cette attaque.»

La guerre contre la Libye, une «erreur» selon Macron

Pour Rony Brauman, la guerre d’Irak et celle de Libye ont un point commun. Elles ont été menées sur la base de mensonges d’Etat. L’autre point commun est la catastrophe humanitaire qu’elles ont engendrée avec la mort de plusieurs milliers de civils et la destruction des infrastructures. Pour l’ancien président de MSF, si les Etats-Unis ont attaqué l’Irak sous prétexte que le régime de Saddam possédait des armes chimiques, c’est l’excuse de pilonnage de civils à Benghazi qui a été utilisée par la France. On se souvient d’ailleurs que l’Assemblée nationale française avait voté à l’unanimité pour cette guerre.

Même le parti socialiste s’est rallié derrière Nicolas Sarkozy, alors président de la France. Même François Hollande n’a pas changé sa position, bien au contraire il a fait lui aussi sa «guerre» au Mali et en Centrafrique. «Aucune inflexion politique sur cette guerre (Libye, ndlr) n’a eu lieu qui aurait pu donner lieu à une inflexion médiatique», a assuré Rony Brauman au site Middle East Eyes, avant de noter au passage que Macron, lui, avait considéré la guerre en Libye comme étant «une erreur».

Dans le dossier libyen, il est utile de rappeler que plusieurs hommes politiques français de premier rang avaient été financés par le régime libyen lors de l’élection présidentielle de 2007. Le site MédiaPart avait même publié des preuves impliquant certains d’entre eux, dans ce qu’on peut appeler aujourd’hui le «Libyagate».

Alors que la Libye se trouve plus que jamais divisée avec un gouvernement à Tripoli et un autre Tobrouk, et le peuple libyen empêtré dans crise politique et économique sans précédent, les pays occidentaux, à leur tête la France qui était d’ailleurs à l’origine de la guerre, ne veulent pas remettre en cause leur choix qui a consisté à faire tomber le régime d’El Gueddafi sans rien prévoir pour l’après.
 



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