Le pays est en ébullition depuis quelques mois déjà, mais le gouvernement peine à trouver des solutions. A votre avis, pour quelle raison ?

En mathématiques, certaines questions d’apparence simple ne trouvent aucune réponse logique et sont connues sous le vocable de «propositions indécidables».

En biologie aussi, certaines pathologies ne trouvent d’issue que dans la mort. En économie, l’absence de solutions mène à la faillite. En politique, les crises systémiques provoquent la fin des régimes. Il faut se rendre à l’évidence, le système politique algérien ne peut plus offrir de réponses aux multiples crises qui secouent le pays. L’unique solution est à chercher en dehors du système.

Autrement dit, le pays ne pourra entrevoir un nouveau chemin pour retrouver ses équilibres interne et externe que si l’obstacle de l’actuel pouvoir est levé. Tout autre objectif ne serait que vaine tentative et une perte de temps précieux.

A un an de l’élection présidentielle, la scène politique reste très calme. Comment expliquez-vous cela ?

C’est un calme bien précaire et qui peut annoncer la tempête. Le clan présidentiel s’est piégé dans une bulle qu’il a lui-même fabriquée. Obsédé par sa volonté d’absolutisme, le président est aujourd’hui otage de ses fantasmes, mais aussi des appétits voraces de ses entourages. Maintenant, tout le monde craint le moindre changement. Les institutions sont délabrées, l’armée dans le désarroi et l’opposition emmaillotée.

A cela, il faut ajouter la fin de la rente à grande échelle. C’est-à-dire qu’on a là tous les ingrédients de l’explosion. Le régime de Bouteflika a travaillé durant deux décennies à dévitaliser l’opposition institutionnelle et populaire. Il a de ce fait sciemment corrompu tous les rouages de l’Etat et du politique en général et favorisé le régionalisme à outrance, le clientélisme, le népotisme, l’affairisme le plus vilain.

Il a surtout sélectionné une faune servile, docile et redevable à tous les niveaux de responsabilité. Voyez comment sa clientèle se prosterne publiquement devant ses portraits. Voyez comment ses laudateurs parlent de lui. Voyez comment les ministres de la République sont complices de cette situation. Ces gens n’ont, à l’évidence, aucun sens de l’honneur.

Votre parti a proposé à l’opposition de s’accorder sur un seul candidat. Comment cette idée a-t-elle mûri ?

La classe politique est très divisée et reflète en fait les multiples ruptures à l’intérieur de la société. Pour proposer un vrai changement au pays, il faut avoir un projet concret et rassembleur. L’idée d’une phase transitoire était dans la tête de tout le monde depuis au moins Mazafran 1 (juin 2014). Remettre de l’ordre dans les affaires du pays, proposer un nouveau contrat politique, reconstruire les institutions sur une base saine sont des objectifs qui passent par une élection légitime d’un président de la République rassembleur.

Celui-ci devra engager le pays dans un processus constituant, puis électoral avec des instruments légaux négociés. C’est la seule voie possible pour changer de régime dans la paix et la stabilité. Un candidat unique de l’opposition pourrait créer une dynamique populaire avec un objectif clair : l’Etat de droit. Le cas échéant, c’est la rue qui interviendra tôt ou tard avec des conséquences pour le moins hasardeuses.

Les partis de l’opposition n’ont visiblement pas accepté cette idée. A votre avis, pourquoi ?

Vous savez, l’opposition institutionnelle est tellement faible politiquement et moralement qu’elle ne croit pas en elle-même. Elle sait que le peuple ne la porte pas dans son cœur. Elle sait qu’elle a trop longtemps côtoyé et collaboré avec le régime pour pouvoir incarner un quelconque changement. Alors, elle se conforme au jeu.

Elle fait de l’opposition dans le discours et énonce des vœux pieux, mais elle ne veut pas sortir de sa zone de confort et se donner les moyens de sa propre libération. Volontairement ou non, elle est devenue une opposition du système. Elle n’est pas en mesure de défier le pouvoir, alors elle louvoie. Cela n’est bon ni pour elle-même ni pour le pays.

Certaines parties laissent penser qu’il y aura un 5e mandat. Quel est votre avis ?

Un 5e mandat est dans la logique du système. Plus que cela, le régime actuel est prisonnier de Bouteflika. Le départ du président actuel signifiera la fin de ce régime, et ce, dans tous les cas de figure, y compris si un substitut à lui est imposé au pays. C’est pour cela que nous refusons frontalement le 5e mandat.

Comment voyez-vous l’issue de la prochaine élection ?

Le rendez-vous de 2019 sera un révélateur de l’état du pays. D’ici là, nous vivrons des tensions extrêmes. Le régime mène son dernier combat pour sa survie tout en sachant qu’il est irrémédiablement condamné.

Un 5e mandat signifiera que la société est autant affectée sinon plus que son président. Le départ de ce dernier montrera, au contraire, qu’il y a encore une conscience active qui aura refusé la fatalité et aura peut-être réussi à éviter à la nation un funeste destin.



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