La menace du président américain intervient au lendemain du veto opposé au Conseil de sécurité de l’ONU par Moscou à un projet
de résolution américain visant à créer un mécanisme d’enquête indépendant sur le recours aux armes chimiques en Syrie.
Le président américain, Donald Trump, a averti, hier, dans un tweet matinal, la Russie de frappes imminentes contre la Syrie qu’il rend responsable d’une attaque chimique présumée samedi à Douma, contre une position de Jaïch Al Islam, un groupe salafiste fortement lié à l’Arabie Saoudite. Des sources occidentales évoquent plus de 40 personnes tuées.

Cet avertissement est intervenu peu après que Moscou eut mis en garde contre tout acte pouvant «déstabiliser la situation déjà fragile dans la région». «La Russie jure d’abattre n’importe quel missile tiré sur la Syrie. Que la Russie se tienne prête, car ils arrivent, beaux, nouveaux et intelligents ! Vous ne devriez pas vous associer à un Animal qui Tue avec du Gaz, qui tue son peuple et aime cela», a menacé le président américain.

Donald Trump a estimé dans un autre tweet que les relations entre les Etats-Unis et la Russie étaient «pires aujourd’hui qu’elles ne l’ont jamais été, y compris pendant la guerre froide».

Il est fort probable que le président américain répondait là à une menace faite la veille par l’ambassadeur russe au Liban, Aleksander Zasypkin, qui avait déclaré sur la chaîne Al Manar qu’«en cas de frappe américaine (…), les missiles seront détruits, de même que les équipements d’où ils ont été lancés». Washington n’est pas la seule capitale occidentale à vouloir «punir» Al Assad. Paris a exprimé également sa détermination à tout mettre en œuvre «contre l’impunité chimique».

Le président français, Emmanuel Macron, a d’ailleurs annoncé mardi que son pays allait annoncer «dans les prochains jours» la «décision» sur sa riposte, en coordination avec les alliés américain et britannique. Donald Trump avait déjà fait bombarder, en avril 2017, une base militaire syrienne en riposte à une attaque au gaz sarin, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun, dans le nord-ouest de la Syrie.

Situation très tendue

La Syrie a, selon l’agence de presse officielle Sana, qualifié aussitôt les menaces du président américain d’«escalade dangereuse». «Nous ne sommes pas étonnés par cette escalade dangereuse en provenance d’un régime comme celui des Etats-Unis qui a parrainé et parraine encore le terrorisme en Syrie», a indiqué une source du ministère des Affaires étrangères, citée par Sana.

La Russie a de son côté répliqué que les frappes américaines doivent viser «les terroristes» et non «le gouvernement légitime» syrien. «Nous espérons encore que toutes les parties vont éviter tout acte qui ne serait en réalité en aucun cas justifié», a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, jugeant la situation actuelle «très tendue».

La Russie a en outre insinué, selon l’AFP qui rapporte l’information, que les frappes américaines pourraient servir à «effacer les traces des provocations» que les Occidentaux dénoncent comme une attaque à l’arme chimique. «L’idée serait-elle d’effacer rapidement les traces de provocations par des frappes de missiles intelligents, et les inspecteurs n’auront plus rien à trouver en termes de preuves ?» s’est interrogée, sur Facebook, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

Moscou et Téhéran accusent Washington de ne chercher qu’un «prétexte» pour frapper le pouvoir syrien et pourquoi pas même de s’en prendre à l’Iran. L’armée russe a accusé aussi les Casques blancs d’avoir «mis en scène devant les caméras» l’attaque chimique présumée contre les rebelles syriens à Douma.

L’OAIC bientôt à Damas

La menace du président américain intervient aussi au lendemain du veto opposé au Conseil de sécurité de l’ONU par Moscou à un projet de résolution américain visant à créer un mécanisme d’enquête indépendant sur le recours aux armes chimiques en Syrie. L’ambassadeur de Russie aux Nations unies, Vassily Nebenzia, a justifié le 12e veto russe en sept années d’un conflit qui a fait plus de 350 000 morts, par la volonté de «ne pas entraîner le Conseil de sécurité dans des aventures». En revanche, Damas et Moscou (qui nient l’existence d’une attaque chimique) ont invité l’Organisation internationale sur les armes chimiques (OIAC) à se rendre en Syrie.

L’OAIC, un organisme dont le mandat est d’enquêter sur une attaque présumée mais qui n’a pas la responsabilité d’en identifier les responsables, a d’ailleurs annoncé mardi l’envoi «sous peu» d’une équipe pour faire la lumière sur ce qui s’est passé à Douma. Dans tous les cas, le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, s’est déclaré hier «prêt» à présenter des options militaires au président Donald Trump.

Il a néanmoins souligné que les Etats-Unis étaient «encore en train d’évaluer» les informations sur cette attaque pour pouvoir en faire assumer la responsabilité au président Bachar Al Assad. Pour de nombreux observateurs, cette montée des tensions fait craindre le pire, surtout que les mises en garde de Donald Trump concernent aussi la Russie et l’Iran, deux proches alliés de Damas qui devraient, selon lui, «payer le prix fort». Le Proche-Orient n’a probablement jamais été aussi proche d’un embrasement général.
 



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