Le Qatar dénonce une volonté de mise «sous tutelle» de ses voisins arabes




Le ministre des Affaires étrangères du Qatar, cheikh Mohamed Abderrahmane Al Thani, a dénoncé, hier, devant le Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies (ONU) à Genève, le «siège illégal» qui lui est imposé et une volonté de mise «sous tutelle» par des pays arabes.
«Ce n’est pas un secret que les motifs réels du siège et de la rupture diplomatique avec l’Etat du Qatar ne visent pas à lutter contre le terrorisme (…) mais sont plutôt une tentative de mettre le Qatar sous tutelle» et «d’interférer dans sa politique étrangère», a ajouté le chef de la diplomatie du Qatar, relayé par l’AFP. Le Qatar «ne peut pas tolérer cette situation», a-t-il indiqué.     
La crise du Golfe a éclaté  le 5 juin, quand trois pays de la région (l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn) ainsi que l’Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec Doha. Ces pays reprochent au Qatar de soutenir des groupes extrémistes et de se rapprocher de Téhéran, grand rival de Riyad. Ils ont aussi imposé à Doha des sanctions, notamment un blocage des voies d’accès maritimes, aériennes et terrestres. Ils ont présenté une liste de 13 points à Doha, dont la fermeture de la chaîne de télévision Al Jazeera, jugée «extrémiste», l’arrêt du soutien présumé du Qatar à des organisations «terroristes», la réduction du niveau des relations avec Téhéran et la fermeture de la base turque au Qatar. Doha  nie soutenir des groupes extrémistes et accuse ces pays d’empiéter sur sa souveraineté. Ladite liste rejetée le 4 juillet par le ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Mohammed Ben Abderrahmane Al Thani, la qualifiant d’«irréaliste» et d’«irrecevable». «Elle ne porte pas sur le terrorisme, elle appelle à mettre fin à la liberté d’expression», a-t-il relevé. Le 14 du même mois, Ankara et Doha ont exclu la fermeture de la base militaire turque au Qatar.

Le Koweït, comme médiateur dans la crise, prône une solution  diplomatique. Reçu le 7 septembre par le président américain, Donald Trump, à la Maison-Blanche, l’émir du Koweït a indiqué que le Qatar a accepté les demandes de ses adversaires. Mais les quatre pays ont vite nié tout progrès. Samedi dernier, l’Arabie saoudite a annoncé que le Qatar est prêt au dialogue pour résoudre la crise, avant de tempérer aussitôt l’espoir d’une solution rapide en exigeant une confirmation par Doha de sa volonté de négocier. L’entretien téléphonique entre l’émir du Qatar et le prince héritier d’Arabie saoudite était «positif», a déclaré hier le chef de la diplomatie, ajoutant : «Malheureusement, nous avons vu, une demi-heure   plus tard, des représailles de leur part, lorsqu’ils ont publié une déclaration affirmant que ce que nous avions dit sur l’entretien était un mensonge.» «Nous ne pouvons pas prédire» ce qui va se passer, a-t-il indiqué en appelant à la discussion et en estimant que «le dialogue est la meilleure solution pour résoudre des conflits». «Nous sommes prêts à leur parler, nous sommes prêts à nous engager, si ce dialogue est basé sur des principes qui ne violent pas le droit international et respectent la souveraineté de chacun», a-t-il relevé.

L’émirat accueille depuis longtemps des leaders des Frères musulmans, à l’exemple de  leur chef spirituel Youssef Al Qaradaoui et Khaled Mechaal, ancien dirigeant du mouvement palestinien Hamas lié à la confrérie. Riyad et Abu Dhabi ont approuvé le coup d’Etat de l’armée égyptienne du 3 juillet 2013 qui a provoqué la chute du président islamiste, Mohamed Morsi, contrairement au Qatar qui l’a condamné.
Vicissitudes

Indépendant en 1971, le Qatar a entretenu des relations de bon voisinage avec l’Iran. Il faut attendre les années 1980 pour observer une distanciation entre Doha et Téhéran, au moment où l’ensemble des pays de la région se rapprochaient de Riyad par crainte d’une diffusion de l’islamisme révolutionnaire. Et suite à l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique et à la Révolution iranienne en 1979, est créé en1981 le Conseil de coopération du Golfe (CCG). Il regroupe l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, Koweït, Qatar et Oman avec comme objectif la coordination, l’intégration et la coopération des Etats membres dans les domaines économique, social, culturel et militaire. Dans ce cadre, les six pays membres ont mis sur pied, en 1984, une force commune d’intervention appelée «Bouclier de la péninsule». Avec l’Occident, ils ont soutenu l’Irak de Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran.

Et cela, par souci d’affaiblir Téhéran qui constitue aux yeux de ces monarchies une menace pour leur sécurité. Cependant, l’invasion du Koweït en 1990 par l’Irak a mis en relief la vulnérabilité de ces monarchies face à leurs voisins. Le Koweït a été libéré par la coalition internationale menée par les Etats-Unis. Le Qatar et l’Iran partagent le champ gazier de Pars-Sud. Ainsi, les deux pays tiennent à renforcer leur coopération concernant le champ gazier. Outre le Qatar, Oman entretient de bonnes relations avec l’Iran et a  refusé de soutenir le projet d’union des pays arabes du Golfe initié par Riyad. Outre la méfiance des ambitions hégémoniques du royaume wahhabite dans la région, Mascate critique sa dimension ethnique et confessionnelle.

Il s’agit d’une coalition arabe sunnite dirigée contre l’Iran perse et chiite. Pour Mascate, intégrer ce projet signifie soutenir Riyad contre Téhéran et remettre ainsi en cause sa politique de bon voisinage avec la République islamique. Se ranger aux côtés de Riyad face à Téhéran serait en outre cautionner la fracture confessionnelle entre sunnites et chiites qu’entretient l’hostilité de l’Arabie saoudite à l’égard de l’Iran, avec les conséquences que vivent l’Irak, la Syrie, le Liban et le Yémen.
Le sultanat, dont la majorité de la population est ibadite, a toujours mené une politique indépendante par rapport à ses voisins. Le sultanat d’Oman est la seule des six monarchies du Golfe à ne pas prendre part à la coalition arabe menée par le royaume wahhabite au Yémen.

 



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