Comment évoquer un artiste reconnu par ses pairs, pour son talent inégalé, dans l’interprétation vocale et instrumentale ?
Comment revenir sur le parcours de cet artiste qui a fait de la musique chaâbie sa raison de vivre ? Comment parler de cet homme à la fibre artistique contagieuse, qui n’a jamais ressenti le besoin d’enregistrer un album pour la postérité ? Sid Ahmed Bouaddou a l’élégance de sa musique et de sa voix.

Quand il évoque sa passion pour le chaâbi, il en est ému à l’extrême. Et pourtant, il est venu dans l’univers du chaâbi par un pur hasard. Il a été bercé par la musique depuis son plus jeune âge, avec une préférence, au départ, pour le répertoire de Dahmane Benachour. Il commence à tambouriner au départ, sur une bassine en plastique, avant de se faire remarquer en tant que percussionniste au collège.

Sid Ahmed Bouaddou se rappelle qu’il faisait l’école buissonnière pour s’essayer à sa passion avec un ami qui détenait un banjo. Au lycée, il troque sa derbouka contre une guitare et crée un orchestre avec le musicien Nourreddine Saoudi. Plusieurs fêtes sont alors à l’honneur. Dans les années 1970, il intègre la fac de droit, avec toujours cette envie de concilier études et musique.

Il monte alors un nouvel orchestre en s’adonnant à la chanson engagée dans le genre chaâbi. De belles tournées auréolées de succès s’ensuivent alors. Il précise que son quartier, Birkhadem, respirait à l’époque le chaâbi. «Nous répétions, confie-t-il, respectivement au niveau du siège de la jeunesse FLN, l’UNJA, et les scouts. L’environnement était propice pour exercer.

Il y avait à l’époque des gens qui m’avaient encouragé et bien encadré. J’ai participé à de nombreux concours au niveau de certaines APC et je gagnais à chaque fois le premier prix.»

Parallèlement à la musique, Sid Ahmed Bouaddou pratiquait le football. Une discipline sportive qu’il a vite abandonnée au profit de la musique. Jouant de la guitare et du mandole, le chanteur se plaît à répéter qu’il est un autodidacte.

Il a pu apprendre et continue encore de nos jours à accumuler des connaissances. Il s’est toujours entouré de musiciens chevronnés.

Pour la petite histoire, Sid Ahmed connaissait uniquement le début de la touchia, mais c’est en suivant ces musiciens qu’il l’a apprise par cœur. Au fil du temps, son expérience s’aiguise davantage. Il se sent prêt à animer des concerts et des fêtes familiales : une activité qu’il exerce d’ailleurs jusqu’à nos jours.

A la question de savoir quels sont ses maîtres de référence dans le genre chaâbi, l’artiste répond qu’il est l’un des premiers élèves du regretté El Hachemi Guerrouabi. Pour notre interlocuteur, le compositeur Mahboub Bati a fait un travail énorme sur le plan sociologique. «Il a écrit des textes et il a repris des chansonnettes dans le genre chaâbi. Il a récupéré la jeunesse des années 60 qui était dans une certaine ambivalence musicale. Il fallait leur faire aimer et capter leur attention.

C’est grâce aux textes de Mahboub Bati que la jeunesse a beaucoup suivi entre autres El Hachemi Guerrouabi», explique-t-il. Si Sid Ahmed Bouaddou n’a jusque-là édité aucun album, c’est parce qu’il exerce cet art avec passion et non pas dans un but lucratif. Il révèle qu’il a un produit qu’il n’a jamais mis sur le marché national pour la simple raison qu’il s’est rendu compte que l’esprit mercantile a pris le dessus sur l’art.

«Un éditeur vous demande de le payer pour faire sortir votre produit», lance-t-il. Notre interlocuteur estime que le chaâbi est devenu le parent pauvre de la culture en Algérie. Il s’interroge alors sur le nombre exact de festivals qui se sont déroulés entre 1962 et 2018. «Il n’y en a eu que deux, hélas. Un en 1969 et un second en 2006, auquel j’ai participé.

On parle toujours de budget quand il s’agit de chaâbi, mais quand il s’agit d’autre chose, on ne parle pas d’argent. Ces festivals ont été une véritable pépinière de jeunes talents.

Le Festival national chaâbi a été un véritable brassage entre la nouvelle et l’ancienne génération», affirme-t-il. Si, de l’avis de notre orateur, le niveau du chaâbi est excellent, il précise, cependant, que la nouvelle génération se doit de faire attention aux textes qu’elle chante. «Il faudrait, dit-il, que les jeunes connaissent le sens de chaque mot et de chaque phrase. Nous avions, nous, la chance d’avoir Mohamed Rachid. Il avait une armoire pleine de textes.

Quand vous preniez une qacida chez lui, il vous la dicte et vous donnez son sens. Maintenant les gens écrivent sans connaître la signification exacte des mots.» Notre interprète porte un regard assez critique sur les organisateurs de spectacles. Selon lui, «à part l’Etablissement Arts et Culture d’Alger qui donne sa chance à tout le monde, les autres organismes sont des cercles fermés».

Après une carrière riche de presque un demi-siècle, Sid Ahmed Bouaddou se décide enfin à offrir prochainement à son public son premier album. Il est sur un projet musical avec l’artiste et parolier Yacine Bouzama.

Il est à noter que le chanteur chaâbi gratifiera son public le 2 juin prochain, à partir de 22h, au niveau de la place des Artistes, à la Pêcherie à Alger. Avis aux amateurs.



Lire l’article depuis sa source: elwatan.com

Commentaires

commentaires