Le niveau de liquidité bancaire s’est accru de 77% en 2017, suite à la mise en œuvre du financement non conventionnel.
Que deviendrait le système bancaire national sans les mécanismes actuels de mise sous perfusion, dont surtout le recours au financement non conventionnel ? La question mérite d’être posée, d’autant plus que ces mêmes mécanismes, qui garantissent pour ainsi dire la liquidité bancaire, sont par vocation exceptionnels et devront donc tôt ou tard devenir inopérants.

En effet, après avoir entamé une forte tendance à l’érosion, consécutivement au retournement de la conjoncture pétrolière à la mi-2014, le niveau de liquidité bancaire n’a commencé à se stabiliser et ensuite à fortement croître qu’à partir de novembre dernier, «suite à la mise en œuvre du financement non conventionnel», admet la Banque d’Algérie (BA).

Dans sa dernière note de conjoncture, publiée tout récemment, la BA rappelle en ce sens qu’à partir de 2015, le niveau global de liquidité des banques a commencé à fortement chuter, passant de 2730,9 milliards de dinars à 1832,6 milliards de dinars en l’espace d’à peine une année, en raison surtout de la forte contraction des dépôts du secteur des hydrocarbures.

A fin 2016, est-il précisé dans le même rapport, la liquidité bancaire atteignait 820,9 milliards de dinars, dont 432,6 milliards de dinars au titre du refinancement opéré par la Banque centrale. Et ce n’est au final qu’à partir de mars 2017 que le niveau global des ressources bancaires s’est relativement stabilisé, «après le lancement d’opérations d’open market pour l’injection de liquidités», indique encore la note de conjoncture de la BA.

Quelques mois plus tard, soit après l’entrée en vigueur du dispositif de financement interne non conventionnel, la liquidité des banques a commencé à fortement croître pour atteindre un niveau de 1380,6 milliards de dinars à fin décembre 2017, soit une hausse de 77% par rapport au premier semestre de la même année, et de 68,2% comparativement à ce qu’elle était une année plus tôt.

Dopé surtout par des instruments monétaires non conventionnels et d’autres classiques, tels que l’open market, le système bancaire national retrouve ainsi un niveau de solidité appréciable, alors qu’il demeure structurellement peu efficace quant à sa fonction première de collecte de ressources, notamment celles circulant hors circuits officiels.

Aussi, si sa mise sous perfusion par les pouvoirs publics lui permet de maintenir un certain rythme de crédits à l’économie, celle-ci ne lui offre en définitive qu’un simple sursis de trois à cinq ans, avant de se voir à nouveau confronté à de sévères crises de liquidité, une fois asséchés les financements non conventionnels. Intervenant récemment lors d’un symposium sur la place financière locale, le gouverneur de la Banque centrale, Mohamed Loukal, avait lui-même formulé en ce sens une sévère mise en garde à l’adresse des banques primaires.

«Si, jusque-là, la politique monétaire a été assez accommodante, le refinancement des banques devra au fur et à mesure s’effectuer à des taux plus coûteux», a-t-il en effet averti, tout en incitant les établissements bancaires à œuvrer à collecter au maximum les ressources qui continuent à circuler hors circuits bancaires. Celles-ci, rappelle-t-on, sont évaluées à quelque 4780 milliards de dinars, dont 1500 à 2000 milliards de dinars thésaurisés, tandis que le reste circule dans l’informel.

Quoi qu’il en soit, le secteur bancaire national, nous dit l’expert et ancien ministre des Finances, Abderrahmane Benkhalfa, doit œuvrer rapidement à améliorer l’inclusion financière pour collecter surtout les ressources non bancarisées, car, admet-il, il ne faut pas attendre cinq ans pour trouver un relais aux instruments de refinancement et au financement non conventionnel. C’est que, comme nous l’explique si bien un ancien dirigeant d’une banque privée, «les solutions conjoncturelles ne peuvent en aucun cas offrir une vraie réponse aux problèmes structurels…»



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