– Vous avez publié une traduction du Sommeil du juste de Mouloud Mammeri en tamazight aux éditions El Othmania (Taguni Nwin Ighezza). Comment s’est concrétisé ce projet ?

La concrétisation du projet de la traduction d’une telle œuvre au-delà de l’effort consenti pour les multiples relectures fut un réel plaisir. Puisque à chaque fois le roman prenait des tournures surprenantes, il m’a été donné de découvrir des facettes de l’écriture Memmerienne jamais soupçonnées par le naïf lecteur que j’étais. Facettes se révélant après moult discussions avec des amis et autres recherches dans le vaste champ de la littérature française.

Par exemple le titre : Le sommeil du juste ‘’ qui est une phrase utilisée par Victor Hugo dans les Misérables, il s’agit de la fameuse scène où la»sauvagerie» de Jean Valjean fut domptée par l’innocente image du dormeur Monseigneur Bienvenu qui apparut artistiquement éclairée par un rayon de lune … Là le criminel Jean Valjean qui s’apprêtait à massacrer l’innocent et bienfaiteur hôte fut frappé par les traits calmes et innocents de Monseigneur Bienvenu qui dormait du «Sommeil du juste». La théorie était que la bonté de l’évêque fit du sauvage une brebis.

Ainsi les pulsions criminelles du prisonnier évadé furent anéantis par l’église et par l’innocente attitude de Monseigneur durant son ‘’Sommeil du juste’. Le titre en lui-même prend soudain une signification autre d’où la traduction qui paraît à la première lecture un peu éloignée du sens premier ! J’ai pris cet exemple pour dire toute la complexité de l’écriture Memmerienne qui échappe souvent au sens premier pour aller questionner parfois l’Histoire et souvent des références littéraires contemporaines ou non.

Bien sûr sans l’aide et la confiance maintes fois affirmée de Monsieur Assad, SG du Haut-Commissariat à l’Amazighité (HCA), le travail aurait été confié à quelqu’un d’autre mais le Destin a voulu que ce soit votre modeste serviteur qui s’en charge car il faut savoir que depuis ma jeunesse je voue une admiration sans bornes pour ce roman et pour son auteur.

Je ne remercierais jamais assez Hadj Saïd Abdennour Abdenbi mohand u Ramdam Seddik Iazougen, Boussad Kebir Salem Usalas. Pour leurs lectures et relectures. C’est grâce à tous ce beau monde que cette traduction fut concrétisée sans oublier le ministère de la Culture et les éditions El Otmania.

– On parle de l’absence de lectorat dans cette langue. Comment l’expliquez-vous ?

Il faut avouer que ce phénomène se manifeste partout et dans toutes les langues. Le peu de temps que nos concitoyens concèdent à la lecture est gracieusement offert à la presse sportive principalement footballistique. N’empêche que le livre amazigh tente de prendre une place appréciable sur le marché. La configuration des librairies à Tizi-Ouzou ou Béjaïa change…

Désormais, l’étalage consacré à la langue de Mammeri est plus grand et le choix est d’année en année plus important et il faut dire que le HCA y est pour quelque chose car cette institution a fortement encouragé les jeunes auteurs à produire.
Justement, le HCA a un catalogue qui s’étoffe chaque année de nouveaux titres, dans différents genres…

Après avoir édité environs 200 ouvrages en tamazight couvrant des domaines variés à l’exemple de la poésie du roman de la nouvelle et surtout de dictionnaires parfois spécialisés. Ainsi on a vu des tentatives réussies de constitution de glossaires. La stratégie actuelle de l’institution consiste en l’adoption du partenariat avec d’autres constitutions. Ainsi en ce qui concerne l’édition c’est principalement avec l’ENAG que les choses se font.

– Quel rôle devra éventuellement jouer l’école ?

Les établissements scolaires peuvent venir au secours non seulement du livre amazigh mais plus encore elles peuvent sauver l’humanité ! Ainsi les bibliothèques des établissements scolaires doivent se doter de titres en tamazight ce qui boostera la production… L’auteur sera réconforté en voyant sa production lue à l’école, le distributeur l’éditeur aussi …

Tout le monde gagnerait à condition que les chefs d’établissement sachent rendre justice à cette langue lors des réunions des différents conseils de gestion.

– Des propositions ?

Je rêve de voir un jour la pensée amazighe traduite vers d’autres langues Si Mohand, Ccix mohand, Lounis Ait Menguellet. Ces personnes méritent que leurs pensées soient partagées avec le monde. Il est temps de mettre en lumière notre offrande à l’humanité car nous sommes une vieille race civilisée qui a tout donné sans fanfaronnade mais actuellement le siècle nous presse de montrer à nos enfants qu’ils ont de quoi être fiers en étant Amazigh en étant Africains en étant Algériens !
 



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