Les productions des chaînes de télévision privées et publiques, lors du Ramadhan 2018, reviennent plutôt à ce qu’on appelle la «drama» (série TV dramatique libanaise, turque, syrienne…).
Une voie facilitée par l’absence remarquée du feuilleton à succès Achour El Acher sur Echorouk TV. La série n’a pas été reconduite.

Alors que la fin était ouverte (la trajectoire aléatoire d’une flèche lancée par un archet assassin relançant le «reboot»). Il faut dire que le réalisateur Djâafar Gacem était absorbé par un projet ambitieux.

Il passait du petit au grand écran. Le tournage d’Héliopolis. Un film portant sur les massacres du 8 Mai 1945 commis par le colonialisme français. Dans la même veine des feuilletons El Bedra et Chafika de Amar Tribèche et Mawiid Maâ El Kadar de Djaâfar Gacem, les chaînes se sont attelées au genre «drama».

Car le télespectateur algérien est familier avec la tradition du feuilleton, surtout durant le mois de Ramadhan. Malgré l’incontournable et nostalgique «sketch chorba», le feuilleton égyptien s’invitait alors dans les foyers.

Et plus tard, ce fut l’avènement de la «drama» hispanique – les télénovelas -, syrienne et, la plus prisée, turque. Comme Nour et El Ichk El Memnouaâ, pour ne citer que celles-ci. Et leur soft power cathodique «erdoganien» (douce capacité d’influence et de persuasion à travers la TV…).

El Khawa, une série actuelle

Certaines productions privées du paysage audiovisuel algérien émergent du lot. Elles se distinguent par une volonté ambitieuse, un souci de présenter un produit de bonne facture. C’est que la concurrence est rude. Et où la publicité culmine. Une concentration exponentielle de la «réclame».

Et le téléspectateur pourrait n’avoir d’yeux, inévitablement, que pour les chaînes des autres pays arabes. Et ils n’ont que l’embarras du choix. Pour allécher le chaland ? On réunit les ingrédients d’une recette ramadhanesque qui marche et réussit toujours.

C’est ce qu’a concocté, par exemple, pour ce Ramadhan, le réalisateur tunisien Bélaïd Madih, en reconduisant la saison II de la série El Khawa -saluée l’année dernière- produite par Wellcom Advertising, diffusée par la chaîne TV privée qui ne cesse de monter, Djazaïria One, qui mérite tous les encouragements. Les ingrédients ? Une dose de drame, forcément. Un tantinet d’intrigues. Un soupçon de jalousie. Une mesure de convoitise.

Un peu d’amour. Beaucoup de larmes. De l’ambition. De l’action. Un zeste de suspense. Un brin d’hémoglobine. Une pincée de violence. Le tout nappé avec des thèmes sociaux ou sociétaux. Le conflit de générations, celui de l’héritage, les problèmes d’addiction (drogues dures) chez les jeunes, le trafic en tous genres, le banditisme, le blanchiment d’argent, l’affairisme, la corruption, le népotisme, la perte des valeurs… Une galerie de loosers toxiques où quelques portraits détonnent. De par leur innocence, leur jeunesse, leur folie, leur amour même impossible.

IMMERSION DANS LE MILIEU CARCERAL

Mais la série El Khawa saison II a le mérite de traiter des sujets tabous. Comme le cancer du sein. Et les comédiennes Zahra Harkat et Yasmine Ammari, la patiente et le médecin, des amies, sont crédibles et surtout émouvantes. Ou bien cette immersion dans le milieu carcéral. Masculin et féminin pluriels.

Cette jungle derrière les barreaux hantés par des prédateurs et des proies dont certaines ne savent pas comment elles sont arrivées dans cet enfer où des détenus sont dépourvus de toute dignité et subissent les affres et les inimitiés des autres. Cela rappelle Un Prophète, de Jacques Audiard, avec Tahar Rahim, ou Qu’à cela ne tienne et les autres suivront, de Léa Fehner, avec Réda Kateb, tournés dans un pénitencier.

L’atmosphère recluse est même reprise dans Kalbash saison II sur MBC (Middle East Broadcasting Center, groupe de médias saoudiens). Le réalisateur, Madih Bélaïd, ose montrer cette population carcérale, sans voyeurisme, entre parloir et promiscuité, dysfonctionnement du système judiciaire et les affranchis, les privilégiés, les nantis monnayant la «cage d’or» VIP. Ainsi que cette vendetta familiale, voire tribale, dans un milieu urbain.

Où s’opposent parrains, maffieux, frères et sœurs, grands frères et petites sœurs, entre honneur et déshonneur, vengeance et grand pardon, manipulation et calculs, règlements de compte et paix des braves.

Mohamed Raghiss, un acteur à surveiller de près

Le casting demeure solide malgré l’absence éloquente du grand acteur Hassan Kechache dans la saison II. Slimane Dazi qui a joué justement dans Un Prophète (il vient de publier Indigène de la nation chez Don Quichotte), Lyès Salem (réalisateur et comédien) qui revient devant la caméra, Khaled Benaïssa qui n’est plus à présenter, Djamel Bérak, une grande perfomance, l’actrice libanaise Carmen Lebbos, Faïza Tougourti, Manel Djaâfar, Zahra Harkat, Yasmine Ammari, Abdenour Chellouche, Aziz Boukrouni, Abdelhak Benmaârouf, Shirine Boutella, Idir Benaïbouche, Lynda Blues, Yaâkoub Malek, Mohamed Raghiss, qui crève l’écran, une présence, un acteur à surveiller de près, Réda City 16, Mohamed Khassani, Halim Zribaâ…

Des personnages complexes, des mises en scène élaborées, une bonne direction d’acteurs et puis le souci du détail, l’esthétique. Une série fluide qui tient en haleine le téléspectateur. Car, de fil en aiguille, les intrigues se réinventent. Et ça ne manque pas d’idées. Il s’agit de toucher tous les publics.

Une mention spéciale pour les scénaristes et dialoguistes Sara Barretima et Dora Fazaâ. Et puis la chanson du générique (début et fin) de Kader Japonais et Cheb Nasro -de retour en Algérie après 22 ans d’absence- accompagne cette «smala», cette «famille formidable». Bref, une «dream team» que cette série «fratricide». La preuve, El Khawa I a décroché des distinctions.

Le Grand Prix de la compétition, le Générique d’or, dont c’était la première édition (2018) et le Murex d’or (Award libanais, 2017) du meilleur feuilleton maghrébin. L’EPTV (ex-ENTV), chaîne publique programme Nar El Berda, réalisé par Farid Benmoussa.

Un feuilleton misant beaucoup sur l’esthétique et le point de vue. C’est jeune et frais. Tantôt lacrymal, tantôt jovial. Mais cette «drama» renferme des langueurs. Pour ne pas dire longueurs contemplatives dans la transition.

Sinon, la série Bou Grones écrite, incarnée et réalisée par Rym Ghazali, sur MBC2, reprend les mêmes «gimmicks» de Achour El Acher, de Djaâfar Gacem. C’est entre Le Retour vers le futur et Les Visiteurs en arabe algérien dialectal.

Un transport entre le passé et le présent loufoque. Un anachronisme burlesque porté par l’hilarant Hamid Achouri. On ne peut pas omettre, lors de ce Ramadhan, le grandiose et époustouflant Ramez Tahta Sifr, sur MBC1.

Il est épatant. Grimé en entraîneur à la tête chenue, Ramez a piégé -caméra cachée- Yasmine Sabri, Reem Mostefa, Mohamed Abd Al Rahman, les joueurs de football Mahmoud Ibrahim et Hassan (Trezeguet). Et la liste est longue des ingénus. Une luge qui déménage, un tigre qui sort ses griffes, un ours «mal léché». Malgré le froid de Moscou, Ramez décoince les zygomatiques.



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