A chaque fois que le mois de Ramadhan arrive, le débat sur la disponibilité des produits, la régulation des prix et le contrôle de la qualité revient sur la table. Qu’en pensez-vous ?

En vivant leur foi religieuse durant le mois sacré du Ramadhan, les Algériens adoptent une nouvelle façon de consommer. Après une journée de jeûne, il est évident que les ménages soient tentés par la préparation de repas améliorés. Les comportements d’achat changent, impliquant une forte pression sur les produits de large consommation, que ce soit les biens d’épicerie ou les fruits et légumes, ainsi que les viandes. Le problème de la disponibilité de tous ces produits se pose chaque année. Les responsables chargés du commerce veillent scrupuleusement à ce que des stocks soient disponibles afin de prévenir toute perturbation dans les approvisionnements des commerçants.

Cependant, en l’absence de maîtrise des circuits de distribution, souvent des pénuries sporadiques sont observées sur tel ou tel produit. Mais ce sont souvent sur les fruits et légumes que la pression est la plus forte. Cependant, s’agissant du marché des produits agricoles, il subit la présence d’une multitude d’intermédiaires faussant ainsi la formation des prix, ainsi que le rapport qualité/prix.

Les consommateurs ont également une part de responsabilité par rapport à certaines pratiques commerciales au vu des comportements à la limite irrationnelle au moment de l’achat. Le contrôle doit concerner aussi bien le respect des prix, notamment leur affichage, que la qualité des produits et surtout les conditions d’hygiène, car s’agissant de biens alimentaires.

Mais, le problème se pose toute l’année alors que les solutions sont conjoncturelles…

La spéculation sur les produits de large consommation est omniprésente, surtout qu’un grand nombre de ces produits sont concernés par des subventions publiques. Le manque de maîtrise des circuits de distribution fait que des fuites sont constatées régulièrement sur les quantités, pénalisant ainsi les couches sociales les plus démunies (l’exemple du lait en sachet est frappant !). Effectivement, cela fait des années que les mêmes problèmes qui relèvent de la distribution des produits de première nécessité reviennent régulièrement sans que des leçons soient tirées. Le marché des fruits et légumes, de par ses spécificités, est celui qui est le plus difficile à stabiliser, même si l’on constate depuis quelque temps une certaine amélioration liée certainement aux performances constatées dans le secteur agricole. L’offre abondante de fruits et légumes de saison a atténué les pratiques spéculatives.

Comment prendre efficacement en charge cette problématique ?

Le secteur du commerce fait face à des défis. Tout d’abord, il y a lieu de renforcer le commerce de détail, qui représente un maillon essentiel dès lors que les détaillants constituent une sorte d’interface avec les consommateurs. Ensuite, la grande distribution mérite de connaître un essor pour faire évoluer les comportements d’achat des clients. En quelque sorte il faut développer le professionnalisme dans les pratiques commerciales. Enfin, la multiplication des marchés de proximité est souhaitée afin de servir au mieux les besoins des consommateurs. Ce sera grâce à ce type de maillage de l’activité commerciale que le contrôle et la régulation du commerce seront les plus efficaces.

Qu’en est-il des mécanismes de lutte contre l’informel qui prolifère justement durant cette période ?

Le secteur informel est malheureusement difficile à neutraliser dans les activités commerciales, car c’est à ce niveau par excellence que prolifèrent toutes sortes d’intermédiaires peu scrupuleux, exerçant parfois de façon occasionnelle. Il faut la conjugaison des efforts de tous, que ce soit les producteurs, les commerçants eux-mêmes, les différentes administrations, et surtout les consommateurs pour espérer éliminer les sources de la contrefaçon, éviter les produits d’origine douteuse, contribuer à stabiliser les prix, faire en sorte que les subventions publiques aillent aux plus nécessiteux, etc. D’ores et déjà, l’objectif premier est de faciliter la bancarisation du secteur informel afin de le ramener vers des circuits où il y a plus de traçabilité.

Quel serait l’impact de la restriction des importations sur le marché des produits de large consommation ?

Les restrictions à l’importation décidées par le gouvernement visent en réalité trois objectifs. Il s’agit en premier lieu d’ajuster la balance commerciale devenue déficitaire depuis 2015. En second lieu, c’est la protection de la production nationale de la concurrence déloyale. Et enfin, il est question de mettre de l’ordre dans les importations, dans la mesure où il existe des pratiques de surfacturations qui portent préjudice à l’économie nationale.

Sur les 4400 produits que le pays importe annuellement, il y en a 850 qui sont interdits à l’importation. Cette liste sera probablement revue à la baisse du fait que l’interdiction sera remplacée par des droits de douane additionnels, rendant les produits plus chers, mais quand même disponibles sur le marché. Cette solution agrée les partenaires commerciaux de l’Algérie, dont l’Union européenne. S’agissant des produits de large consommation, logiquement ils ne sont pas concernés par les restrictions, sauf s’ils sont déjà fabriqués localement et donc seront disponibles sur les étals des commerçants.



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