Les résidents ont marché à Alger




N’ayant pas pu organiser une marche à Alger à cause du dispositif policier déployé par les autorités, les médecins résidents ont planifié des rassemblements dispersés, au niveau de la Grande-Poste d’Alger et devant l’Assemblée populaire nationale (APN).
Pour contourner le forcing de la police les empêchant de se rencontrer, des centaines de médecins résidents se sont scindés en plusieurs groupes pour pouvoir exprimer leurs revendications, bravant ainsi l’interdiction de marche en vigueur depuis des années dans la capitale. Alors qu’ils devaient commencer une marche à partir du CHU Mustapha vers l’APN, pour dénoncer l’avant-projet de loi sur la santé et exiger la révision du service civil, les protestataires ont été confinés devant la Grande-Poste d’Alger.

En plus des camions antiémeute qui barraient les accès, des centaines de policiers en uniforme et en civil entouraient les protestataires qui scandaient des slogans hostiles à la politique du gouvernement dans la gestion de la crise des résidents, une des façades des dysfonctionnements du système sanitaire.

Des résidents ont pu forcer le dispositif de sécurité et atteindre le siège de l’APN, qui abrite les débats de la commission de la santé sur l’avant-projet de loi sur la santé.

Des bousculades ayant engendré des blessures à des manifestants ont été constatées. Les policiers n’ont pas fait usage de leurs matraques, mais le bouclier humain qu’ils ont formé, qui entourait les carrés de manifestants, a étouffé la marche, la réduisant à des rassemblements dispersés. «Respect, dignité, solidarité», «Le médecin et le malade pour l’amélioration de la prise en charge», lit-on sur les pancartes brandies par les protestataires, qui insistent sur le caractère «pacifique» de l’action face aux boucliers des policiers qui leur interdisaient d’avancer.

Le Collectif autonome des médecins résidents (Camra) a dénoncé «l’empêchement de plusieurs groupes de résidents de rejoindre le centre de la capitale». Des résidents ont été empêchés de descendre des bus. «Nous avons été empêchés d’atteindre l’hôpital Mustapha, et des policiers ont procédé à la vérification de nos papiers avant de nous intimer l’ordre de nous disperser», témoignent de jeunes médecins dénonçant «l’excès de zèle dont ont fait preuve plusieurs policiers».

Des députés du Parti des travailleurs ont rejoint le rassemblement des résidents devant l’APN. Le gel de l’avant-projet de loi sur la santé a été scandé par les dizaines de résidents regroupés sur l’avenue Zighout Youcef. «Cette loi consacrera la mainmise de l’argent sur la santé», criaient les jeunes médecins. Ces derniers rappellent que le texte du projet de loi, qui est au niveau de la commission de la santé, ne propose pas de solution aux problèmes soulevés par les médecins pour une meilleure prise en charge des malades.

«La programmation du texte par la commission APN de la santé prouve le mépris affiché aux doléances des résidents qui réclament des moyens de prises en charge des malades», s’insurge Ramdane Taazibt, député du PT, qui a rejoint la marche des résidents. «Notre parti exige le gel de l’avant-projet de loi sur la santé», souligne le même député, qui a tenu à exprimer son soutien aux résident dont les revendications sont légitimes.

Nadia Chouitem, députée de la même formation politique, pointe l’indifférence des autorités face à la colère des résidents. La députée du PT de la commission de la santé, qui a boycotté la séance d’hier, estime que cet avant-projet de loi consacre le désengagement de l’Etat du secteur de la santé et la rupture avec la gratuité des soins. «Le texte n’apporte pas de réponse aux dysfonctionnements dénoncés par les praticiens de santé sur le terrain», souligne la même députée.

Elle dénonce la réduction du budget de la santé qui rend impossible la prise en charge des doléances des résidents concernant l’amélioration de leurs conditions de travail.

En grève depuis le 14 novembre dernier, les résidents ont subi des ponctions sur le salaire du mois de janvier. La grève déclarée illégale le 24 janvier dernier est motivée par des revendications liées à l’abrogation du service civil dans sa formule obligatoire. Les résidents réclament également la levée de la discrimination en matière de dispense du service national après l’âge de 30 ans, ainsi que l’amélioration de leur formation.

Le Camra, qui encadre le mouvement de protestation des résidents, dénonce la fermeture du dialogue, «réduit à des rencontres avec des interlocuteurs sans pouvoirs décisionnels et sans représentant du ministère de la Défense».
 



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