Peut-on dire que le marché de la Omra engrange de gros bénéfices ?

Je ne pense pas que ce soit un marché à gros sous. C’est un marché comme tous les autres. Certes, il y a du volume avec 300 000 personnes qui effectuent annuellement ce voyage touristique religieux, mais en matière de profit, c’est insignifiant. Je dirais même que les agences enregistrent des pertes sèches.

Pourquoi ?

La Omra repose sur trois paramètres essentiels, dont l’agence de voyages n’en maîtrise aucun : le transport aérien, le visa, qui est la condition sine qua non, et enfin l’hôtellerie. L’agence, dans la quasi-totalité des cas, si elle arrive à assurer le visa, ne peut jamais avoir le billet au moment où le client veut partir, donc nous sommes tributaires des compagnies aériennes qui donnent des dates qui les arrangent.

Quand on assure les billets et les visas, viennent  ensuite les réservations d’hôtels qui sont souvent complets. D’où toutes ces pertes. Je m’explique : initialement, l’agence fixe le prix par rapport au taux de change et à tous les facteurs sus-cités. Mais dès qu’il y a perturbation ou retard sur l’un ou l’autre, l’impact se fait ressentir et je le dis encore, il s’agit de pertes et pas de bénéfices.

Quel rôle joue l’Office de la Omra et du Hadj dans ce cadre, sachant qu’il perçoit 2500 dinars pour chaque candidat à la Omra ?

En effet, l’agence prélève du montant du package 2500 DA qu’elle verse à l’office, mais on ne comprend pas à quoi servent ces 2500 DA. Normalement, il y a une contrepartie. Or, on leur donne 2500 da contre rien du tout. En plus, nous n’avons aucune traçabilité comptable et de l’autre côté aucune prestation. On a demandé à l’office de nous expliquer pourquoi il  y a cette absence de traçabilité, on n’a pas eu de réponse. On se demande perpétuellement à quoi sert cet argent.

Peut-on connaître le nombre d’agences qui interviennent dans ce créneau ?

Elles sont 300 à proposer des packages Omra sur 600 à 700 ayant décroché l’agrément IATA, alors que l’Algérie totalise 2250 agences.

Sont-elles de plus en plus nombreuses à investir ce marché ?

C’est un phénomène qui va en s’accentuant. Depuis deux ou trois ans, la majorité des agences dernièrement créées ont pour but initial d’investir le produit Omra, que ce soit directement ou par la sous-traitance. Elles pensaient que c’est un marché porteur, mais elles ont vite compris que ce n’est pas le cas. Ceux qui ont lancé ces agences dédiées à la Omra pensaient qu’il y a un argent fou à ramasser, mais finalement ils se sont aperçus que c’est insignifiant.

Comment se fait la sous-traitance ?

Via un cahier des charges. Les deux parties concluent un accord chez le notaire. Les nouvelles agences sous-traitent généralement avec celles qui ont déjà travaillé dans ce créneau pendant de longues années et se partagent les bénéfices.

A quel niveau se situent les bénéfices ?

Dans les meilleurs des cas, c’est entre 4000 et 5000 DA par passeport. Avec la dévaluation du dinar et la cherté du visa qui coûte 15 000 DA, nous arrivons à peine à prendre une commission allant de 4000 à 5000 DA. Je le répète, le remue-ménage de la billetterie ne nous facilite pas la tâche.

Comment expliquez-vous le mécontentement des clients par rapport aux services assurés sur place ?

L’Algérien est un peu particulier quand il veut acheter un package Omra, il cherche le moins cher et ne va pas directement voir avec les professionnels. Certains ne se présentent même pas au niveau des agences agréées, préférant passer par des intermédiaires. Pourquoi ne pas se présenter à l’agence agréée et demander des contrats clairement rédigés où tout est bien défini ?

Ainsi, quand ils rencontrent des difficultés sur place, ils pourront faire valoir leurs droits. Or, les gens vont directement vers les intermédiaires qui leur racontent n’importe quoi. Une fois que l’intermédiaire prend sa commission, il disparaît dans la nature. Le client est pratiquement responsable de cette situation. Même les mosquées sont devenues des endroits pour ce commerce.
 

Où réside le problème dans cette situation ?

Le Syndicat national des agences de voyages (SNAV) interpelle depuis dix ans l’Office sur tous ces dysfonctionnements. Nous avons dit que l’impunité ce n’est pas bon et que la punition généralisée n’est pas bonne aussi. S’il y a des agences à encourager, encourageons-les. Il faut nommer les agences défaillantes et faire une blacklist.

Sinon, pourquoi la situation persiste-t-elle et comment expliquer le fait que l’enquête sur les agences qui ont trafiqué les visas ne soit pas encore conclue ?

Des zones d’ombre sont à éclairer. Le maillon faible, c’est l’office, il ne joue pas son rôle. Il n’attend que l’argent que lui procurent les agences. Ceux qui gèrent la Omra et le Hadj ne sont pas compétents. L’ Etat met le paquet financièrement sans que la gestion suive. Et pourtant, ce ne sont pas les propositions qui manquent. Ils ne veulent pas prendre en considération notre expertise. L’arrivée d’intrus dans la profession n’arrange pas la situation.

Le SNAV a donc déjà travaillé sur cette question…

Depuis deux décades, nous avons sollicité les responsables en charge de ce dossier sans aboutir à un changement. Les écrits et les propositions pour optimiser ces produits se suivent mais sans avoir en parallèle une oreille attentive. Les choses sont encore plus compliquées pour le Hadj, qui est un autre dossier lourd.

Comment se présentent les choses avec les partenaires saoudiens ?

Le plus normalement du monde. Nos partenaires saoudiens ne posent pas de problèmes. Ils sont là pour nous assurer le transport de l’aéroport à l’hôtel et les services d’appui. Ceux qui peuvent avoir des problèmes, ce sont les nouveaux arrivés dans ce marché. Ils doivent faire leur apprentissage chez nous, mais l’office donne l’agrément à tout le monde, l’essentiel est qu’il puisse lui empocher les 2500 DA par personne.

Pourrait-on avoir quelques propositions de celles que vous avez soumises à l’office ?

Je pense qu’il n’y a pas mieux que de faire appliquer la loi parce que les lois existent. Etablir un cahier des charges draconien digne de vrais professionnels concernant la prise en charge des clients et laisser la concurrence entre les agences concernant le prix et la prestation. Une fois que les agences auront compris qu’il y a une concurrence professionnelle, ils vont s’adapter, et si l’agence est défaillante, il faut la sanctionner et avoir l’audace d’encourager les professionnels. C’est comme ça qu’on va créer la différence, sélectionner et élever le niveau des prestations.

Qu’en est-il de vos propositions concernant le Hadj ?

L’Etat doit se désengager de l’opération. Il y a lieu de donner la chance aux nouvelles agences. Nous avons imaginé dans ce cadre un système de partenariat. Il y a lieu aussi de faire la distinction entre trois catégories de hadjis pour une meilleure organisation. Par exemple, les entrepreneurs, les hommes d’affaires et autres responsables n’ont pas besoin de passer tout un mois en Arabie Saoudite.

Il est possible d’organiser un séjour spécial juste pour l’accomplissement de ce devoir religieux. On peut aussi imposer aux gens aisés une taxe qu’on pourra récupérer pour les couches moyennes afin d’alléger leurs charges. Ce ne sont pas les idées qui manquent. Des idées que nous avons déjà soumises aux responsables du secteur.



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