La polémique n’a pas cessé à propos des risques provoqués par l’abandon de l’encre électorale sur la crédibilité des prochaines élections municipales du 6 mai, après la décision, le 29 janvier dernier, du bureau de l’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE) de délaisser ladite encre.

Les esprits n’ont pas été calmés par les déclarations du président de l’instance, Mohamed Tlili Mansri, affirmant l’abandon de cette procédure par la majorité des pays dans le monde. Loin de là, le ton des récalcitrants est monté d’un cran, d’autant plus que tout le monde sait maintenant que la décision n’a pas été prise à l’unanimité au sein du bureau. Les membres Slim Bafoun (à l’ISIE depuis 2011) et Farouk Bouaskar s’y sont opposés.

Depuis le 29 janvier, le président de l’ISIE a beau insister auprès des médias que l’usage de l’encre électorale ne constitue ni un élément légal ni procédural fondamental du processus électoral. «C’est la symbolique de l’encre qui est restée dans les esprits, traduite par les photos et le caractère festif», a déclaré Mansri, en mettant l’accent sur le fait que la majorité des pays du monde n’utilisent plus cette encre, symbole de sous-développement.

Ces affirmations n’ont fait qu’exacerber les critiques des partis de l’opposition et de quelques organisations de la société civile impliquées dans le contrôle des élections. Hamma Hammami, le leader du Front populaire (gauche radicale, 15 sièges à l’ARP), a déclaré que sa formation a présenté une requête auprès de l’ISIE pour restaurer l’encre électorale.

Selon lui, l’abandon de l’encre électorale n’a pas d’alibi valable, d’où des craintes légitimes sur les manipulations du processus électoral. Le leader historique de la gauche radicale s’interroge sur les raisons ayant empêché l’ISIE de lancer une concertation sur la question auprès des partis parlementaires, pour éloigner le spectre des suspicions.

Pour sa part, la présidente de l’Association tunisienne pour l’intégrité et la démocratie des élections (ATID), Leila Cheraibi, a exprimé sa crainte suite à la décision d’abandonner l’encre électorale. «Cela pourrait constituer un tremplin pour voter deux fois», a-t-elle déclaré.

Du côté de l’ISIE, Mansri affirme que l’acquisition de l’encre électorale nécessite un appel d’offres international et prend six mois, alors que l’ISIE ne disposait pas d’un délai raisonnable pour entamer une telle procédure.
Arguments

Le président de l’ISIE parle également de ressources humaines supplémentaires dans les 11 000 bureaux de vote pour mener à bien le processus électoral avec l’encre.

En plus, «il n’y a pratiquement aucun risque que l’on vote deux fois, pour des élections locales», ajoute-t-il, en rappelant l’absence de municipales pour les Tunisiens de l’étranger.

Lesquels arguments ne semblent pas convaincre le bord opposé. Sami Ben Slama, ancien membre de l’ISIE de 2011, affirme qu’un mois est suffisant pour ramener l’encre électorale, en simplifiant les procédures. L’unique difficulté, selon lui, c’est de la distribuer à travers la République.

«L’armée nationale peut nous aider», explique-t-il, en rappelant les expériences de 2011 et 2014. Pour ce qui est des ressources humaines, Ben Slama nie le besoin de renforts et assure que la même composition du bureau peut tout garantir, comme cela s’est passé auparavant. Pour lui, il est impératif de rétablir l’encre électorale afin de préserver la conviction des électeurs dans l’intégrité et la transparence de l’opération électorale.

Cet attachement à la non-contestation des résultats du scrutin est partagé aussi bien par Kamel Jendoubi, président de la première ISIE de 2011, que Mongi Rahoui, le député président de la commission des finances de l’ARP. «Il est très important que tout le processus électoral ne suscite le moindre doute. Cela va de la stabilité dans le pays», affirme-t-il. Mansri et son équipe sont face à leurs responsabilités.
 



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