«M» est présenté comme le premier long métrage d’horreur algérien. Réalisé par Omar Zeghad, le film a été projeté en avant-première à Alger, samedi 3 février courant, à la salle El Mougar.
 Il sera dans les salles à partir du 21 février, notamment à Constantine et à Oran. Il y a presque tous les ingrédients basiques d’un film d’horreur dans M, le premier long métrage de Omar Zeghad, projeté le 3 février 2018 à la salle El Mougar à Alger, à l’initiative de l’Office national de la culture et de l’information (ONCI).

L’histoire est simple : un groupe de jeunes descend dans une grotte pour y tourner un film. En évoluant dans les dédales sombres et humides de la grotte, ils découvrent un amas de pierres qui ressemble à une tombe. Sans se poser trop de questions, ils décident de «découvrir» ce qu’il y a à l’intérieur de la tombe.

Recherche du trésor ? Simple curiosité ? Le prétexte est, en tous cas, tout trouvé pour le scénariste Chawki Zaïd pour «justifier» la libération de la force maléfique qui va terrifier le groupe disloqué par l’accélération des événements. «Ils sont allés profaner la tombe par maladresse. Peut-être moi, je vais profaner une tombe un jour, je ne sais pas. Mais, ce n’est pas un problème», a souligné avec légerté le scénariste, lors d’une rencontre avec la presse, à la salle El Mougar, à Alger, au lendemain de la projection.

Cette maladresse n’est pas du tout visible à l’écran. «Si nous devons justifier tous les détails… le film est dans le genre fantastique, film d’horreur mais surnaturel», a encore appuyé Chawki Zaïd avec une certaine assurance. Cela fait donc trois en un : horreur, fantastique et surnaturel. Au téléspectateur de choisir la case à remplir ! «Ils ont profané la tombe par simple curiosité», dit, de son côté, un membre de l’équipe. Donc, pas la peine d’insister. Passons. Allons suivre la suite des événements.

Là aussi, la déception est au bout de la prochaine séquence. Les cinq personnages tournent en rond, évoluent péniblement dans un univers clos. Ni le scénariste ni le réalisateur n’ont réussi à dépasser le piège de la redondance contenue dans l’histoire même du film. Les personnages ne pouvaient pas sortir de la grotte, on le comprend, mais comment faire pour échapper au cercle ennuyeux de la répétition ? Le cinéaste a fait l’effort, parfois, de changer les décors (hammam, palais du Bey) avant de revenir «brutalement» à la grotte.

Les dialogues sont rachitiques et peu explicatifs. Chawki Zaïd semble revendiquer la règle d’Alfred Hitchcock, «Show, dont tell» (Montrez, ne narrez pas). La règle qui impose que le dialogue soit simple, un son parmi d’autres sons, et que l’œil parle ou suggère. «Nous avons voulu raconter l’histoire par l’image et éviter la démonstration par le dialogue. C’était un choix artistique», a souligné le scénariste. C’est une belle idée à l’évidence, mais sa réussite dépend de la construction des dialogues.

«Ne pas tomber dans le cliché»

Dans M, les dialogues sont réduits à l’état de l’accessoire. Le cinéaste s’est appuyé, à l’exagération, sur la musique, les effets sonores et le bruitage pour «susciter», voire «arracher» le frisson. Des éléments certes indispensables dans le genre des films d’épouvante, mais pas au point de devenir la porteuse principale de presque toute la narration filmique.

La force maléfique, drapée dans un m’laya constantinoise noire, donne au film une petite touche «culturelle», «folklorique», si l’on doit reprendre en vrac le dossier de presse. Le long métrage s’appuie en totalité sur une légende urbaine de Constantine d’après laquelle une femme se serait cachée dans un bain maure, poursuivie par des soldats français durant la guerre de Libération nationale. Et, à chaque fois, elle sort à l’intérieur de ce bain.

Cela n’est expliqué qu’à la fin du long métrage comme si le cinéaste peinait à le faire lors des 70 minutes du film. Aussi, le spectateur devait-il se triturer les méninges pour essayer de comprendre la progression de l’histoire et des personnages. Il est vrai que dans un film d’horreur, le suspense doit être entretenu ou relancé en suivant une ligne logique, proche de la logique ou, du moins, de ce qui peut être compréhensible.

Omar Zeghad et Chawki Zaïd ont utilisé les deux techniques, inévitables dans les films de ce genre cinématographique, les Screamer et les Jump scare, pour entretenir la sensation de la peur et la noirceur de l’intrigue. «Nous avons essayé de ne pas tomber dans le cliché du film d’horreur hollywoodien, japonais ou coréen. Il fallait nourrir l’histoire en s’imprégnant de la culture algérienne pour écrire un film de genre, un film d’horreur algérien.

C’est là où se trouvait la difficulté, puisque nos influences sont presque toutes américaines ou japonaises», a reconnu Chawki Zaïd. End of the line de Maurice Devereaux, Catacombes de John Erick Dowdle, Gehenna de Hiroshi Katagiri, Dead Mine de Steven Sheil et It d’Andrés Muschietti, pour ne citer que ces fictions, semblent avoir largement inspiré Omar Zeghad et Chawki Zaïd, y compris dans l’affiche du film.

La nonne démoniaque de Conjuring 2 de James Wan (2016) ressemble à la femme à la m’laya noire de M, les dents de scie en moins ! «Il faut acquérir une certaine expérience pour développer ce genre de film avec d’autres techniques en Algérie. Il n’est pas facile d’innover», a estimé Chawki Zaïd. Pourtant, le cinéma n’est-il pas le territoire idéal de l’innovation et de la créativité ?

Un travail collectif de jeunes

M se veut un projet collectif. «Nous avons choisi de faire un film d’horreur et avons étudié ensemble le scénario. C’était un travail de groupe», a relevé le scénariste. Omar Zeghad, 38 ans, qui réalisé et produit son premier long métrage, a fait appel à des comédiens non professionnels comme Noussaïba Attab, Oussama Mhani et Rayen Dib.

Dans le casting, il a choisi aussi Mohamed Daloum (le personnage de Jaber, réalisateur du film), Samy Lamrani et Hadjer Serraoui qui ont une certaine expérience. «Nous nous sommes basés sur les décors. Nous avons tourné dans les grottes. Nous n’avons pas travaillé dans les studios.

Les algériens sont habitués aux films d’horreur américains. J’ai choisi ce genre pour réaliser, pour la première fois en Algérie, une histoire algérienne avec le parlé algérien. On voulait ramener quelque chose de nouveau. Un produit 100% algérien», a expliqué le cinéaste. M n’est pas le premier film d’horreur algérien, contrairement à ce qui a été dit lors de l’avant-première à Alger et à Constantine.

Une main pour une sorcière de Achour Kessaï (téléfilm avec comme personnage principal Beyouna) et L’amour du diable du jeune Abderrahmane Harat de Annaba peuvent être considérées comme les premières œuvres de fiction dans le genre d’épouvante. Il est évident que malgré quelques failles techniques et artistiques, M reste une tentative courageuse d’explorer un genre abandonné ou oublié par la cinématographie algérienne, coincée des les drames sociaux ou historiques.

Avec de petits moyens financiers, l’équipe de Omar Zeghad a proposé un film qui a déjà le mérite d’exister. L’idéal serait de continuer sur ce chemin en proposant de nouvelles idées et en ouvrant de nouvelles fenêtres avec le souci de la perfection. Tourné à Guelma et à Constantine, en plein hiver, selon le réalisateur, le film M a été produit par Constantin Prod. Le film sera dans les salles à Oran, les Issers, Alger et Constantine à partir du 21 février. Il sera distribué par l’ONCI.



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