Samara est une artiste algérienne passionnée de flamenco. Enfant, elle s’est d’abord initiée au piano, puis au violon et enfin à la danse classique.
Propos recueillis par Akram El Kebir

C’est votre deuxième spectacle de flamenco à Oran. Le premier a eu lieu en 2014, au conservatoire Ahmed Wahbi, où la salle était bondée. Celui-ci aura lieu au théâtre, une salle bien plus vaste. Pensez-vous que le public oranais soit friand de cette musique ?

Je n’oublierai jamais notre première fois à Oran. C’était un magnifique spectacle organisé par l’Institut français dans le cadre d’une tournée dans quatre villes d’Algérie. Effectivement, le conservatoire Ahmed Wahbi était bondé. Je me souviens de l’atmosphère très particulière de ce lieu et de sa belle acoustique.

Le public était extrêmement chaleureux et l’accueil digne de cette superbe ville qu’est Oran. Depuis, j’attendais avec impatience de revenir. Aujourd’hui, grâce à Inmaculada Jiménez, la nouvelle directrice de l’Institut Cervantès d’Oran et à la collaboration de Mourad Senouci, directeur du Théâtre régional, nous avons la chance de retrouver les Oranais.

J’espère que le public sera au rendez-vous. Je sais que les Oranais adorent le flamenco, alors on les attend très nombreux! A propos du TRO, je souhaiterais ajouter que le travail effectué par Mourad Senouci et son équipe pour redynamiser et diversifier l’offre culturelle à Oran est exceptionnel. Le public, les artistes, les équipes techniques, la ville, tout le monde en bénéficie !

Vous vous êtes prise de passion pour la danse flamenco au point de décider de vous installer à Séville en 2007. Comment cela s’est-il passé ?

J’ai eu un coup de foudre avec le flamenco, que l’on pourrait définir comme l’imbrication de plusieurs langages, cultures et traditions musicales. Le flamenco est issu du brassage culturel qu’a connu l’Andalousie durant des siècles.

C’est ce qui m’a fortement attirée. Aujourd’hui mon engagement artistique est fondé sur ce métissage humain et culturel. Je suis algérienne, africaine, maghrébine, mais je me suis approprié le flamenco comme une forme d’expression artistique.

Il fait partie d’un vaste patrimoine musical méditerranéen. C’est une histoire commune, en somme. Lorsque je me suis installée en Espagne, j’ai décidé de me consacrer entièrement à la danse flamenco.

C’est une danse complexe techniquement et rythmiquement, mais elle a ce quelque chose qui vous prend aux tripes. Elle est très éloquente et me permet d’exprimer beaucoup de choses, avec parfois juste un regard, un tout petit geste.

Parlez-nous de Oleaje, le spectacle que vous jouerez jeudi prochain à Oran. Quelle est sa part de féminité ?

Ce spectacle est un hommage à la danse féminine, sa subtilité, son tempérament, sa puissance. C’est ce que j’ai toujours beaucoup admiré chez les danseuses de flamenco : ce mélange de force et de sensualité. Contrairement aux autres musiques folkloriques, le flamenco dépend de manière essentielle de la personnalité de l’interprète. C’est ce que je cherche à cultiver. Ça vous plonge dans une sacrée introspection, croyez-moi !

Dans certaines sociétés conservatrices, pas seulement arabes, les danseuses sont mal perçues, voire empêchées, d’exercer. Parfois, elles-mêmes renoncent à leur rêve à cause de la pression sociale. Utiliser mon corps comme moyen d’expression, comme vecteur d’émotion et d’énergie, est une façon de m’imposer et de lutter contre ces tabous. Pour moi, danser c’est entrer en contact physique avec la liberté, c’est la sensation que cela me procure, et je me battrai pour pouvoir conserver cette liberté.

Me produire en Algérie est très important. être reconnue dans mon pays artistiquement pour tout le travail réalisé est une grande satisfaction. J’ai dansé dans plusieurs pays, mais danser en Algérie a une saveur particulière. Surtout lorsque je perçois de l’admiration dans les yeux des petites filles ou du respect et de la tendresse dans celui des femmes plus mûres.

Votre compagnie Amalgama a été créée suite à la rencontre de deux artistes à la recherche d’un flamenco absolu et authentique. Qu’entendez-vous par «absolu et authentique» ?

Lorsque j’ai rencontré le guitariste Sergio Matesanz, avec lequel j’ai monté ce projet, nous avions la même inquiétude, celle de creuser dans la tradition flamenca, d’en déchiffrer les codes et les secrets.

Pour moi l’authenticité consiste à ne pas se prendre pour quelqu’un d’autre, à ne pas imiter, à cultiver sa personnalité et sa vision du monde dans ce que l’on fait. Le flamenco est, à l’origine la voix du peuple andalou, il est donc très chargé socialement et historiquement. Et même si je suis née et ai grandi en Algérie, cette musique me touche profondément.

Quels sont vos projets actuellement ?

Depuis les débuts de ma compagnie en 2012, j’ai créé cinq spectacles que nous continuons de proposer aux théâtres et dans différents festivals. La nouveauté est une série d’ateliers mensuels de danse flamenca pour débutants (hommes et femmes) en partenariat avec l’Institut Cervantès d’Alger.

J’ai eu la chance de me former et de me perfectionner pendant des années en Espagne, aujourd’hui j’aimerais faire découvrir le flamenco à mes compatriotes. C’est une joie de partager ça avec les amoureux du flamenco, car cette passion commune peut créer des liens très forts.

Justement, à Oran, au lendemain de mon spectacle, nous organisons au TRO un atelier pour découvrir les bases rythmiques, techniques et chorégraphiques du flamenco, mais en s’amusant, bien sûr ! Ce sera les vendredi 6, samedi 7 et dimanche 8 avril.

Les inscriptions se font au niveau de l’Institut Cervantès. C’est ouvert à tous, pas besoin de connaissances préalables.Marhaba !
 



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