Nasreddine Touil, membre très actif de l’Association art-culture et protection du patrimoine musical oranais (ACPPMO), est le loup blanc d’Oran. Il est très connu de la scène raï sous l’alias «Nasro Apico». Il a organisé des festivals de raï de 1991 à 2004. Cette année, il organise la célébration des 48 ans du raï.
Comment a germé l’idée de célébrer les 48 ans de la musique raï ?

Hormis cet anniversaire, c’est que la ville d’Oran va abriter la XIXe édition des Jeux méditerranéens en 2021. Donc, nous avons pensé à créer un événement. Nous avons voulu préparer une action double.

D’abord donner une image attractive et belle d’Oran avant ces jeux. Et puis faire participer la population de cette ville, ses citoyens. Sans la participation de la population, l’événement est voué à l’échec. Il faut la faire contribuer.

Il s’agit de créer une animation pour habituer le public. Nous nous sommes regroupés en tant qu’association, l’Association Art-culture et protection du patrimoine musical oranais (ACPPMO), surtout après l’hommage rendu au regretté Hasni, le 29 septembre 2017. Donc, créer un événement marquant. Fêter les 48 ans de la musique raï.

Ce n’est pas un festival du raï…

Non, ce n’est pas un festival du raï. C’est une animation au niveau d’Oran pendant une semaine. La célébration du 48e anniversaire du raï se déroulera du 2 au 11 août 2018.

Pourquoi spécialement la célébration du 48e anniversaire du raï ? Depuis 1970.. ?

Oui, depuis 1970. Mais le raï existait avant. Là, nous parlons d’officialisation du raï en 1970. Nous avons voulu montrer l’histoire du raï. Ils sont nombreux à parler du raï. Mais personne ne connaît le fond du raï. Il s’agit de laisser des témoignages aux générations futures. Et là, ce que nous constatons, ce sont des artistes qui sont en train de partir sans laisser d’archives. Leurs archives sont introuvables. Par exemple, des chaînes étrangères (TV) détiennent les archives du regretté Hasni. Et nous, rien. C’est déplorable.

Donc, nous amorçons un vrai retour vers la vraie chanson de raï à travers cet anniversaire. Surtout pour rendre hommage à certains artistes disparus et qui ont laissé une trace. Comme les précurseurs du raï, Bouteldja Belkacem, Sanhadji, Zergui et Yacine, mort récemment, que Dieu ait leurs âmes.

On nous annonce aussi que Cheb Tahar est délaissé dans un hôpital français. En 1985, la presse étrangère l’avait appelé «Le diable de la scène». Nous avons voulu rendre hommage à ces artistes. Parce qu’ils ont beaucoup donné à Oran.

Une action unitaire et collégiale pour réussir cet événement…

Oui, et cela grâce à l’ancien wali d’Oran, Abdelghani Zaâlane, et à l’actuel wali, Mouloud Chérifi, qui œuvre aussi pour cet événement. Hier, j’ai vu et constaté ce qui se prépare à Oran.

Une animation d’envergure au-delà de la veine musicale…

Oui, absolument. Il s’agit d’un événement non seulement musical mais aussi touristique, culturel et sportif. En tant que mouvement associatif, nous avons eu l’assurance émanant d’autres associations, proposant des circuits touristiques à travers Oran et l’Algérie.

Et ces initiatives se transmettent de bouche à oreille. Des groupes issus d’ autres pays, que nous avons contactés, ne connaissent pas l’Algérie. C’est une belle et bonne occasion de joindre l’utile à l’agréable.

Et par conséquent, leur faire découvrir la beauté diverse, panoramique et multiple de l’Algérie. Nous voulons montrer que l’Algérie est un pays stable. Donc, nous avons installé un comité regroupant des associations évoluant en Europe.

Et ce, dans le but d’organiser des circuits. Nous avons convié, par exemple, des directeurs de festivals pour l’échange d’expériences et surtout pour avoir une visibilité efficiente pour les éventuels spectacles et autres concerts de troupes locales représentant l’Algérie à l’étranger.

Donc, un événement national et international…

Vingt-deux troupes venues d’Europe, notamment de France, du Portugal, de Russie et d’Ukraine, d’Asie, d’Amérique latine, entre autres de Bolivie, et bien sûr de pays arabes. Et elles viennent se produire à Oran gracieusement parce que convaincues.

Un projet ambitieux…

Oui, ambitieux. Mais il ne nous fait pas peur. Il s’agit uniquement de nous ouvrir les portes, nous accompagner, nous encourager dans cette initiative. Et qu’il n’y ait pas de blocage. C’est à travers nos recettes que nous allons nous prendre en charge. Quand l’APC (mairie) d’Oran met à notre disposition des équipements, cela est un sponsoring, un partenariat… Il ne s’agit pas de personnes. Cela concerne Oran.

La ville d’Oran. Il s’agit encore une fois de nous faciliter la tâche au niveau de la wilaya d’Oran. Nous n’avons pas demandé de l’argent. La contribution du wali d’Oran nous ouvre les portes. Parce qu’il y va de la ville qu’il administre. Nous avons sollicité le patronage du wali d’Oran, du P/APC (maire), du P/APW…

Et par ricochet, toutes les wilayas environnantes bénéficieront de cet événement culturel. Sidi Bel Abbès, Mascara, Tlemcen, Aïn Témouchent, Mostaganem… Les spectacles et les concerts donnés à Oran seront reprogrammés dans les villes limitrophes.

Par ailleurs, nous avons sollicité les ministères de l’Enseignement supérieur, de l’Education et de la Formation professionnelle pour mettre à notre disposition un centre d’hébergement accueillant tous les participants, les artistes…

Et en plus de cela, nous faciliter la tâche. Avec la contribution des partenaires publics et privés, la restauration, par exemple, est sur place, sur site.

La prise en charge est une dotation comestible et consommable.

Mais pas de financement, pas d’argent. Telles les contributions de Tassili Airlines, de la CNAN, d’Air Algérie, de certaines compagnies de transport, comme la SNTF. Ce sont des billets d’avion, de transport…Pas d’argent.

Pour vous dire, de 1991 à 2004, nous avons organisé des festivals de raï sans argent. Notre objectif aussi est de baser notre démarche sur les nouvelles infrastructures et celles qui vont être réalisées à Oran dans le cadre de la XIXe édition des Jeux méditerranéens, en 2021. Les autoroutes, la nouvelle ville, les hôtels, les nouveaux village et stade olympique.

Cela n’a aucun rapport avec les finances, l’argent pour réussir ce projet qui est dédié à la ville d’Oran…

Je voudrais faire une mise au point. Sans inimitié ni animosité. C’est un message. Khaled, Bilal ou Mami devraient être au moins reconnaissants envers Oran, leur ville. C’est grâce à Oran qu’ils sont devenus des stars. Surtout eux.

Parce qu’ils sont des ambassadeurs, des exemples. Leur participation est une reconnaissance à l’endroit d’Oran. Même s’ils ne chantent pas, ils doivent venir et être de la fête. Il faut que tout le monde se mobilise. Il ne s’agit pas uniquement de l’apanage d’une association. C’est l’affaire de tous.

Que propose le programme de la célébration des 48 ans du raï…

Le programme s’articule autour d’une chronologie. L’histoire du raï. Le bédoui (poésie chantée), le wahrani, le raï à travers des concerts.

En marge du volet musical, un Salon en plein air du tourisme, de la gastronomie et de l’artisanat sera ouvert au centre-ville, facilitant l’accès aux riverains, ceux des quartiers bas de la ville.

Les quartiers d’Oran seront animés par des artistes amateurs et professionnels se relayant. Nous allons lancer un concours de découverte de jeunes talents de la musique raï. C’est un concours auquel des jeunes de toute l’Algérie participent. Un CD compilant les lives (concerts directs) des six meilleurs talents seront publiés.

Et ils passeront toute une journée en compagnie de stars de raï. Par exemple, avec Khaled. Il y a un cycle documentaire sur la chanson raï, des tables rondes, des communications et des ateliers sont prévus.

On voudrait regrouper les anciens auteurs, compositeurs, musiciens, éditeurs… En vue d’élaborer un témoignage sur le raï. Et d’en faire une plateforme du raï. Les chaînes étrangères de TV réalisent des documentaires selon leur vision. Nous allons éditer une compilation, un CD, célébrant les 48 ans du raï.

Où figurent, par exemple, Fethi, un grand chanteur de raï dont on ne parle pas assez, Houari El Marsaoui, Kouider Bensaïd… Et ce CD sera offert gratuitement lors de l’achat du ticket du grand concert de clôture.

La clôture du 48e anniversaire du raï sera organisée au stade du 19 Juin d’Oran. Un grand concert non-stop où figurent les anciens et les jeunes chanteurs de raï.

La diva Zahouania, Khaled, Mami, Bilal, Messaoud Bellemou, l’un des précurseurs du raï, El Hindi, Cheikhates Rabiaâ et Warda, Gana El Maghnaoui, Houari Benchenet, Cheba Kheira, Bila Seghir, Cheba Djenet, Dalila, Zina Daouidia (Maroc), Cheb Anouar, Abbès, Raïna Raï, Cheb Hamid, Yasmine Ammari, Abdelkader El Khaldi… Un événement qui verra une ample couverture médiatique nationale et internationale.



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