Coordinatrice du Réseau algérien des femmes élues locales (Rafel), créé il y a moins d’une année par le Centre d’information et de documentation sur les droits de l’enfant et de la femme (Ciddef), Houria Oulebsir, députée et ex-élue locale, plaide pour le système de parité en raison, dit-elle, de la régression inquiétante de l’accès des femmes aux mandats électifs.
– Pourquoi les femmes-candidates aux élections locales sont-elles peu nombreuses, pour ne pas dire absentes ?

Tout simplement parce qu’au sein des partis, les mentalités réfractaires à l’émancipation de la femme sont très pesantes. De ce fait, ceux qui préparent les listes considèrent que les hommes sont plus aptes à gérer les communes que les femmes.

– Pourtant la loi relative au quota de 30% de femmes sur les listes électorales exige une présence plus importante des candidates…

Le problème, c’est que dans beaucoup de cas, cette loi n’a pas été respectée. Ce sont les hommes qui établissent les listes et dans le classement qu’ils font, les noms de femmes viennent souvent en cinquième, voire en sixième ou en dernière position. Il faut savoir aussi que cette loi reste limitée aux communes de plus de 20 000 habitants. De fait, 800 communes sur les 1540 ne sont pas concernées par le système de quota. Il y a nécessité de revoir la loi. Il n’est plus question de maintenir le système de quota. Aujourd’hui, il est plus utile de se battre pour la parité.

– Certains responsables de partis expliquent l’absence des femmes sur leurs listes par les difficultés à trouver des candidates. Qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas vrai. Dans tous les partis, il y a des femmes d’une compétence inouïe, qui ont non seulement des diplômes, mais aussi de l’expérience et de l’engagement. Les compétences existent. Un nombre important de femmes a été formé durant ces dernières années par le ministère de l’Intérieur, les ONG internationales, le mouvement associatif et les partis eux-mêmes.

Au niveau du Rafel, qui est une structure récente, il y a eu également des formations au profit des femmes élues. Aujourd’hui, nous avons un vivier important qui n’attend qu’à être utilisé. Ce qui manque dans notre pays, ce n’est pas la compétence, mais plutôt la volonté de laisser les femmes occuper l’espace politique. Plus grave, nous sommes en train de régresser d’une manière inquiétante.

Pour ne parler que de mon parti, en 2014, il y avait trois femmes têtes de liste à Alger. Aujourd’hui, il n’y en a qu’une, alors qu’on espérait au moins une dizaine. Beaucoup étaient intéressées. Elles ont les compétences requises et sont très volontaires. C’est la même chose pour d’autres partis. La tendance à la baisse est inquiétante…

– Pourquoi une telle régression ?

Quand il s’agit du pouvoir ou des intérêts, la femme est reléguée au second plan. Le problème est au niveau des partis. Des obstacles sont dressés pour que les femmes ne bénéficient pas des mêmes chances d’accès aux postes de responsabilité et qu’elles ne soient pas visibles en tant que têtes de liste au niveau local.

Celles qui ont réussi ont affronté le parcours du combattant. Elles mènent une lutte acharnée et quotidienne et exercent pleinement leur mission d’élues et sont obligées de se donner à fond. Ce qui n’est pas le cas de leurs collègues hommes, habitués dans beaucoup de cas à de la figuration.

– Qu’en est-il des électeurs ?

J’ai été élue locale avant d’être députée, et je peux vous dire que les citoyens ont beaucoup évolué, y compris dans les communes les plus reculées. Le plus important pour eux, c’est qu’ils sentent que l’élu(e) travaille pour sa commune et fait tout pour trouver des solutions à leurs problèmes. Je suis très respectée et je sens une grande adhésion de la population.
 



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