Une approche strictement militaire

Ce qui inquiète dans cette vision caractéristique de l’approche non seulement du Pentagone, mais également de la Maison-Blanche, c’est la dimension ainsi que la vision éminemment militaires des enjeux…

La visite de Rex Tillerson en Egypte a permis au secrétaire d’Etat d’examiner avec ses hôtes la situation qui prévaut dans le pays, mais aussi dans la Libye voisine. Cet intérêt pour la crise libyenne se limite à la question du terrorisme dans la sous-région, les Etats-Unis ayant davantage une approche militaire de la situation en Afrique qu’une véritable politique à la hauteur des potentialités dont ils disposent. Après le dérapage du président Donald Trump sur «les pays de merde» au cours duquel on a compris quelle mentalité préside à ce genre d’approche de la scène africaine au pays de l’Oncle Sam, il y a eu d’autres moments au cours desquels Africains et Américains ont évalué, avec une certaine pudeur, les distances qui les séparent depuis des années et minent les rapports de la grande puissance occidentale avec le continent. Le fait est que la vision strictement sécuritaire a néanmoins conduit les Etats-Unis, bien avant l’avènement de Trump, à «investir» la région sahélo-maghrébine, où plusieurs centaines d’éléments des forces spéciales sont à pied d’oeuvre, un mouvement appelé à se développer de manière considérable au cours des prochaines années.
Certes, Washington est parfaitement conscient du retard qui l’affecte sur le plan du développement économique par rapport à ses grands rivaux russe et chinois. Depuis dix ans, la Chine a considérablement investi dans plusieurs pays-clés du continent et son programme n’en est encore qu’à son balbutiement, la route de la Soie ayant son volet proprement africain. La Russie a adopté le même schéma d’approche, misant sur une coopération volontariste dont le maillon essentiel reste, bien sûr, le volet militaire comme on a pu l’observer au Soudan, entre autres.
Pendant ce temps-là, le président Trump produit des listes de pays dont les citoyens sont interdits d’accès aux Etats-Unis, toujours sous prétexte de terrorisme, n’hésitant pas à inclure des pays «amis» comme le Tchad! Autant dire que sa griffe confirme l’obsession unilatéraliste qui guide cette stratégie basée sur la présence militaire au détriment de l’enjeu économique et de la relation diplomatique appréhendée sous l’angle exclusif de la vassalité. Or, la visite de Rex Tillerson au Caire s’inscrit pleinement dans ce cadre. Quelques mois à peine après l’annonce brutale de la reconnaissance de Jérusalem dont la partie Est (El Qods) comme capitale d’Israël, et malgré le tollé soulevé dans l’ensemble du monde musulman, le secrétaire d’Etat s’en vient interroger les Egyptiens sur la question du terrorisme dans la région où Daesh aurait réussi à implanter ses divisions. Ce qui inquiète dans cette vision caractéristique de l’approche non seulement du Pentagone, mais également de la Maison-Blanche, c’est la dimension ainsi que la vision éminemment militaires des enjeux qu’ont les Etats-Unis et leur propension à faire fi allègrement des réalités locales, même et surtout quand elles les dérangent.
En discutant avec son homologue égyptien Sameh Choukri sur la paix en Libye, le secrétaire d’Etat aura-t-il pris soin de faire la distinction avec le conflit syrien? Au-delà des contingences sécuritaires qui se posent dans le pays voisin, il y a un contexte et une exigence qu’il importe de reconnaître, à savoir que la paix en Libye reste et demeure un objectif que seuls les Libyens eux-mêmes sont en mesure de concrétiser, par-delà toute tentative d’ingérence extérieure. Reste le décor, à savoir un dialogue inclusif auquel doivent être parties prenantes toutes les forces sans exception aucune, si ce n’est celles qui se réclament du terrorisme. Telle est la feuille de route de l’ONU, validée par le Conseil de sécurité, et telle est la démarche que l’Algérie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a inlassablement défendu depuis le début de la crise.
Certes, les Etats-Unis ont appuyé en septembre 2017 la feuille de route onusienne, en ce sens qu’ils soutiennent la dynamique d’une médiation onusienne dans laquelle doivent s’intégrer toutes les autres approches. Mais le président Trump estime que son pays n’a rien à faire en Libye, si ce n’est parachever l’exécution du groupe terroriste Daesh et c’est cette «incohérence», soulignée dans une longue analyse du New York Times voici une semaine, qui a de quoi inquiéter les pays voisins. Le Caire a-t-il exprimé ses préoccupations à ce sujet? On devrait le savoir bientôt.



Lire l’article depuis sa source: lexpressiondz.com

Commentaires

commentaires