Le bilan politique du règne de Abdelaziz Bouteflika et de ses équipes souffre d’un handicap majeur, celui de n’avoir pas préparé les conditions politiques saines pour aborder le prochain quinquennat.
Il boucle l’an IV d’un mandat présidentiel qui dure depuis avril 1999. Abdelaziz Bouteflika célèbre aujourd’hui son 19e anniversaire à la tête de l’Etat, marquant ainsi le règne le plus long de l’Algérie indépendante. A l’occasion, ses partisans s’empressent confusément de fêter les «grandes réalisations» du raïs, poussant la glorification à son extrême.

Un vague bilan comptable désincarné qui sert à donner l’illusion des succès. Difficile de masquer la réalité d’un état de santé nationale très affaibli. Malade. Car au plan de la dynamique politique et de la perspective historique, l’inventaire donne à voir un pays qui pour le moins hésite. Sans boussole ni cap. L’on ne sait pas où va l’Algérie. D’évidence, elle n’arrive pas à se remettre sur les rails de la modernité, encore moins à se donner une ambition historique. L’unique rêve national est la survie.

Conséquence immédiate de la perpétuation du statu quo qui s’avère de plus en plus périlleux. Renforcé par un 4e mandat d’abord obtenu au terme d’une «guerre civile» qui a littéralement débordé le sérail avec comme implication directe la paralysie de la vie institutionnelle et politique. Reconduit à la tête de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika n’assure plus de la même manière, encore moins avec la même énergie ses missions.

Son état de santé l’a confiné au silence durable et sa capacité d’action est  considérablement réduite. Un état de fait qui a largement déteint sur le fonctionnement de l’appareil de l’Etat et de la gouvernance. Figure centrale dans la pyramide du pouvoir en raison d’un présidentialisme affirmé, le président de la République en raison de sa situation imprime au pays un rythme extrêmement lent que  l’Etat ne peut se permettre.

Alors que les exigences d’un pays comme l’Algérie qui aspire à assumer des rôles stratégiques et les défis qu’il doit relever recommandent du mouvement, de la cadence soutenue et de la  rapidité dans l’action. En termes concrets, les quatre années qui s’écoulent sont fortement marquées par une incohérence manifeste doublée d’une instabilité gouvernementale.

Trois Premiers ministres se sont succédé au palais Docteur Saadane, dont un a été éjecté non sans fracas. C’est le moins que l’on puisse dire. S’ils se réclament tous du programme du Président, les gouvernements successifs mènent, dans un cafouillage sans précédent, des politiques opposées les unes aux autres. L’improvisation prend le pas sur la réflexion stratégique. La haute administration est gagnée par la léthargie, l’absence d’initiative et surtout le manque d’innovation.

En bas, les corps intermédiaires sont livrés à la vindicte, parce que les interlocuteurs politiques ne sont plus porteurs de réponses fiables. Les arbitrages sont rarement rendus à temps. Les instruments de régulation traditionnels n’opèrent plus. La tergiversation est devenue le marqueur de la gouvernance du 4e mandat.

Ce n’est pas un fait inédit. Une constante. Mais le plus désastreux des ratages du quinquennat en cours s’exprime à travers l’incertitude politique dans laquelle est plongé le pays. L’exercice qui tire à sa fin peine à préparer l’avenir dans l’assurance nécessaire. Personne ne sait de quoi demain sera fait. C’est le brouillard total. La visibilité est nulle. Pas de quoi rassurer les forces politiques, économiques et sociales.
L’ambiance nationale est au doute.

Le  corps social est habité par la peur. C’est à cela justement que se mesure le succès ou l’échec d’un mandat politique exercé au plus haut niveau de la République. Le bilan politique du règne de Abdelaziz Bouteflika et de ses équipes souffre d’un handicap majeur. Celui de n’avoir pas préparé les conditions politiques saines pour aborder le prochain quinquennat. Celui de n’avoir pas osé  le pari de la démocratie. C’est l’échec d’un homme et d’une équipe. Et par dessus tout, la faillite d’un système qui a infligé au pays une défaite dont il ne se relèvera que difficilement. 
 



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