Une vie politique éteinte et les opposants réduits au silence. Le paysage politique a été soumis à un «nettoyage» méthodique pour ne laisser sur scène que le maréchal Abdelfattah Al Sissi, seul maître du jeu.
C’est dans cette Egypte sous une chape de plomb que se tient, à partir d’aujourd’hui, le scrutin présidentiel qui présente toutes les caractéristiques d’une farce plébiscitaire.

Arrivé au pouvoir à la faveur d’un renversement de l’ancien président Mohamed Morsi, il entend rester au pouvoir le plus longtemps possible sans laisser aucune possibilité d’émergence d’autres acteurs politiques pouvant contester son règne. A l’approche du rendez-vous présidentiel, il s’est employé, non sans violence, à éliminer tous les prétendants à la magistrature suprême.

A l’inverse de l’ancien raïs déchu, Hosni Moubarak, qui y mettait les formes, le chef d’Etat égyptien ne s’embarrasse pas d’apparence.

Droit dans ses bottes et brutal, Abdelfattah Al Sissi n’a pas lésiné sur les moyens qui s’offraient à lui pour «tuer» politiquement et disqualifier ses adversaires.

Le premier à avoir eu à subir les foudres du maréchal était Ahmed Chafik. Militaire de carrière avec grade de général, ancien Premier ministre sous Moubarak et sérieux rival de Mohamed Morsi lors de la présidentielle de 2012, M. Chafik a été vite «domestiqué». Au lendemain de l’annonce de sa candidature à partir de son «exil» émirati, il a été «prié» de quitter ce pays de refuge. Il a été mis de force dans un avion pour Le Caire où il a dû renoncer à son ambition.

Soumis à la pression des services spéciaux aux ordres du maréchal, il fait ses aveux d’incompétence à diriger le pays. «Mon absence pendant plus de cinq ans a sans doute mis une distance avec ma capacité à suivre de très près ce qui se passait dans notre pays en termes de développement et d’accomplissement en dépit des conditions difficiles.

J’ai vu que je n’étais pas la personne idéale pour diriger le pays dans la période à venir», a-t-il avoué au début de l’année. Première expulsion qui sera suivie d’autres encore plus spectaculaires. Comme celle de l’ancien chef d’état-major entre 2005 et 2012, Sami Annan.

Une des figures militaires les plus en vue sous le régime de Hosni Moubarak s’est «risquée» à affronter le Président sortant. Un acte de candidature qui a précipité son emprisonnement. C’est la première fois qu’un officier de haut rang est jeté en prison. Dans la même semaine, un colonel, Ahmed El Konsouwa, a connu le même sort en passant devant la cour martiale le condamnant à six ans de prison ferme pour «délit» de candidature.

Des «éliminations» escortées par de redoutables campagnes de propagande menées par des médias aux ordres, plongeant le pays dans un climat de terreur. Toute voix critique est vite assimilée à un «complot visant à déstabiliser le pays». Craignant le pire, d’autres prétendants à la présidentielle ont tout bonnement renoncé à la bataille. D’abord Mohamed Anouar El Sadate, le neveu de l’ancien président assassiné, puis le leader de gauche, l’avocat Khaled Ali.

Les deux ont annoncé leur retrait avant l’heure. C’est dire combien il est dangereux de prendre part à une élection présidentielle dans laquelle Al Sissi concourt. Même le très modéré Abdel Moneim Aboul Foutouh, dirigeant du parti Pour une Egypte forte, en fait les frais de son de boycotter l’élection présidentielle. Il se retrouve accusé de «terrorisme» et jeté en prison. Ainsi et en l’espace d’un mois, le chef de l’Etat égyptien a tétanisé toute l’élite politique.

Poussant le ridicule à son extrême, le régime du Caire est allé tout de même chercher un candidat, Mustapha Moussa Mustapha, pour faire figure de décor le jour du vote. Un obscur homme politique qui avait annoncé, quelques jours avant d’être «investi» candidat, qu’il allait voter pour le président-candidat. Un ultime acte d’un scrutin qui a tout d’un théâtre de Vaudeville. En vrai, son seul adversaire sera le taux de participation. Sous ses airs faussement affectueux et de «grand frère protecteur» se dissimule la nature despotique d’Abdelffatah Al Sissi qui ne recule devant rien pour asseoir son pouvoir. «Faites attention.

Ce qui s’est passé, il y a sept ou huit ans, ne se répétera pas. Ceux qui veulent ruiner l’Egypte auront d’abord affaire à moi. Au prix de ma vie et de celle de l’armée», menaçait-il devant les hauts cadres de l’armée. Une sentence qui lève le mystère sur les intentions d’un maréchal qui entend garder le pouvoir par tous les moyens et pour le plus longtemps possible.

La parenthèse révolutionnaire de 2011 vite fermée au terme d’une transition très mal menée, l’Egypte s’engage désormais dans la longue nuit de l’autoritarisme. Le scrutin d’aujourd’hui marque en réalité une étape dans la mise en place d’une dictature absolue et brutale.
 



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