PROJECTION DE MAMAN COLONELLE AUX 15ES RCB (BÉJAÏA) : Femmes et enfants congolais en détresse


Femmes et enfants congolais en détresse

Le film documentaire de Dieudonné Hamadi dévoile un des côtés sombres, assez méconnus de la société congolaise.

Il y a des choses si révoltantes et aberrantes qu’elles méritent qu’on en parle au cinéma, tant le sujet aussi éprouvant soit-il se veut aussi bien nécessaire et utile en vue de dénoncer l’absurdité qui prévaut hélas, chez la race humaine. Parmi les films qui nous ont émus mardi dernier aux rencontres cinématographiques de Béjaïa, c’est justement un documentaire qui aborde une thématique assez méconnue en Afrique. Maman colonelle est un film documentaire de Dieudo Hamadi qui nous plonge au coeur du Congo dans un village où les parents jettent leurs enfants en les accusant de sorcellerie. Une femme, et quelle femme! est appelée à enquêter et à sauver des enfants. Le synopsis: «La colonelle Honorine travaille au sein de la police congolaise où elle est chargée de la protection des enfants et de la lutte contre les violences sexuelles. Alors qu’elle travaille depuis 15 ans à Bukavu, à l’est de la RDC, elle apprend qu’elle est mutée à Kisangani. Sur place elle se trouve face à de nouveaux enjeux. A travers le portrait de cette femme d’un courage et d’une ténacité hors du commun, qui lutte pour que justice soit faite, le film aborde la question des violences faites aux femmes et aux enfants en RDC.» L’image de ces enfants parqués comme des animaux, les mains tendues en avant comme des mendiants, les propos des ravisseurs, les conditions effroyables dans lesquelles ils vivent et l’ignorance dans laquelle sont cantonnés certains hommes sont d’une cruauté monstrueuse. Le film pourtant évite de tomber dans le cliché du misérabilisme, mais nous fait découvrir des pratiques assez méconnues finalement, dans certains pays en Afrique comme la sorcellerie et ses dangers. Une réalité cependant bien triste et choquante. Le travail de cette femme courage est d’autant plus à saluer qu’on sent chez elle une réelle volonté de venir en aide à autrui. Outre le phénomène des enfants sorciers ce film permet de découvrir la détresse et le malaise de nombreuses femmes qui, pendant la guerre de six jours, avaient été violées. Quand la colonelle annonce sa mutation hors du village à ces femmes, celles-ci lui demandent: «Alors! qui va nous protéger?» Le film dévoile des femmes abandonnées avec des enfants et en détresse dans une société pauvre. Réalisé sans doute caméra à l’épaule et sans grands moyens, ce film fait dans l’urgence nous fait découvrir des gens en souffrance. Fort heureusement, l’amour, le don de soi et la générosité existent comme nous le voyons dans la dernière séquence du film. Maman colonelle est un film des plus intéressants que nous avons vu durant les RCB. Son réalisateur Dieudonné Hamadi est né à Kisangani (Congo RDC) le 22 février 1984 et a étudié la médecine de 2005 à 2008. Depuis 2002, il a suivi plusieurs ateliers de documentaires et des cours de montage. Il a travaillé comme monteur, producteur, et assistant-réalisateur, notamment avec Suka! Productions (Cape Town, Afrique du Sud). Dieudo Hamadi suit notamment en 2007, une formation en cinéma, organisée par les Studios Kabako avec Faustin Linyekula et Petna Ndaliko. Il est alors l’un des principaux jeunes réalisateurs de clips et de spots publicitaires de Kisangani, notamment à la Radio Télévision Amani et auprès de l’Afraco (Alliance Franco-Congolaise). Quelques mois plus tard, il est sélectionné avec le soutien des Studios Kabako pour une seconde formation à Kinshasa par Suka! et Insas, animée par des professeurs de l’Insas. De janvier à août 2009, il suit toujours avec Suka! et l’ambassade de France au Congo une formation autour du cinéma documentaire. D’octobre 2009 à janvier 2010, il est assistant régisseur général sur le dernier opus de Djo Munga, Viva Riva! En 2009, Dieudo a réalisé Dames en attente (26 minutes), un documentaire autour de la pratique des hôpitaux congolais de littéralement séquestrer les patients ne pouvant régler leurs factures, et notamment les femmes venant d’accoucher, et Tolérance zéro (26 minutes), où il suit à Bukavu une femme major de police à la tête d’un bataillon chargé de lutter contre les violences sexuelles. Dames en attente a été sélectionné entre autres en 2010 à la Berlinale section Forum en février et au Festival cinéma du réel à Paris en mars (Prix: Bourse Pierre et Yolande Perrault). Tolérance zéro a été retenu au festival de Toronto en mai 2010. Les deux films ont été retenus aux Rencontres de Carthage (octobre 2010) et à l’Idfa, Festival du film documentaire d’Amsterdam (novembre 2010). De juin à août 2010, il est l’un des 15 participants de l’université d’été 2010 de La Fémis. Son premier long métrage documentaire, Atalaku (2013, 62mn) remporte le prix Joris Ivens du Meilleur Premier film au Festival cinéma du réel 2013 (Paris, France). Coproduit par Agat Films et Studios Kabako, son second long métrage documentaire, tourné à Kisangani: Examens d’État (2014, 90min) décroche le Grand Prix Fidadoc au Festival international du documentaire d’Agadir, au Maroc, ainsi que le Prix international de la Scam et le Prix des éditeurs (Potemkine) au 36ème Festival cinéma du réel – Festival international de documentaires (Paris, France).



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