Lors d’une session extraordinaire de l’Union africaine, 44 pays membres ont signé, le 21 mars 2018 à Kigali, capitale du Rwanda, un accord instaurant une zone de libre-échange continentale (ZLEC).
L’organisation a ainsi jeté les bases d’une zone de libre-échange continentale promise à un bel avenir, tant les projections en matière de croissance économique et démographique sont appelées à bouleverser positivement les données macroéconomiques du continent.

La croissance économique sera forte et durable tout au long des vingt prochaines années, de même que la poussée démographique, l’une des plus consistantes au monde, promet de porter la population du continent à plus d’un milliard d’habitants à cette échéance.

Par ce geste fondateur, L’Union africaine espère augmenter au minimum de 60% le commerce intra-africain, qui ne dépasse guère les 16% aujourd’hui. L’objectif à atteindre est donc fort ambitieux et particulièrement lucratif pour les pays et les entreprises qui prendront la peine d’investir et s’y investir.

Des pays comme l’Afrique du Sud, le Maroc, le Kenya et le Rwanda ont d’emblée manifesté leur intérêt pour cet espace économique, en s’adjugeant les attributs de membres fondateurs, avec sans doute l’arrière-pensée que leurs avis pèseront lourd dans les prises de décisions y afférentes.

Mais il faut dire que cette mise en avant de ces cinq pays n’a été rendue possible que par le refus d’adhésion de la plus grande puissance économique africaine qu’est le Nigeria et la présence bien timide du plus vaste pays du continent africain qu’est l’Algérie.

C’est pourquoi l’Union africaine compte appeler ces deux pays à de meilleurs sentiments, lors du prochain sommet de l’organisation qui se tiendra cet été dans la capitale mauritanienne.    

Cet espace économique et commercial sans frontières d’un milliard deux cents millions de consommateurs a de quoi faire fantasmer les entreprises africaines.

Tout est en effet à faire dans ce continent qui a basé son économie sur l’exploitation des matières premières, au détriment des produits manufacturés qui, pour la plupart, proviennent d’Europe et d’Asie. Il y a donc tout un espace économique que pourraient reprendre les entreprises africaines, pour peu qu’on leur offre des avantages particuliers à l’intérieur de cette zone.

Et c’est précisément ce que prévoit le texte fondateur du nouvel espace économique africain qui, toutefois, appelle les pays concernés à mettre rapidement en œuvre les réformes structurelles requises, le but étant d’inciter les entreprises du continent à investir dans l’industrie manufacturière, les services et la production agroalimentaire.

La spécialisation est à encourager pour booster la diversité des échanges entre les pays africains, qui n’ont, aujourd’hui, que des produits de même nature à échanger.

De nombreux observateurs sont étonnés que l’Algérie et le Nigeria, qui ont des économies relativement fortes et diversifiées, ne s’impliquent pas, comme il serait dans leur intérêt, dans ce projet qui a beaucoup à leur apporter.

Ces pays disposent sans doute mieux que les autres d’infrastructures routières, ferroviaires et portuaires, qui leur offrent la possibilité d’écouler leurs produits dans tous les pays du Sahel et de nombreuses parties de l’Afrique profonde, pour peu qu’ils améliorent le niveau des prestations bancaires, leurs performances productives et, bien entendu, la communication autour des produits qu’ils sont appelés à commercialiser.

Il faudra également harmoniser les normes de production, concevoir des partenariats bancaires, et éviter coûte que coûte la concurrence fiscale entre Etats, véritable talon d’Achille des espaces de libre-échange.  Il faudra aussi des infrastructures routières,  ferroviaires et de télécommunications plus performantes, à la construction desquelles l’Union africaine devrait s’atteler dès à présent.

Les partisans de cette zone de libre-échange continentale considèrent également que la création de ce vaste marché de plus d’un milliard de consommateurs est de nature à susciter l’intérêt des grands groupes industriels étrangers au continent, qui ne tarderont pas à envisager la création, seuls ou en partenariat avec des hommes d’affaires africains, d’usines de diverses natures.

La zone de libre-échange continentale à laquelle l’Union africaine vient donner officiellement naissance est, évidemment, une tâche de longue haleine, un immense chantier qui requiert beaucoup de temps et une volonté déterminée des pays membres, et, notamment, celle des plus influents d’entre eux.

Si quatre pays (Afrique du Sud, Maroc, Kenya et  Rwanda) se sont opportunément désignés comme membres fondateurs dotés de l’autorité morale nécessaire au pilotage du projet, on ne comprend pas pourquoi le Nigeria et l’Algérie ont manifesté autant de tiédeur à l’égard de ce palpitant projet.

Dans l’Union africaine, on ne désespère toutefois pas de voir ces deux grands pays et une dizaine d’autres qui n’ont pas encore signé l’accord d’adhésion, s’impliquer davantage à l’occasion du prochain sommet de Nouakchott.
 



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