Rayane Sekkour est en apparence une frêle jeune fille née en 2001 à Biskra.
Quatrième d’une fratrie de cinq enfants, élève brillante en 2e année secondaire au lycée Saïd Abid de Biskra, elle ambitionne de décrocher son bac et de suivre des études en médecine. Conseillée et soutenue par son père, elle s’entraîne depuis des années au karaté do à la maison de jeunes de Star Mellouk.

Archétype de la jeune fille algérienne issue de la classe moyenne, elle s’est distinguée par un exploit réalisé au Championnat international scolaire de karaté do tenu le 7 mai au Maroc avec la participation de 58 pays. Rayane, 52 kg pour 1,64 m a remporté la médaille d’or de sa catégorie, après des combats épiques et une âpre finale gagnée face à une Marocaine.

«Je dédie ce trophée à mon pays, à mes parents et à mes entraîneurs», a-t-elle déclaré. «Je n’en croyais pas mes yeux. Quelqu’un avait fait remarquer que mon kimono était démodé et élimé. Cela avait décuplé ma hargne et ma volonté à me surpasser et à ramener cette médaille d’or à Biskra», ajoute-t-elle. Maintenant, son désir est de poursuivre sans relâchement son parcours sportif dans le karaté do.

Fierté et dépit d’un entraîneur

En dépit d’un manque flagrant de ressources financières, Rayane espère pouvoir participer à l’International Turkich Open du 12 au 15 juillet puis aux éliminatoires internationales de karaté do en Croatie, réunissant des concurrents du monde entier, qualificatives pour une participation aux Jeux olympiques de 2020 à Tokyo. Mue par une volonté sans faille et galvanisée par sa médaille d’or unique en son genre, Rayane a repris ses entraînements sous la houlette de son entraîneur Mohamed Bensahel dit Lazhar.

Celui-ci n’est pas peu fier des résultats de Rayane. Sa sentence est sans appel. «L’écho attendu après la victoire de Rayane n’est pas à la hauteur de l’exploit réalisé», s’indigne-t-il. «Le karaté do est arrivé à Biskra en 1978. Rayane est la première championne du monde scolaire de Biskra. Elle s’entraîne durement depuis des années au club El Majd.

Celui-ci est une véritable pépinière de champions. Nous fonctionnons avec 150 000 DA de subventions de la DJS. Sans le soutien financier des parents, nous aurions périclité il y a longtemps. Depuis la consécration internationale de Rayane, c’est le silence radio du côté des autorités.  Rayane a besoin d’un soutien moral et pécuniaire.

D’importantes échéances l’attendent. Elle peut faire de grandes choses pourvu que l’on s’occupe d’elle. Avec des moyens rudimentaires, notre club a donné des champions pour l’équipe nationale. Je salue Slimane Mezdaoui, président de la Fédération nationale de karaté do pour son aide. Je dénonce l’indifférence des autorités locales concernées par le devenir d’une championne du monde malheureusement délaissée», lance-t-il.   

Des conditions difficiles

Cet entraîneur défend bec et ongles ses poulains. «Nous évoluons dans des conditions inadéquates. Nous avons tenté vainement pour nous entraîner au Centre régional des sports olympiques de Biskra», souligne-t-il.

Ses vœux les plus chers sont de voir Rayane honorée à sa juste mesure pour l’encourager à persévérer, recevoir un budget conséquent pour le club El Majd et pouvoir entraîner ses karatékas dans une salle aux normes internationales. «Pour conclure, je tiens à rendre hommage aux parents des jeunes sportifs, car sans leur aide financière, rien ne serait possible.

Ils sont exemplaires et admirables d’abnégation pour leurs enfants», ajoute-t-il. Comme tous les parents ayant compris les enjeux de la pratique d’un sport pour leur progéniture, Salah Sekkour, père de notre championne, se dit laminé par les dépenses engagées pour que sa fille puisse réaliser ces performances. «J’ai investi dans l’avenir de mes enfants. Je ne regrette pas d’avoir dépensé pour qu’ils pratiquent ce sport.

Mais franchement, nous sommes au bout du rouleau. Si personne n’aide ce club, l’avenir de Rayane sera fortement hypothéqué», explique-t-il.

À noter que l’Algérie est actuellement 14e sur 58 pays au classement international du karaté do scolaire. «Avec un peu plus de moyens et de soutien, on pourrait améliorer notre rang mondial», concluent nos interlocuteurs.   
 



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