Après Hoceïma, c’est Jerada

L’AmDH s’est indignée du silence du gouvernement quant aux revendications légitimes des manifestants de Jerada, au nord-est du Maroc, et exprimé sa solidarité avec les habitants de l’ancienne ville minière, lieu de nombre d’accidents dramatiques ayant provoqué colère et émoi au sein de la population locale, ont rapporté hier des médias marocains.

Dans un communiqué de son bureau central, l’Amdh (Association marocaine des droits humains) se dit «étonnée du silence du gouvernement et réitère sa solidarité avec les habitants de Jerada dans leurs revendications légitimes et leurs droits à des alternatives urgentes à l’activité minière à même de leur garantir un revenu leur permettant de vivre dignement». L’association s’indigne, par ailleurs, de «l’abandon» du dialogue par les autorités de Jerada et leur «recours à la répression, à l’interdiction des manifestations pacifiques et à l’arrestation des activistes et militants». L’Amdh a, face à telle situation, exhorté le gouvernement à «reprendre le dialogue sérieux et à oeuvrer à la réalisation de ses résultats dans le but de satisfaire les revendications des militants du Hirak de Jerada et de redonner à cette ville le rayonnement qu’elle a perdu depuis l’arrêt de l’activité minière de charbon». L’ONG marocaine a appelé également à l’ouverture d’une enquête sur «le pillage économique» qui se fait dans la ville de Jerada et demander «des comptes à ceux qui tirent profit de l’exploitation des mines (…) en vue d’indemniser les victimes et leurs familles». Sans pour autant citer des noms de personnes ou d’organisations qui seraient impliqués dans ces «pillages», l’Amdh appelle, enfin, à la libération des détenus du Hirak de Jerada et au respect du droit à manifester pacifiquement.
La mort, fin décembre, de deux mineurs dans un puits de charbon, suivie depuis de deux autres décès, a mobilisé la population. Si l’ancienne ville minière a été fermée en 1999, des travailleurs sont contraints, faute d’alternatives économiques, d’exercer dans des conditions indignes. Depuis 1998, pas moins de 44 personnes sont décédées. Suite à ces pertes humaines, des manifestations pacifiques ont demandé des alternatives économiques à l’extraction de charbon, seule activité locale. Des mesures économiques proposées par le gouvernement avaient permis une accalmie mais des manifestants sont redescendus dans la rue fin février pour demander des réponses concrètes. La tension est montée d’un cran le week-end dernier après quatre arrestations parmi les militants du Hirak.
Les autorités, qui voulaient montrer un visage humain en faisant croire à l’ouverture d’un «dialogue» dans une tentative d’apaiser la situation, ont, en même temps, lancé un avertissement aux manifestants, se disant prêtes à apporter des «réponses fermes face aux agissements et comportements Irresponsables». Mais cela n’a pas empêché plusieurs dizaines d’ouvriers, affectés par la misère et la souffrance, d’observer un sit-in dans les puits de charbon, bravant la décision injuste d’interdire «toute manifestation non-autorisée au préalable». La manifestation a vite tourné en scène de répression après l’intervention des policiers mobilisés pour étouffer toute forme d’expression. Des vidéos largement diffusées par les réseaux sociaux montrent des face-à-face tendus, et une image de choc d’un manifestant sauvagement écrasé par un véhicule des forces de répression. Le Maroc est confronté depuis octobre 2016 à un autre mouvement social d’ampleur, à El Hoceima dans le Rif (Nord), après le décès tragique d’un marchand de poissons, Mohcine Fikri, mort broyé par une benne à ordures, en tentant de récupérer sa marchandise injustement saisie par la police. Une répression s’était brutalement abattue sur la région où au moins 450 personnes ont été arrêtées, avant que la contestation ne se propage à Zagora dans région Drâa-Tafilalet dans le sud désertique après des coupures d’eau chroniques.



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