Doyen des clubs et associations sportives en Algérie, le Sport nautique d’Alger continue de «ramer» contre vents et marées pour maintenir la discipline, touchée de plein fouet par la crise financière et la marginalisation.
Créé officiellement en 1867, le Sport nautique d’Alger (SNA) est le doyen des clubs sportifs et nautiques en Algérie et même en Afrique. Le doyen, parce que dans les années 1860 le sport moderne en Algérie coloniale n’en est qu’à ses débuts. Le football, la boxe, les autres disciplines n’existaient pas encore.

Le SNA a de l’histoire. Il a été fondé par un certain Félix Guend et la majorité de ses dirigeants appartenait à l’élite française de l’époque (militaires, hauts fonctionnaires, directeurs d’école…). Il était situé dans la darse de l’Amirauté d’Alger, un endroit idyllique, aux pieds de La Casbah.

Durant l’époque coloniale, la darse était considérée comme un port de plaisance par excellence. L’ancien port était devenu un lieu de sports nautiques : aviron, yachting à voile ou à moteur, natation. Il paraît hors de doute que la population algérienne n’y était pas admise à cette époque-là.

Le SNA n’était pas ouvert aux Algérois ; l’élite française de l’époque pensait que le sport nautique était dédié uniquement aux riches et aux intellectuels. Par contre, durant la période postérieur à 1945, des anciens athlètes du SNA affirmaient que le club a ouvert ses portes à tous, même s’il n’y avait pas beaucoup de musulmans (témoignage de René Soliveres, inscrit au SNA aviron en 1957-1961).

Le local abritant le Sport nautique d’Alger est un ensemble architectural de grande valeur historique, le premier local construit à base de bois. La date exacte de sa construction n’est pas connue, mais il certain que le local a plus de cent ans d’âge. De nos jours, malheureusement, peu de choses restent de la darse de l’Amirauté d’Alger.

Elle est désormais classée terrain militaire, mais heureusement que le SNA a survécu, il est toujours là, au même endroit depuis sa création. L’aviron y est toujours pratiqué par la jeunesse algéroise. Contrairement aux autres sports pratiqués en Algérie, l’histoire des sports nautiques reste inconnue. Bien des clubs ou associations sportives nautiques, à l’image du SNA, ont plus de cent ans d’âge par rapport aux clubs de football connus en Algérie comme le CS Constantine, le MC Alger, la JS Kabylie et l’ES Sétif.

Difficultés

Le Sport nautique d’Alger est aujourd’hui le club d’aviron le plus titré en Algérie, considéré comme le «roi» dans les disciplines d’aviron et de canoë-kayak. Le SNA se distingue à chaque compétition par rapport à ses concurrents et adversaires  nationaux et même internationaux. Le Sport nautique algérien remporte toujours des titres et des médailles ; il possède plus de 25 titres internationaux entre les Championnats africains et arabes. Sur le plan national, ce club rafle le Championnat et la Coupe d’Algérie dans pratiquement toutes les catégories. 80% des titres nationaux s’inscrivent dans le palmarès du Sport nautique d’Alger.

Le club forme des athlètes de haut niveau dans toutes les catégories. Il compte dans ses rangs la majorité des rameurs de l’équipe nationale, athlètes qui représentent l’Algérie dans les grands événements nautiques africains ou arabes. Et même les premiers participants en sports nautiques aux Jeux olympiques étaient issus du SNA lors des JO Pékin 2008. Actuellement, le club forme 110 athlètes, toutes catégories, entre l’aviron et le canoë-kayak.

Malgré ces prestations et cette grande performance, le club est abandonné, délaissé, livré à lui-même, comme l’indique son président, Abdeldjalil Gueroumi : «Nous réalisons chaque année de bons résultats, mais on n’a toujours aucun sponsor qui nous accompagne, seulement des contributions de la DJS.

Ceci, en plus du fait que notre local est vétuste.» M. Gueroumi ajoute que le matériel des sports nautiques coûte excessivement cher par rapport aux autres disciplines : «L’équipement est cher. Un skiff d’une seule place de qualité moyenne peut coûter jusqu’à 3200 dollars sans le dédouanement et les rames. On ne peut pas améliorer nos performances avec uniquement l’argent qui nous provient de la DJS. C’est impossible.»

Difficultés

Le SNA envisage de porter haut le drapeau national lors du Championnat mondial d’aviron et des prochains JO. Mais il souffre d’un problème majeur : l’argent, comme le regrettent les membres du staff technique. L’autre problème évoqué par un ancien rameur du club, actuellement arbitre international et membre de la Fédération algérienne d’aviron, Toufik Akloul, est  «le manque de formateurs, ce qui se répercute sur la qualité de la formation. Le SNA n’a pas les moyens de recruter des formateurs étrangers afin d’encadrer ses athlètes. Il est aussi dans l’incapacité d’envoyer les formateurs algériens se perfectionner en Occident.

Pour espérer avoir un jour un athlète de haut niveau, il nous faut absolument des spécialistes et de bons formateurs.» Toufik Akloul nous fait savoir que le SNA ne peut compter que sur les bénévoles et les amoureux de cette discipline pour espérer former de futurs rameurs à l’échelle internationale : «Si on veut préparer un futur champion olympique, nous devons payer son entraîneur ou formateur professionnel.

Personne ne peut travailler sans percevoir un salaire et des primes, d’où la nécessité de trouver, plus que jamais, un sponsor qui nous accompagne.» Le président du SNA, Abdeldjalil Gueroumi, se joint à l’arbitre international Toufik Akloul pour déclarer que si de grands groupes économiques ou industriels s’intéressaient au sport nautique, l’Algérie pourrait organiser des régates internationales. «Avec un littoral de plus de 1400 km et avec des régates, on ne pourrait que tirer des profits, surtout si on ouvre les portes aux yachting clubs», précise-t-il.

Nos deux interlocuteurs reviennent sur un autre point noir, à savoir la salle d’entraînement. L’aviron comme le kayak sont des sports qui se pratiquent généralement en mer, mais parfois si celle-ci est agitée, les athlètes doivent poursuivre leurs entraînements. «Quand la mer est agitée, on doit continuer à s’entraîner en salle. C’est pour cette raison que le club doit être doté d’une salle aux normes avec le matériel nécessaire pour la pratique de l’aviron», affirme le président.

Malgré tous ces obstacles, le Sport nautique d’Alger existe toujours grâce aux passionnés de cette discipline, et aussi aux amoureux de la mer et à la ville d’Alger, car le SNA fait désormais partie de l’histoire de la capitale. Il a vécu avant et après l’indépendance. Comme chaque association sportive, l’aspect festif et social est toujours présent surtout chez les jeunes rameurs. Le SNA vit depuis 150 ans et espère vivre encore longtemps pour que la jeunesse algéroise pratique encore et toujours l’aviron et le kayak. 
 



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