Les Amis de la rampe Louni Arezki-Casbah, avec la contribution de l’Office national des droits d’auteur et droits voisins, ont  organisé, samedi après-midi, à la Bibliothèque nationale d’Algérie, une rencontre commémorative autour de la vie et de l’œuvre du regretté doyen du journalisme, Zahir Ihaddaden.
 
Décédé le 20 janvier 2018, à l’âge de 89 ans, à Alger, Zahir Ihaddaden était un journaliste et professeur en sciences de l’information et de la communication hors pair.  Ils étaient nombreux ses proches, ses amis et ses anciens étudiants à se succéder au pupitre pour témoigner de la grandeur de l’un des fondateurs, en 1964, de  l’Ecole supérieure de journalisme.

Dans son allocution d’ouverture, le président de l’association les Amis de la rampe Louni Arezki, Lounès Aït Aoudia, a mis l’accent sur ce privilège d’évoquer la mémoire d’un homme qui a marqué son époque dans les médias et dans l’histoire. «Le parcours de Zahir Ihaddaden, dit-il, fut riche, dense et fécond.

Ce parcours illustre un pan de l’histoire de l’Algérie contemporaine en lutte perpétuelle pour  son indépendance, mené vaillamment, pour ce qui, aujourd’hui, constitue des repères emblématiques en direction de la jeunesse et des générations montantes ».

Prenant la parole, Smaïl Oulbesir précise d’emblée qu’il est certes secrétaire général au ministère de la Culture, mais néanmoins, il est venu en qualité d’étudiant rendre hommage à son ancien  professeur. «J’ai été, témoigne-t-il, son étudiant pendant trois ans. Il nous a enseigné l’histoire de la presse et de la communication de masse. J’ai eu l’honneur et le plaisir de l’avoir, aussi, pendant un temps  comme encadreur pour ma thèse de magistère».

A la fois militant, médersien, traducteur, écrivain et professeur, Tahar  Gaïd a, lui aussi, loué les qualités humaines du défunt, tout en ne manquant pas de souligner que Zahir Ihaddaden avait, de son vivant, déploré le fait que  les bibliothèques étaient bien fournies en ouvrages consacrés à la spiritualité, au détriment des sciences sociales.

Dans une émouvante intervention, la fille du défunt, Wafa Ihaddaden, a articulé ses propos sur le dernier ouvrage de son paternel, Itinéraire d’un militant, paru dernièrement, aux éditions Dahleb. Elle indique que cet ouvrage occupe une place particulière dans le parcours éditorial de son père. 

L’ouvrage en question retrace un témoignage à travers le vécu de son père sur une époque d’un pan entier de l’histoire de l’Algérie. «Il recèle, précise-t-elle, également une vision et une conception de cette histoire et des valeurs  d’où elles tirent leurs racines. Cet ouvrage est aux antipodes d’une auto-glorification de l’auteur à l’humilité et à la  modestie légendaires».

Elle explique que ce livre est né de l’insistance d’amis et de proches, qui demandaient au défunt de retracer ses mémoires. Pendant un temps, Zahir Ihaddaden a hésité, considérant qu’il n’avait pas grand-chose à raconter. Il y a un peu plus de deux ans, faisant suite à un travail de reconstitution de l’arbre généalogique de la famille, le défunt se consacre dans un premier temps à la rédaction d’un manuscrit sur l’histoire de sa famille intitulé Ma famille.

Toujours selon sa fille, il  a composé une galerie de personnages qui ont marqué son enfance et contribué à forger sa personnalité ainsi que les valeurs qui ont fait l’homme qu’il fut par la suite.

«L’expérience difficile qu’il avait menée quelques années auparavant dans le monde de l’édition ne l’avait jamais dissuadé de se lancer à nouveau dans l’écriture. Il s’y est investi totalement, méticuleusement et avec méthode. Il prit soin à la fin de cette première partie de soumettre ce manuscrit à la famille.

C’est le même cheminement qui, dans une suite logique, l’amena à compléter l’ouvrage d’un deuxième tome retraçant son propre parcours de militant pour l’indépendance, ainsi que les responsabilités assumées après l’indépendance. Il exprimera la même dimension de témoignages historiques, n’hésitant pas à relater des faits longtemps gardés secrets».

L’oratrice confie que son papa avait espéré présenter son livre au Salon international du livre d’Alger, mais…en vain. «La connaissance de sa maladie conféra un caractère d’urgence à l’édition de ce livre qu’il voulait tant faire paraître. Le livre est sorti dans un délai record. C’est ainsi que mon père a pu et ce fut pour lui un soulagement et un réconfort de voir sur son lit d’hôpital un premier exemplaire de ses mémoires, deux jours avant qu’il ne rende l’âme.

Trop affaibli par la maladie pour le feuilleter lui-même, il a tenu à faire vérifier quelques détails et demandé qu’on lui lise le résumé fait par l’éditeur, et ce, dans ce que furent ses derniers moments de lucidité.

Le sort, hélas, a voulu qu’il soit mis en terre le jour même où devait sortir le livre en librairie. Une coïncidence à forte connotation symbolique, s’agissant de quelqu’un qui a voué une grande partie de sa vie à la transmission du savoir. C’est dire, en plus de toute la charge émotionnelle que charrie le dernier souffle de vie d’un être cher, que cet ouvrage est un concentré du vécu et  de l’esprit de  mon père, mais aussi de la nation algérienne, qui a une valeur de testament».

Notre collègue et confrère, Hamid Tahri, a souligné, pour sa part, que Zahir Ihaddaden lui a fait l’honneur de préfacer son dernier beau livre Portraits, sorti en septembre dernier. Il précise que sa proximité avec le défunt, il la doit au métier de journaliste qu’il exerce depuis des décennies.

Hamid Tahri note que depuis son enfance à Sidi Aïch, à sa retraite en 1984, il a vécu alternativement à Alger, où il réside, et à Toudja,   où il aime se ressourcer, Zahir Ihaddaden a traversé les  décennies à un rythme effréné, mêlant son destin à son pays, l’Algérie, pour laquelle il a combattu pendant la Guerre de Libération et pour laquelle il a livré la grande  bataille du développement dès l’indépendance dans le secteur  des médias, particulièrement. Il a été à l’origine de la corporation de nombreuses générations de journalistes.  

«Je le connaissais à travers ses œuvres, notamment en histoire, où il a été le continuateur  de Mohamed Cherif Sahli, son proche parent, qui avait écrit des ouvrages importants sur l’Algérie des origines et des chefs militaires et politiques. En le côtoyant, j’ai senti que Zahir avait de l’estime et de l’admiration respectueuse pour Sahli.

Zahir me disait qu’il ne comprenait pas qu’on réduise l’histoire de l’Algérie à la colonisation française, alors que notre pays a une  histoire plusieurs fois millénaire, hélas méconnue et parfois omise. C’est dans cet esprit  qu’il s’est mobilisé  lorsqu’il s’est agi de rééditer les livres de Sahli, notamment le message de Yougourtha et de l’Emir Abdelkader», témoigne t-il.

Le chirurgien-dentiste Djamel Sahli a, dans son argumentaire, fait le parallèle entre ses deux regrettés oncles, Mohamed Sahli et Zahir Ihaddaden.

Des oncles qu’il qualifie d’«humbles», «discrets», «détenteurs de rigueur et  d’honnêteté intellectuelle».

«J’aurais voulu demander aux historiens, aux chercheurs et aux journalistes de dire à chaque fois la vérité sur l’histoire de notre Algérie, même si elle devait nous faire mal», lance, en guise de conclusion, Djamel Sahli à l’assistance.
 



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