L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a envoyé une correspondance aux présidences du gouvernement et de la République, leur signifiant le refus du Parlement d’accorder une prolongation à l’Instance de vérité et de dignité (IVD).
Le vote sur la question de reconduction d’une année s’est soldé, le 26 mars dernier, par un refus de 68 membres et deux abstentions. Mme Ben Sedrine, présidente de l’IVD, dit attendre une correspondance officielle pour réagir. «Nous continuons notre travail, en attendant», a-t-elle dit lors d’une conférence de presse, organisée mercredi dernier.

En abordant son analyse de l’actuelle tension autour de l’IVD sur la radio Mosaïque FM, le politologue et directeur de la rédaction du quotidien arabophone Al Maghreb, Zied Krichen, a commencé par qualifier de «polémique» la personnalité de la présidente de l’IVD, Sihem Ben Sedrine, alors qu’un tel poste nécessite, selon Krichen, un «personnage loyal et disposant du respect de tout le monde», vu la tâche qui lui est confiée. Les dissensions ne se limitent pas, par ailleurs, à l’environnement politique de l’IVD. L’Instance est, elle-aussi, divisée.
 

Tiraillements politiques

Au cours des quatre années de son activité, depuis 2014, l’IVD, composée de 15 membres, a perdu pratiquement la moitié de ses membres (sept), sans qu’ils ne soient remplacés. Il serait insensé, par ailleurs, d’accuser l’actuelle majorité, issue des élections du 26 octobre 2014, d’être derrière le non-renouvellement. L’IVD était déjà amputée de trois membres (Khemaies Chammari, Azouz Chaouali et Noura Borsali), à ce moment-là, et n’a pas cherché à les remplacer auprès de l’Assemblée constituante.

Depuis, le nombre de partants est passé à sept, sans la moindre tentative de remplacement. Des affaires en justice traînent encore concernant la légalité des sanctions contre certains des membres (Oula Ben Nejma, Ibtihel Abdellatif et Zouhair Makhlouf).

Il ressort de ces divisions que la situation n’était pas au point, y compris à l’intérieur de l’IVD, frappée par les tiraillements traversés par la Tunisie. Cette division est apparue au grand jour, lorsqu’il a été question de traduire la reconduction d’une année en faveur de l’IVD, devant l’ARP. Plusieurs partis politiques ne sont pas en bons termes avec Sihem Ben Sedrine, à commencer par le parti du président Béji Caïd Essebsi, Nidaa Tounes, les libéraux d’Afek Tounes, les Destouriens d’Al Moubadara, etc. Même les islamistes d’Ennahdha n’ont plus d’intérêt particulier à garder l’instance active, si cela impacte très négativement leur alliance avec Nidaa Tounes.

Polémique et rumeurs

«L’IVD de Ben Sedrine était nécessaire pour Ennahdha afin de faire passer une certaine lecture de l’histoire, notamment la phase de Bourguiba, avant l’avènement de l’alliance avec Nidaa Tounes», selon l’historien Aleya Seghaier Amira. Maintenant, «même les islamistes veulent tirer avantage de la gloire de Bourguiba», poursuit l’historien, pour expliquer la volte-face des islamistes contre Ben Sedrine.

Même le militant démocratique et compagnon de parcours de Ben Sedrine, l’avocat et homme politique Ahmed Néjib Chebbi, a déclaré que la justice transitionnelle a échoué en Tunisie. «L’IVD a consommé ses quatre années et l’Assemblée peut lui accorder, ou non, une année supplémentaire», a dit le virulent opposant à Ben Ali.

Seul, l’ex-président de la République et président du parti Harak Tounes Al Irada, Moncef Marzouki, s’est dit entièrement solidaire de l’IVD et de Sihem Ben Sedrine. D’après lui, la séance de vote de la prolongation ou non du mandat de l’IVD a distingué entre ceux qui sont nostalgiques de la dictature et de l’ancien système et ceux qui ont défendu avec force les acquis de la révolution et le processus démocratique.

«L’obstination de certaines forces politiques à vouloir mettre fin au processus de justice transitionnelle est une tentative qui a pour dessein de rétablir le régime déchu et de fermer la parenthèse de la révolution», poursuit Marzouki. Le comble de la polémique a été atteint, lorsque 60 historiens tunisiens ont dénoncé, dans un document publié le 22 mars 2018 par le quotidien Al Maghreb, les agissements de Sihem Ben Sedrine après sa publication, sur le site de l’IVD, de certaines archives relatives à l’histoire de la Tunisie.

Selon les historiens, il ne s’agit pas de nouvelles révélations ; tout le monde peut consulter ces archives. «Le traitement de ces documents s’est fait d’une manière sélective. L’Instance a sélectionné des parties de ces archives pour construire ‘‘une fausse vérité’’, soutenue par des positions politiques et affirmer que ces documents ont été manipulés», ont-ils expliqué.

Et aux journalistes de Radio Kalima, fondée par Sihem Ben Sedrine, et vendue depuis, en laissant les employés sur la porte, de conclure : «Le financement de sa radio, comme celui de toutes ses activités, reste très obscur. Elle n’a jamais dévoilé ses comptes.

Ceci fait tache dans sa (pseudo) lutte contre l’argent sale et la politique des magouilles.» Ce n’est donc pas évident pour Sihem Ben Sedrine de pouvoir conduire l’Instance de vérité et de dignité, quand tant de monde est ligué contre elle.   
 



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