De par l’importance du potentiel qu’elles représentent, le mot d’ordre mondial est, depuis ces dernier temps, de considérer  les diasporas africaines non plus comme une question migratoire ou un objet socio-culturel, mais plutôt comme un enjeu économique et politique majeur des années à venir.
Leur mobilisation sur des questions considérées traditionnellement comme se rapportant au développement, telles que la réduction de la pauvreté, la croissance économique, le commerce ou encore le redressement post-crise, ne cesse, par conséquent, de susciter de l’intérêt lors des débats internationaux.

Trouver la manière de redonner à ces diasporas issues du continent noir la place qui leur sied est justement l’ambition fondatrice de la toute première édition du Forum des Diasporas Africaines et Méditerranéennes prévue vendredi prochain (22 juin) au Palais des Congrès de Paris (France).

Initié et piloté par l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED), avec l’appui d’un conseil d’orientation formé de personnalités reconnues pour leur engagement en faveur de l’entreprenariat des diasporas, ce Forum économique entend rassembler pour la première fois les membres de toutes les diasporas d’Afrique du nord et subsahariennes, ainsi que les acteurs économiques et décideurs politiques de premier plan souhaitant investir dans le co-développement euro-africain, avons-nous appris de Vanessa Ralli, Africa Observer à l’IPEMED.

L’opportunité sera ainsi offerte aux diasporas des deux ensembles régionaux de débattre de leurs expériences respectives et aux décideurs économiques et politiques d’y recueillir de nombreuses et précieuses informations.

Le regroupement, parrainé par le Président Emmanuel Macron, vise, en outre, à passer en revue les bonnes pratiques, à renforcer la collaboration entre les entités de haut niveau en charge des migrations et à améliorer le partage d’idées et de pratiques en s’appuyant sur les vastes connaissances spécialisées de la diaspora dont se distingue l’IPEMED sur le plan économique et de la recherche.

En revanche, repenser l’intégration régionale euro-africaine, dans un monde de plus en plus concurrentiel, notamment avec la montée en puissance de la Chine sur la scène internationale, constitue pour le pays hôte et ses voisins européens un enjeu essentiel pour l’avenir des deux continents : «En tant qu’acteurs biculturels, les membres des diasporas peuvent jouer un rôle central dans la construction d’un ensemble économique Afrique-Méditerranée-Europe», insistent les initiateurs du Forum, en s’interrogeant: «Quels sont leurs espoirs, leurs projets, leurs difficultés ? Comment peuvent-ils mettre à profit leur potentiel pour le bien-être africain et européen ?»

D’autant que les Européens se rendent compte, chaque jour un peu plus, que fuir la guerre, les conflits, la misère, les catastrophes naturelles ou la persécution n’est plus le seul motif de l’arrivée des migrants sur leur sol. Aujourd’hui, ces migrants sont entrepreneurs, cadres supérieurs, professions libérales, dirigeants d’associations. Mieux, depuis quelques années, la diaspora est le 1er bailleur de fonds de l’Afrique, avec des sommes équivalant à 2,5 fois l’aide publique au développement et deux fois les investissements directs étrangers en Afrique.

Créer des synergies entre les diasporas d’Afrique et celles de toute la méditerranée pour des actions en faveur du développement dans les deux sens, mettre en place des stratégies, des outils et des moyens permettant une meilleure visibilité de leurs attentes et projets, la reconnaissance des actions menées et favoriser les échanges économiques des membres des diasporas Nord/Sud et Sud/Sud, ambitionnent les organisateurs du Forum appelé à servir de plate-forme avec le rôle d’interface entre le Nord et le Sud.

La finalité étant surtout d’offrir aux participants une tribune aux fins de livrer un aperçu sur les diverses contributions des communautés expatriées africaines à leurs pays d’origine et de résidence et de proposer quelques domaines dans lesquels peut être maximisé l’impact de leur mobilisation : «Ce sera le fil conducteur de la plénière inaugurale de ce Forum, qui verra s’exprimer les ambitions et les espoirs de représentants politiques africains et européens à l’image de Ally Coulibaly, ministre de l’intégration africaine et des Ivoiriens de l’Extérieur, Chakib Ben Moussa, ambassadeur du Maroc ou encore d’Amal – Amélia Lakrafi, députée à l’Assemblée nationale), et ce, outre de grands noms du monde des affaires et de la finance Issad Rebrab, PDG du Groupe Cevital et Rémy Weber, Président du directoire de la Banque Postale, et de figures médiatiques des diasporas (Yassine Belattar, animateur et humoriste et Chantal Uwitonze, Présidente de l’African Diaspora Network in Europe», fera savoir Vanessa Ralli. Nouveaux outils de financement au service des porteurs de projets en lien avec l’Afrique, Innovation et nouvelles formes d’engagements, Emploi pour les candidats de la diaspora, sont les thèmes phares du regroupement parisien.

Inégalités politiques et économiques

Les nouvelles initiatives favorisant l’implication de la Diaspora en Afrique y seront également décryptées par des sommités du monde économique, à leur tête, l’économiste Farid Yaker, Président du Forum France-Algérie, Nathalie Pilhes, Présidente d’Expertise France et nouvelle délégué interministérielle à la coopération technique internationale, ou encore des dirigeants de structures d’accompagnement de projets comme Néné Keïta, directrice chez Diaspohub.

En parallèle aux conférences, tient à souligner à El Watan-Economie la représentante de l’IPEMED, Mme Ralli, des espaces d’expression seront ouverts aux jeunes managers de la diversité, cette nouvelle génération de Startups double culture pour mettre en évidence les aspects positifs de la double appartenance via la promotion d’expériences autour de l’intégration et d’actions/projets de développement vers les pays d’origine et témoigner de la manière dont ils ont réussi à s’y implanter.

Sur cette question, les élites nord-africaines et subsahariennes expatriées devraient profiter de la présence de Khady Sakho Niang, Président de l’Africa-Europe Diaspora Development Platform (ADEPT), qui les aidera à en comprendre mieux les mécanismes. L’ADEPT, faut-il le souligner, est une ONG internationale qui milite pour l’amélioration et le renforcement de la capacité et l’impact des Organisations de la Diaspora Africaine engagées dans des activités de développement en Afrique (ADDO).

Depuis son siège bruxellois, elle offre des services aux organisations et personnes de la diaspora en Europe et en Afrique, coopérant avec 84 pays (28 pays de l’UE, ainsi que la Suisse et la Norvège et 54 pays africains).

Le genre, la diaspora féminine et l’autonomisation des femmes en Afrique est, toutefois, le domaine d’intervention clé de cette plateforme. En témoigne d’ailleurs le thème «Engager et renforcer la voix des femmes de la Diaspora Africaine» consacré au 9e Dialogue sur le développement par la diaspora (DDD9) qui a réuni à son initiative, le 5 juin courant dans la capitale belge, des représentantes des communautés de la diaspora africaine à travers l’Europe, des organisations internationales et nationales, des institutions de l’UE et des gouvernements des pays européens et africains, des organisations de la société civile et des médias.

Y ont été discutées des solutions concrètes pour assurer une plus grande visibilité aux contributions des femmes de la diaspora au développement, tant de leurs pays d’origine, que de résidence. a déclaré à notre rédaction Nelea Motriuc, Chargée de communication et d’engagement à l’ADEPT : Aujourd’hui encore, prévient, dans une déclaration destinée à notre rédaction, Nelea Motriuc, Chargée de communication et d’engagement à L’ADEPT, les femmes africaines de la diaspora qui représentent environ 50% des migrants, «peuvent être marginalisées dans la création des réseaux, l’engagement politique et le plaidoyer dans les pays de l’UE. Malgré leur riche et diverse expertise, leurs parcours de combattantes et leur engagement ardu, elles ne sont toujours pas visibles et donc, ne sont pas reconnues pour leurs contributions et leur potentiel de développement».

C’est pourquoi son organisation a saisi l’occasion du DDD9 et la le Forum de vendredi prochain pour réitérer son appel à l’adresse des décideurs politiques et économiques des deux rives de la méditerranée en vue de «soutenir les droits des femmes, à la participation égale des femmes africaines à la vie politique, sociale, économique et culturelle des sociétés, à assurer l’égalité d’accès aux ressources et aux opportunités ainsi qu’à la tolérance zéro envers toutes les formes d’inégalité et de discrimination dans les secteurs public et privé».

Surtout que des discriminations, les femmes africaines, qu’elles soient expatriées ou restées sur place, en sont bel et bien victimes. Pour preuve : elles forment 70% des pauvres, elles possèdent moins de 2% des terres et reçoivent moins de 5% des prêts bancaires.

Il y a en moyenne dans le monde de 16% de femmes parlementaires et moins de 10% de chefs d’Etat et de gouvernement. L’heure doit être, aujourd’hui, plus que jamais, à la réduction, voire au bannissement de ces inégalités politiques et économiques qui mettent à nu les principes fourbes de l’équité.

A défaut, tout objectif de développement humain durable et équitable ne saurait être atteint, mettent en garde les organisateurs du Forum de Paris, comme l’ont fait, bien avant eux, les activistes militant pour la cause des migrants et des diasporas africains et ce, depuis plus d’une tribune internationale notamment dans le cadre lors des différentes sessions du Forum mondial sur la migration et le développement (FMMD).



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