Entre le gaz de schiste, l’offshore, la recherche de nouvelles réserves dans le conventionnel, le développement des énergies renouvelables (ENR), le secteur de l’énergie se cherche toujours des pistes pour satisfaire la demande interne sans cesse en augmentation et honorer en parallèle les engagements contractuels pris à l’international.  Les défis à relever sont en effet importants particulièrement dans le contexte actuel, que ce soit
à l’échelle nationale ou mondiale.
Pour ce faire, le cap est mis sur le partenariat. Mais, faudrait-il justement asseoir les bases de ce partenariat tant recherché. Le débat était d’ailleurs axé sur cette question durant la dernière édition (8e) de la Conférence nord-africaine de l’industrie du gaz et du pétrole, North Africa Petroleum Exhibition & Conference (Napec), qui s’est déroulée du 25 au 28 mars dernier à Oran sous le slogan  «Succès, défis et vision».

Une occasion pour les professionnels d’un secteur en mutation de discuter sur le climat régissant l’investissement dans ce domaine en Algérie pour donner plus de visibilité aux partenaires sur les projets futurs et sur ce que veut faire l’Etat algérien dans les différents segments du secteur, à l’image du gaz de schiste ou de l’offshore.

Des projets à prévoir dans un nouveau cadre réglementaire, puisque l’Algérie est en phase de préparer une nouvelle mouture de la loi sur les hydrocarbures, qui sera dévoilée dans sa première mouture d’ici à juillet prochain, pour être prête fin 2018 ou début 2019, selon le ministre de l’Energie et des Mines, Mustapha Guitouni, qui promet de réunir toutes les conditions nécessaires pour ouvrir les opportunités d’investissements au partenariat et d’exploiter dans un futur proche toutes les ressources algériennes qui s’annoncent particulièrement prometteuses.

L’engagement est donc pris pour assurer un climat propice au renouvellement des réserves et à l’augmentation de la production et de l’exportation.

Le cap est mis dans ce cadre sur l’amélioration de l’attractivité via la nouvelle loi. Comment ?  Il est prévu, selon les premiers éléments donnés par le ministre, d’assouplir la fiscalité et de lever les contraintes bureaucratiques qui étouffent toute velléité d’investissement.

Cela pour résumer que le partenariat est l’option choisie pour mettre en œuvre la stratégie énergétique du pays. «Les améliorations que nous voulons apporter à la loi sur les hydrocarbures s’inscrivent dans cette volonté de densifier la concertation avec les partenaires, mais aussi de promouvoir la coopération sectorielle et privilégier les voies qui mènent au développement durable et à une valorisation locale optimale de nos ressources», dira encore le ministre. Mais pour valoriser localement, il y a lieu de développer l’aval pétrolier et gazier avec l’apport technologique des sociétés étrangères.

«Or, les étrangers ne sont pas intéressés par l’aval. Ils ne veulent pas qu’on valorise. Sinon, ils vont perdre leur plus-value», constatera un cadre de Sonatrach dans les projets aval.

Améliorer les procédures, assurer l’efficacité.

Les firmes internationales sont donc aujourd’hui beaucoup plus intéressées par l’amont et restent attentives aux nouvelles orientations du cadre législatif.

Globalement, quel que soit leur champ d’intervention, ces sociétés aspirent à un meilleur environnement des affaires. La partie algérienne semble avoir compris ces attentes en misant sur l’amélioration des procédures et des relations avec les partenaires via l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft). 

«Ça va se faire progressivement. Il y aura sûrement plus de critères pour rendre faisables les projets», nous dira à ce sujet un ancien cadre de Sonatrach récupéré par une firme internationale présente au Salon.

«L’Algérie est la destination d’investissements importants dans le domaine minier encore inexploré, notamment dans les hydrocarbures non conventionnels et l’offshore», a estimé pour sa part, lors de la table ronde dédiée aux opportunités de partenariat, le directeur des études prospectives à Alnaft, Lounès Adour, qui mettra en exergue la révision en cours de la loi sur les hydrocarbures.

A titre indicatif, les domaines ouverts à l’exploration concernent, notamment, les régions frontalières et l’offshore, ainsi que le développement de nouvelles découvertes de pétrole et de gaz au même titre que les ressources non conventionnelles. Des études ont démontré que le potentiel en hydrocarbures en offshore est très important, «même s’il y a une certaine réticence de la part des compagnies étrangères à investir dans l’exploration, en raison de la crise actuelle née de la baisse des prix du pétrole», a précisé M. Adour.

Au sujet du gaz de schiste, le projet est toujours à l’étude et l’exploration ne pourra commencer avant cinq ou dix ans. Mais, il est clair aujourd’hui que la place (troisième à l’échelle mondiale de l’Algérie en matière de réserves dans ce domaine -on avance même que ces réserves sont plus importantes que celles des USA- lui donne la possibilité de se lancer sur cette piste une fois toutes les données ramassées. Mais ce chemin ne s’annonce guère facile, eu égard aux conditions nécessaires dans ce cadre.

Gaz de schiste, dernier recours

«Pour rendre faisables ces projets, il va falloir un très haut degré d’efficacité via l’ organisation des tâches. Il faut que tout le monde agisse en même temps pour que le puits puisse produire», nous dira un spécialiste en gaz de schiste travaillant pour une compagnie étrangère.

Et d’ajouter : «Ce n’ est pas un problème de technologie. En Algérie, on fore à raison de 4 puits par an. Ce qu’il faut, c’est qu’il n’ y ait pas de blocages. Je dirais plus, un management de qualité et une veille qui permette d’assurer le fonctionnement de cette chaîne et de voir ce qui coince.» Donc, faudrait-il réellement y aller ? En réponse à cette question, notre spécialiste nous dira:

«Actuellement ce n’est pas économique. Ce qui nous laisse un autre avantage de bien nous assurer qu’on ne s’est pas trompé. Car ce n’est pas facile.

Toutes ces sociétés doivent s’assurer que les lois fonctionnent et que les facilités sont accordées. Par exemple, on ne peut pas commencer à forer alors qu’il y a des équipements bloqués dans les ports. C’est l’affaire de tout un Etat, et ça commence au port jusqu’au chantier ou on fore.

Donc, en somme, pour l’heure, il y a des études pour savoir si nos gisements sont rentables, mais la ressource humaine est à suivre. Et la réglementation aussi».

«C’est le cas en matière de fiscalité. Quels seront les intérêts des uns et des autres ? Les sociétés étrangères veulent des garanties. Elles veulent que la rentabilité de leurs investissements soit assurée. Elles sont très intéressées et ce qui leur fait peur ce sont les lois, les procédures et la rentabilité», résumera-t-il avant de préciser: «A 70 dollars, il est un peu tôt pour avoir des investissements rentables.»

L’autre paramètre et non des moindres à prendre en considération est la technologie. Nos gisements de schiste sont relativement bons par rapport à ceux des USA et les compagnies étrangères sont très intéressées, même si Sonatrach n’a pas donné officiellement les résultats des études.

Elle a juste rendu quelques indices et paramètres sur la qualité des gisements et des réservoirs. «Globalement, ces indicateurs donnent une idée sur ce à quoi il faut s’attendre», expliquera encore notre interlocuteur, pour qui ce n’est pas évident de se lancer dans cette aventure d’autant que c’est une question de prix également.

En Chine, par exemple, le prix de revient d’un million de BTU de ce gaz est de 13 dollars, alors qu’ils se vend à 2,5 dollars aux USA. «C’est en analysant tous ces éléments qu’on pourra voir l’impact d’un tel projet», notera cet ancien cadre de Sonatrach, pour qui il y a lieu de s’attaquer à tous les fronts, conventionnels et non conventionnels, pour faire face à la demande interne et maintenir la place du pays sur le marché de l’exportation.

«En plus de la possibilité de développer le photovoltaïque, nous avons beaucoup de petites découvertes, qui ne sont certes pas importantes, mais qui nous permettront d’éviter le gaz de schiste. Pour moi, c’est le dernier recours», conclura-t-il, rappelant la nécessité de réagir et de répondre aux craintes des investisseurs étrangers.

Des investisseurs qui ont relevé, selon les avis recueillis lors du Napec la nécessité d’améliorer le climat des affaires encore plus, même si la confiance commence à revenir, du moins selon l’organisateur de la manifestation, Djaâfar Yacini, pour qui une grande confiance s’installe, notamment grâce aux débats qui ont permis de lever quelques ambiguïtés.

Cela dit, certains restent sceptiques quant à l’impact des changements prévus. Ils attendent du concret. «Les procédures d’appels d’offres sont très lentes. Les préoccupations sont d’ordre bureaucratiques», s’accordent à dire de nombreux opérateurs présents en Algérie dans les services dédiés à l’industrie gazière et pétrolière.

Ceci dit, pour d’autres, les choses vont en s’améliorant. Pour Pertamina, par exemple, une société indonésienne impliquée dans plusieurs opérations en Algérie depuis 2014, le climat est favorable à l’investissement en Algérie, même s’il y a lieu d’alléger la fiscalité, selon la représentante la société, Maria R. Nellia, rencontrée lors de l’exposition Napec.

Cette compagnie est en phase de négociations avec des entreprises locales pour des contrats de services dans les projets menés avec Sonatrach.
 



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