La multiplication récente des rencontres, Salons, symposiums, conférences et autres grandes réunions sur des dossiers importants n’est pas suivie par des mesures concrètes sur le terrain. Qu’en pensez-vous ?

Avec la chute des prix des hydrocarbures sur le marché international et ses conséquences sur les équilibres macrofinanciers du pays (déficit budgétaire), on s’attendait, plus que par le passé, à des engagements fermes vers des réformes structurelles fondamentales afin d’asseoir les fondements d’une économie de marché efficiente et se départir du mode de fonctionnement rentier du système de gouvernance de l’économie nationale qui prédomine à ce jour.

Or, manifestement, on continue à gouverner le pays avec les mêmes méthodes et le même personnel, rompu et bien rodé dans un tel système (quasiment tous les ministres ont accompli un long parcours de commis de l’Etat), que rien apparemment ne prédispose à bouleverser les structures et les systèmes de gestion, totalement obsolètes, dont la déconstruction est devenue un impératif pour la survie de l’économie nationale. Beaucoup de discours, souvent étayés par des chiffres fantaisistes, mais aucun plan rationnellement concerté et méthodiquement appliqué et évalué.

La multiplication récente des rencontres, Salons, symposiums, conférences et autres grandes réunions sur des dossiers importants : l’agriculture, l’industrie les énergies renouvelables, le commerce, la sécurité alimentaire, la finance et beaucoup d’autres thèmes aussi importants les uns que les autres, en associant, des universitaires, des experts, des partenaires étrangers, des associations, augure-t-elle d’un changement de perspectives ? On peut se poser la question.

Si la communication et la consultation sont de mise, on peut cependant s’interroger sur les objectifs poursuivis ? Ces derniers visent-ils la rationalisation des décisions publiques ou bien s’agit-il simplement d’un effet de communication afin d’atténuer les critiques persistantes et renouvelées sur l’action des gouvernants à la veille de l’importante échéance électorale (élection présidentielle 2019).

En effet, de nombreuses décisions publiques sont prises dans tous les secteurs : industrie, agriculture, commerce extérieur, santé, éducation nationale…(on ne sait trop sur quelle base) qui sont remaniées avant d’être exécutées, ou carrément remises en question. L’actualité récente est riche d’événements qui illustrent «la nocivité de l’empirisme», pour reprendre l’expression d’un illustre prix Nobel, le Français Maurice Allais, en l’occurrence.

Quels sont les exemples illustrant cette situation ?

Les politiques publiques et les décisions prises sont loin de faire consensus. Elles sont critiquées de toutes parts par de nombreux observateurs (universitaires, cadres en retraite, syndicats indépendants…), qui n’arrivent pas à comprendre la logique qui guide l’action gouvernementale. On peut citer quelques décisions concernant notamment le secteur industriel, avec l’inqualifiable politique de montage des véhicules.

Quel gâchis ! comment peut-on décider du jour au lendemain d’implanter le montage de véhicules sur le sol national, pour se lancer dans un processus de substitution à l’importation du produit fini, sans aucune stratégie scientifiquement établie sur la base des données concernant toutes les variables déterminantes d’une telle stratégie dont l’objectif ultime serait la contribution à l’industrialisation du pays par le développement de nombreuses industries (mécanique, métallurgie, pneumatique, verrerie…) que suscite la construction automobile.

A peine mise en œuvre, cette politique est déjà contre-productive, dans la mesure où on ne fait que substituer l’importation du véhicule par l’importation des pièces et composant du véhicule (SKD, CKD, à un coût supérieur. On peut reprendre les propos de l’ex-ministre de l’Industrie, Mahdjoub Bedda, qui a considéré qu’il s’agissait purement et simplement d’«importations déguisées» de la part des constructeurs ! Faisant remarquer que le secteur n’a aucun impact sur les réserves de change ou la création d’emplois, mais plutôt constitue un coût important pour l’Etat en termes d’aides et d’avantages fiscaux.

Concernant le commerce extérieur, après avoir décidé d’une politique d’octroi de licences d’importation, on décide de surseoir à cette politique et de procéder à l’interdiction pure et simple de nombreux produits importés…

Dans le domaine de la santé, la grève décidée par les hospitalo-universitaires, qui perdure à ce jour, montre la faiblesse des capacités de gestion et de prévision des conflits sociaux. Concernant l’éducation nationale, même constat. Car, encore une fois, comme nous l’avons déjà exprimé dans une contribution antérieure, le diagnostic de l’économie nationale est largement établi et admis. Le problème ne se pose pas en termes de «que faut-il faire ?», mais «comment et qui peut assurer la mise en œuvre effective des réformes ?».

On pourrait reprendre celles préconisées par le collectif Nabni, on pourrait aussi citer les propositions faites par les nombreux universitaires et chercheurs algériens de renom qui ont participé à la réunion organisée par le CNES au mois de septembre 2015, à Alger, en présence de l’ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal. Elles font consensus, sont acceptées et non rejetées par le pouvoir.

La pertinence de toutes les mesures préconisées ne fait aucun doute. Mais comment assurer l’essentiel, à savoir, leur mise en œuvre effective ? Le problème n’est donc pas dans le constat, les objectifs, ni même dans les solutions, tout cela a été dit et redit depuis des années.

Donc, c’est tout le processus de prise des décisions publiques qui est à revoir…

Comment peut-on décider et contrôler la mise en œuvre de telles mesures compte tenu de la nature du pouvoir politique et du mode de fonctionnement des institutions de l’Etat qui prédomine à ce jour, source de privilèges des élites au pouvoir, l’oligarchie constituée et la nomenklatura ?

C’est ce qui nous pousse à nous interroger sur les processus de prise de décisions publiques prises par les commis de l’Etat, notamment au niveau du gouvernement (ministres et secrétaires d’Etat) qui font ainsi souvent l’objet de critiques sévères par quasiment tous les observateurs. Par conséquent, toutes ces rencontres n’ont pour but que de réduire la tension qui monte contre les gabegies d’un gouvernement qui navigue à vue, surtout que l’échéance électorale (élection présidentielle) est en vue.

Beaucoup d’observateurs considèrent que «les conditions pour organiser une élection présidentielle crédible en 2019 ne sont pas réunies. Avec une scène politique dévastée, une déliquescence institutionnelle poussée et une expression politique confinée au minimum, il n’est pas possible d’organiser un scrutin dans les conditions actuelles».

Il faut coûte que coûte faire baisser les tensions sociales et taire les critiques. Montrer la générosité du programme du président de la République et faire accepter les démarches tant décriées par quasiment toutes les couches sociales. Les techniques de communication sont mises à l’épreuve des enjeux.

On peut en douter au vu des profils des ministres, notamment ceux en charge des secteurs économiques : industrie, agriculture, finance, tourisme… qui, à quelques rares exceptions, ne semblent guère répondre aux exigences de l’heure.

Ce n’est, en effet, certainement pas avec la promotion d’un certain nombre de walis (sur la base de quels critères on peut se le demander ?) que le changement peut s’opérer. Des walis habitués à une gestion routinière quasi administrative des territoires qui n’ont guère pu ou su dynamiser le développement local, par la production, l’investissement et la création d’entreprises, peuvent-ils gérer des secteurs stratégiques ?

Quid alors des conséquences ?

On se demande de quel bilan peuvent se prévaloir les walis nommés ministres dans des secteurs extrêmement importants où les profils doivent être triés sur le volet, tant les chantiers à promouvoir demandent de la compétence, de l’expérience, de l’intégrité, de l’autorité et des capacités managériales éprouvées.

Tout cela, c’est pour dire qu’on ne peut guère attendre un changement de cap dans les orientations et le mode de gestion caractéristique du système socioéconomique d’essence rentière qui prédomine à ce jour.

Par conséquent, si avec un tel staff on ne peut guère espérer un changement de politique, il aurait fallu pour cela des ministres dont le profil devait être recherché, des ministres capables de bouleverser des structures et des systèmes de gestion devenu obsolètes, mais surtout des ministres capables collectivement de peser sur le changement institutionnel et les orientations politiques qui semblent figées.
Des ministres au comportement exemplaire (à l’exemple des ministres et des commis de l’Etat dans les pays scandinaves).

Chez nous en Algérie, la nature de l’exercice du pouvoir détermine des comportements prédateurs, chacun n’observe que son secteur, ne voit directement que ce qui l’intéresse, ne pense et n’agit que selon les circonstances présentes… dans ces conditions, seules sont considérées et discutées les causes secondes de phénomènes particuliers et aucune vue d’ensemble n’apparaît, qui permette de dégager une stratégie fondamentale.

C’est ainsi que l’évolution en cours s’effectue au milieu d’une confusion générale des idées qui se traduisent par le désarroi de l’action… nulle part de plans (stratégies) rationnellement concertés, encore moins de consensus réfléchi, l’empirisme continue d’agir au plus haut sommet des hiérarchies gouvernementales… Ainsi se sont créées peu à peu des législations d’une extraordinaire complication, contradictoires avec elles-mêmes, qu’il serait absolument vain de vouloir ramener à l’application rationnelle de quelques principes généraux.



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