Le cinéaste algérien Farouk Beloufa, à qui l’on lui doit le magnifique long métrage Nahla, a tiré sa révérence, à l’âge de 71 ans,
le 9 avril avril dernier, à Paris.
Grand choc pour la famille artistique, pour les cinéphiles et pour tous ceux qui le connaissaient, à l’annonce, dimanche soir, via les réseaux sociaux, de son décès depuis une semaine déjà.

Farouk Beloufa était l’un des plus brillants cinéastes algériens qui s’en est allé sur la pointe des pieds, sans faire trop de bruit. Selon une source crédible, la famille n’a pas souhaité annoncer et médiatiser le décès, sachant que, de son vivant, Farouk Beloufa faisait l’objet d’oubli et de marginalisation de la part de son pays natal.

La plupart des personnes qui ont eu le privilège de l’approcher et de le côtoyer ont évoqué les qualités humaines de cet intellectuel hors pair. Le réalisateur Dahmane Ouzid révèle qu’il est toujours bouleversant pour un réalisateur de s’exprimer sur la disparition d’un collègue de l’envergure de Farouk Beloufa.

Il avoue que le stress le minait déjà depuis quelques années et que son cœur fragile a pris la décision de mettre un terme aux frustrations et aux désillusions.

«Nous nous sommes rencontrés, confie-t-il, il y a deux ans après son retour au cinéma avec le court métrage Le silence du sphinx. Il me confiait alors ses regrets à la lecture des commentaires sur le recours aux cinéastes étrangers pour réaliser des films algériens, et en constatant le mépris des décideurs de l’audiovisuel à notre égard.

Il pensait alors revenir en Algérie, notamment en tant que pédagogue à l’ismas pour contribuer à la formation des jeunes cinéastes. Il avait contacté le ministère de la Culture dans ce sens, mais on ne lui a même pas fait l’honneur de lui répondre. Cela l’a beaucoup affecté. Il savait que le temps était déjà compté pour lui et je pense qu’il voulait finir ses jours à Alger. Le destin en a décidé autrement. Paix à son âme».

L’universitaire, cinéaste et critique de cinéma, Ahmed Béjaoui, qui a produit le film de Farouk Beloufa Nahla, considère que ce long métrage est le pur diamant du cinéma algérien. Béjaoui confie également qu’il a produit et initié un court métrage que le défunt devait faire pour l’Afrique à l’occasion du Festival panafricain d’Alger en 2009.

«Je l’ai accompagné, dit-il, toute sa vie. C’était quelqu’un qui avait beaucoup de difficultés personnelles. Il avait des projets qui n’ont pas abouti et qui lui tenaient à cœur, tels que Isabelle Eberharht. On a essayé de le monter ensemble, mais je n’étais plus dans le système. J’ai quitté la Télévision en 1985. Je n’avais plus de poste de responsabilité sur la production. Il a eu des contrariétés sur des projets qu’il voulait faire».

Pour sa part, le réalisateur Abderrahim Laloui témoigne que le défunt était un grand ami à lui. «Pour avoir travaillé avec lui, je suis à même de dire que Farouk était une personne hors pair. C’était un grand intellectuel avec une grande personnalité. C’est ce qui explique pourquoi il n’a pas fait beaucoup de films.

C’était quelqu’un qui avait un caractère bien trempé. Il était sincère envers ses amis et son travail. Nahla reste un chef-d’œuvre et une référence.

Dommage qu’il n’ait pas travaillé comme il l’aurait souhaité, car à une époque il a été marginalisé».
De son côté, le réalisateur Bachir Derraïs estime que Farouk Beloufa est l’un des meilleurs réalisateurs algériens qui résume parfaitement le destin de la culture en Algérie.

«C’est l’un, dit-il, des meilleurs réalisateurs qu’on a laissés partir. Ils ont tout fait pour le pousser à l’exil dans les années 80’. L’Algérie n’a pas bénéficié de son talent.

Beloufa aurait pu faire d’autres beaux films, de la formation et accompagner la nouvelle génération. Il a été écorché à vif. Même sa mort a été marginalisée. Nahla est l’un des meilleurs films que Beloufa ait réalisés, mais pourquoi n’a-t-on rien fait pour le garder ? Ce n’est pas normal», tonne Bachir Derraïs.

Ne mâchant pas ses mots, Bachir Derraïs déplore le manque de solidarité entre les artistes et l’absence de syndicat. «Les réalisateurs algériens se meurent, alors qu’on préfère ramener des réalisateurs étrangers pour leur dérouler le tapis rouge.

Beloufa se plaisait à répéter une phrase lourde de sens, à savoir que l’atmosphère en Algérie est ‘‘stérilisante’’. La politique d’aujourd’hui réside dans le fait que l’administration a pris le dessus sur le cinéma. C’est très difficile de travailler en Algérie. Tous les films qui sont réalisés actuellement sont des coproductions».

Pour rappel, Farouk Beloufa est né en 1947 à Oued Fodda, en Algérie. Il a étudié le cinéma à l’INC, la défunte école de cinéma algérienne, avant d’être diplômé de l’IDHEC, à Paris. Il a suivi également des cours à l’Ecole pratique des hautes études de Paris, sous la direction de Roland Barthes, et présenté une thèse sur la théorie du cinéma.

De retour au pays, sa première production, Insurrectionnelle, est censurée en 1973. Le contenu de cette compilation de 90 minutes est remanié et produit sans signature. Neuf ans plus tard, il signe son unique long métrage, Nahla, en 1979.

Un film qui lève le voile sur le Liban en 1975, à la veille de la guerre civile. En 2015, il réalise, en collaboration avec l’AARC, un dernier projet, celui de la réalisation d’un court métrage intitulé Le silence du sphinx. 
 



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