Ce qui est intéressant à retenir dans la pièce «Les trois malfaiteurs» (El achrar etalatha), dernière production du TRO au programme en ce moment dans ce même lieu, est la rapidité avec laquelle les auteurs évacuent la scène où il est question de la rencontre et donc théoriquement de la naissance d’une histoire d’amour entre un prince généreux et une soigneuse-médecin (hakima) d’un royaume. Une certaine gêne caractérise ce genre de thématiques, faisant en sorte que c’est le comique qui prend finalement le dessus avec des passages suscitant l’hilarité du jeune public.

C’est évidemment la suprématie de la pureté de l’âme sur la noirceur de la cupidité  ou de l’avidité et, en résumé, la victoire du Bien sur le Mal.  Le «sujet» est  grave. Un commerçant usant de subterfuges pour réduire à néant les récoltes des paysans du royaume  afin d’avoir le monopole s’associe avec un vizir ambitieux et prétentieux et une sorcière qui veut à tout prix entrer dans la cour.

Les ingrédients du conte sont réunis avec un roi en quête de la plus belle fille de son royaume pour marier son unique héritier. La pièce aurait été meilleure si les auteurs, Abdelhafid Boualem et Safia Cheggag,  avaient en projet de tourner en dérision le, ou les contes, qui ont inspiré ce travail, mais ce n’est pas le cas. Le spectacle  peut paraître déroutant et ce n’est nullement parce qu’il brouille les pistes en proposant plusieurs lectures, mais parce qu’il  manque d’harmonie dans son esthétique.

Comme c’est le cas pour les contes produits dans d’autres sphères géographiques, la culture populaire maghrébine grouille pourtant de ce genre d’histoires sur la base desquelles on peut construire mille et un récits. Les auteurs de la pièce proposent une intrigue avec des clins d’œil qui, plutôt que de renforcer le récit, tendent de le rendre quelque peu  superficiel.

C’est valable sur le plan de la mise en scène avec  la séquence du miroir inspirée de Blanche-Neige et les sept nains, mais aussi sur le plan de la scénographie, avec le costume atypique pour le contexte, de la sorcière (l’influence de l’œuvre de la célèbre romancière anglaise ?) qui ne cadre pas avec le reste des effets scénographiques. L’époque est située, car dans le texte on évoque bien l’Andalousie comme contrée voisine, mais le décor ne met pas en valeur, même de manière symbolique, cette période de l’histoire du Maghreb.

C’est l’exemple des motifs peints sur les décors, mais aussi des couleurs rose et bleu (un cliché?) des rideaux de ce qui représente le palais royal. Les auteurs fixent l’âge du public auquel est destiné ce spectacle entre 8 et 16 ans. Entre l’enfance et l’adolescence, la pièce hésite, mais sa réception a été favorable lors de la générale. Le public jeune a réagi à certains passages de la pièce. C’est le cas notable des apparitions de Mustapha Meratia interprétant le personnage cupide incarnant le mal absolu, car voulant affamer les paysans pour prendre le monopole du commerce et qui suscitent de l’hilarité presque à chaque fois qu’il intervient.

D’autres, comme Amina Belhocine, semblent s’efforcer à donner du piquant au personnage de la sorcière (el maz’ouka) qu’elle incarne, au même titre que Ahed Mesaoud Sofiane, dans le rôle du vizir prétentieux. Malgré tout, la pièce semble avoir les faveurs du public, jeune sans doute, car demandeur de nouveautés. La prochaine représentation est prévue aujourd’hui.

 



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