La nomination de John Bolton au poste de conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, imprimant à la politique américaine une orientation néoconservatrice claire, fait craindre un retour à la gestion unilatérale belliqueuse des relations internationales.

Ce dernier remaniement dans les hautes instances politiques américaines, plaçant à la tête du dispositif de sécurité une figure emblématique des faucons de l’administration, Bush a enthousiasmé une partie de la classe dirigeante israélienne qui appelle de ses vœux un retour à l’exercice unilatéral agressif de la puissance américaine.

Cette désignation du chef de file de l’aile dure de l’administration Bush en remplacement du général Mac Master dix jours après le départ controversé du secrétaire d’Etat Rex Tillerson, lui-même écarté au profit du directeur de la CIA, Mike Pompeo également partisan du recours à la force renforce la cohésion interne d’une administration qui a connu une phase d’instabilité avec les remaniements fréquents dans ses plus hauts échelons depuis l’arrivée de Trump.

La nouvelle configuration qui ressort aujourd’hui est celle d’une coalition regroupant à la fois les néoconservateurs avec Bolton et Pompéo, la droite religieuse extrémiste avec Mike Pence et l’aile dure du Pentagone derrière la figure de James Mattis.

Cette transformation rappelle à bien des égards la coalition formée du temps de l’administration de Bush et au sein de laquelle cohabitaient les représentants de l’Etat profond, à l’instar du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, ou du vice-président, Dick Cheney, contrôlant des postes-clés, et les néoconservateurs qui ont dominé la politique étrangère américaine.

Ainsi, l’équipe des néoconservateurs a occupé des fonctions importantes dans l’administration à travers le secrétaire adjoint à la défense, Paul Wolfowitz, le directeur de cabinet du vice-président Cheney, Lewis Libby, et le conseiller du Président pour les affaires du Moyen-Orient, Elliot Abrams.

Mais si à l’époque cette prédominance du courant néoconservateur s’est renforcée à la faveur du contexte objectif, il est peu probable qu’aujourd’hui une équipe défendant une approche belliciste des relations internationales ait une influence décisive sur la politique étrangère des Etats-Unis dans un environnement stratégique profondément modifié.

En effet, bien que l’orientation américaine actuelle identifie la Chine et la Russie comme les principales menaces des Etats-Unis, cet antagonisme de puissance tend à prendre la forme d’une confrontation stratégique indirecte qui renoue avec la vision traditionnelle des Etats-Unis consistant à mener des actions militaires par pays interposés.

De l’intervention militaire en Corée en 1950 à l’invasion de l’Irak en 2003 en passant par la guerre du Vietnam, Washington forte de sa suprématie économique, militaire et technologique a consolidé son leadership par le recours à la force armée contre des Etats faibles pour remodeler l’ordre international conformément à ses intérêts idéologiques, sécuritaires et économiques.

L’administration Bush s’est illustrée par sa propension à la guerre, qui ne puisait pas uniquement dans l’extrémisme idéologique des néoconservateurs mais dans une perception qui surestime la puissance technologique des Etats-Unis au point d’ignorer les limites de la modernité militaire face aux innovations imprévisibles des conflits asymétriques.

Cette conception, qui repose sur la croyance que l’ampleur de la révolution électronique et l’innovation technique garantissent la supériorité absolue de l’appareil militaire, a été démentie par les évolutions sur le terrain de la guerre en Irak.

Après l’échec de la doctrine Rumsfeld, qui mettait l’accent sur le contrôle du théâtre des opérations grâce à la technologie de l’observation satellite et à la gestion électronique de l’information pour garantir une victoire définitive sur l’ennemi, les Américains ont opéré un changement de doctrine revenant aux opérations de contre-insurrections sous l’influence du général David Petraeus, réajustement stratégique qui s’est également soldé par un échec. L’ordre international était pourtant à l’époque dominé par l’unique puissance américaine non fragilisée par l’ascension fulgurante des Peer Competitors.

Or dans un nouveau contexte mondial, caractérisé par la concurrence stratégique avec le retour en force de la Russie et l’affirmation du rôle politique de la Chine qui défient les Etats-Unis et affichent une volonté de rééquilibrer le système international, il est difficile d’imaginer la réédition du scénario de la Grande Guerre.

La nouvelle configuration du rapport de force laisserait plutôt penser que les Etats-Unis chercheront à défendre leur position hégémonique à travers des techniques de déstabilisation indirecte, la domination par le «droit» et une politique agressive de sanctions économiques sans garantie de succès.

Par Lina Kennouche

Journaliste et universitaire à Beyrouth (Liban)



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